{"id":1888,"date":"2018-02-09T15:22:09","date_gmt":"2018-02-09T14:22:09","guid":{"rendered":"http:\/\/asvpnf.com\/?p=1888"},"modified":"2018-02-13T19:23:34","modified_gmt":"2018-02-13T18:23:34","slug":"publication-de-la-terre-des-pretres-1924","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asvpnf.com\/index.php\/2018\/02\/09\/publication-de-la-terre-des-pretres-1924\/","title":{"rendered":"Publication de La Terre des Pr\u00eatres (1924)"},"content":{"rendered":"<div id=\"yui_3_16_0_ym19_1_1491216114998_14933\" dir=\"ltr\">\n<div id=\"yui_3_16_0_ym19_1_1492786484343_3159\" dir=\"ltr\" style=\"text-align: justify;\"><span id=\"yui_3_16_0_ym19_1_1492786484343_3425\"><span id=\"yui_3_16_0_ym19_1_1492786484343_3749\">Beaucoup d&rsquo;anciens \u00e9l\u00e8ves-ma\u00eetres des EN primaires de Quimper \u00a0d\u00e9but\u00e8rent leur carri\u00e8re d&rsquo;instituteur dans les \u00e9coles publiques du L\u00e9on (au nord\/nord-ouest du Finist\u00e8re). Ils y d\u00e9couvrirent les joies du m\u00e9tier et celles de la terre des pr\u00eatres! C&rsquo;est en 1924 que Yves LE FEBVRE publia <span id=\"yui_3_16_0_ym19_1_1492786484343_3573\"><span id=\"yui_3_16_0_ym19_1_1492786484343_3598\">\u00a0La Terre des Pr\u00eatres, un ouvrage qui fit grand bruit<span id=\"yui_3_16_0_ym19_1_1492786484343_3618\">.Les visiteurs trouveront ci-dessous les \u00e9chos lointains de quelques articles de presse ayant annonc\u00e9 ou relat\u00e9 cet \u00e9v\u00e8nement litt\u00e9raire.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/div>\n<\/div>\n<div dir=\"ltr\"><\/div>\n<h4 dir=\"ltr\" style=\"text-align: center;\">YVES LE FEBVRE<\/h4>\n<p dir=\"ltr\" style=\"text-align: justify;\">Le bureau d&rsquo;un h\u00f4tel moderne \u2014 machine \u00e0 \u00e9crire, t\u00e9l\u00e9phone, ampoules bariol\u00e9es \u2014 est au XX* si\u00e8cle un d\u00e9cor tout trouv\u00e9 pour faire connaissance et lier conversation avec un homme d&rsquo;action et un po\u00e8te. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;\u00e0 la faveur des \u00e9lections l\u00e9gislatives je devais rencontrer M. Yves Le Febvre, directeur de la Pens\u00e9e Bretonne. A vrai dire, je n&rsquo;avais de lui presque rien \u00e0 apprendre si ce n&rsquo;est son visage. Plus jeune que je ne le pensais, de taille plut\u00f4t petite, les cheveux noirs rejet\u00e9s en arri\u00e8re, la barbe en pointe, la voix vibrante et, \u00e0 la longue, un peu acide aux heures de pol\u00e9mique ardente, ce fils de Renan \u00e0 la fougue de Lamennais s&rsquo;efforce, non seulement \u2014 comme le voulait Mallarm\u00e9 \u2014 de donner un sens plus pur aux mots de la tribu mais surtout de lui donner, \u00e0 cette tribu, une orientation morale. \u2014 Et le progr\u00e8s de ce mouvement, commenc\u00e9 il y a une douzaine d&rsquo;ann\u00e9es, est incontestable en Bretagne, champ auquel il semble avoir born\u00e9 son action. Il y est arriv\u00e9 par une logique qui para\u00eet avoir domin\u00e9 les actes de sa vie : d&rsquo;abord historien des temps pr\u00e9historiques avec les Contes Celtiques, puis de la Gaule et de la France jusqu&rsquo;au Moyen Age avec la Gaule conqu\u00e9rante, les Barbares, l&rsquo;Ombre romaine, les F\u00e9odaux, s&rsquo;il est venu d&rsquo;un bond \u00e0 notre \u00e9poque, c&rsquo;est, comme le faisait remarquer Anatole Le Braz, que la Bretagne, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, vivait encore sous le signe m\u00e9di\u00e9val avant la p\u00e9n\u00e9tration quasi-totale aujourd&rsquo;hui des chemins de fer. Et maintenant, son \u0153uvre essentielle termin\u00e9e, Yves Le Febvre contribue \u00e0 l&rsquo;\u00e9crire, cette Histoire, mais dans la vie m\u00eame, par ses actes, par une large politique r\u00e9publicaine qui sera la mati\u00e8re des historiens de demain. Des nouvelles, Sur la pente sauvage de l&rsquo;Art, des contes, des Cahiers bretons, un roman, la Terre des pr\u00eatres composent ou composeront son bagage litt\u00e9raire futur. Un jour, la Bretagne lui donnera enti\u00e8rement la place qu&rsquo;il m\u00e9rite, en compagnie de Le Dantec, de R\u00e9veill\u00e8re, de Cl\u00e9mence Royer, sur un plan diff\u00e9rent sans doute mais fort honorable. Si j&rsquo;\u00e9cris aujourd&rsquo;hui ce bref m\u00e9dailIon \u00e0 son \u00e9loge, \u00e0 l&rsquo;\u00e9loge de cet \u00e9crivain p\u00e9tri par les douceurs du Tr\u00e9gor et les temp\u00eates de la mer, c&rsquo;est que j&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 tout cela quand, la veille d&rsquo;un scrutin qui ne devait pas plus lui sourire que, jadis, il ne sourit \u00e0 l&rsquo;illustre auteur de la Vie de J\u00e9sus, nous cheminions sur la route anim\u00e9e de la gare, baign\u00e9e par un cr\u00e9puscule dor\u00e9 qu&#8217;emplissaient les arabesques de nos r\u00eaves.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 120px;\" align=\"JUSTIFY\">Auguste BERGOT, (Le Citoyen du 24 juillet 1924).<\/p>\n<h4 class=\"western\" style=\"text-align: center;\">Le nouveau roman d&rsquo;Yves Le Febvre<\/h4>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">La Terre des Pr\u00eatres para\u00eetra au mois d&rsquo;octobre aux \u00e9ditions de La Pens\u00e9e fran\u00e7aise. Il fera revivre le vieux L\u00e9on avec sa foi \u00e9troite et fanatique. Il marquera de quelques traits vigoureux cette terre si riche et si belle, que domine un clerg\u00e9 tout puissant, aux passions humaines et qui \u00e9voque le souvenir demeur\u00e9 vivace des \u00ab Moines rouges \u00bb du Moyen Age Ce roman qui vise \u00e0 brasser une mati\u00e8re nouvelle de Bretagne soul\u00e8vera peut-\u00eatre quelques col\u00e8res ; mais les lecteurs de La Terre des Pr\u00eatres diront si cette Bretagne l\u00e9onaise n&rsquo;est pas la plus vivante et la plus vraie et si Mac&rsquo;harit, Mone Abjean, Lomic Floch et le docteur Moreau ne sont pas des types essentiellement repr\u00e9sentatifs de la \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"western\">In La Pens\u00e9e Bretonne, 10\u00e8 ann\u00e9e, n\u00b0 91, juillet 1924<\/p>\n<h3 class=\"western\" style=\"text-align: center;\">A PROPOS D&rsquo;UN ROMAN\u00a0: <em>LA BRETAGNE TRAGIQUE\u00a0!<\/em><\/h3>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;heure o\u00f9 j&rsquo;\u00e9cris cet article, au retour de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, la maison d&rsquo;\u00e9dition La Pens\u00e9e Fran\u00e7aise pr\u00e9pare le lancement de mon roman : LA TERRE DES PR\u00caTRES. La pr\u00e9sentation du livre est parfaite, \u00e0 la fois \u00e9l\u00e9gante et simple et je n&rsquo;ai qu&rsquo;\u00e0 en remercier mes \u00e9diteurs, devenus tout de suite mes amis, dont la firme part \u00e0 la conqu\u00eate de Paris et de la France et conna\u00eetra, sans doute, bient\u00f4t les forts tirages des Fasquelle, des Grasset, des Cr\u00e8s et des Flammarion. Quant au roman, j&rsquo;aurais mauvaise gr\u00e2ce \u00e0 le louer. J&rsquo;en ai donn\u00e9 plusieurs extraits dans La Pens\u00e9e Bretonne. Ces extraits m&rsquo;ont valu des lettres amicales. J&rsquo;esp\u00e8re que le volume ne d\u00e9cevra pas l&rsquo;attente de mes amis. C&rsquo;est mon v\u0153u le plus cher. Je d\u00e9sire qu&rsquo;il compl\u00e8te la s\u00e9rie des \u0153uvres que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9es sinon \u00e0 la gloire, tout au moins pour la d\u00e9fense et pour la justification de la vieille province o\u00f9 plongent mes racines d&rsquo;homme et o\u00f9, chaque ann\u00e9e, ma maturit\u00e9 retrouve ma jeunesse avec une \u00e9motion plus grave. J&rsquo;entends, en effet, affirmer tout d&rsquo;abord que La Terre des Pr\u00eatres demeure conforme \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 profonde de mon \u0153uvre bretonne, li\u00e9e par la qualit\u00e9 de son inspiration, non seulement aux \u00ab Nouvelles L\u00e9onaises \u00bb, mais encore \u00e0 mes \u00ab Essais sur la Pens\u00e9e bretonne \u00bb et \u00e0 mes \u00ab Essais sur l&rsquo;Histoire bretonne \u00bb. Tout cela se clarifiera peu \u00e0 peu. Dans les ann\u00e9es lointaines, lorsque nous aurons disparu les uns et les autres et.que nous n&rsquo;aurons plus \u00e0 compter avec la haine partisane ou la sottise cl\u00e9ricale, je souhaite que mes amis inconnus retiennent cette consid\u00e9ration, si toutefois quelque chose survit de mon effort solitaire, obstin\u00e9 pour une Bretagne fran\u00e7aise, libre et r\u00e9publicaine.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;est pas \u00e0 dire que La Terre des Pr\u00eatres soit un livre de combat. Je me d\u00e9fends par avance contre un tel reproche. C&rsquo;est un roman de m\u0153urs paysannes, une \u00e9tude de l&rsquo;Ame bretonne et un drame, \u2014 un drame avant tout. Je l&rsquo;ai \u00e9crit aussi consciencieusement que possible. Il vise \u00e0 redresser du point de vue de la v\u00e9rit\u00e9 psychologique une certaine conception litt\u00e9raire, faite de mi\u00e8vreries sentimentales, dont les chansons de Botrel sont le type le plus parfait. On trouve le point de d\u00e9part de cette conception litt\u00e9raire dans ce chef d&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;\u00e9motion intime qu&rsquo;est la \u00ab Marie \u00bb de Brizeux et l&rsquo;on en peut suivre le cheminement et l&rsquo;\u00e9volution \u00e0 travers Emile Souvestre, Anatole Le Braz et quelques autres jusqu&rsquo;au poncif breton actuel. A mon sens, il y a l\u00e0 un travail de redressement \u00e0 op\u00e9rer pour la pens\u00e9e et pour l&rsquo;art bretons. Il faut remonter aux sources. Cette mi\u00e8vrerie et cette sentimentalit\u00e9 sont \u00e9trang\u00e8res au caract\u00e8re v\u00e9ritable de la face qui est rude et forte. Il faut les rel\u00e9guer au magasin de d\u00e9cors de cette Bretagne d&rsquo;op\u00e9ra-comique que des impresarii intelligents ont invent\u00e9e pour \u00ab faire marcher le commerce \u00bb. Il faut les mettre sur le m\u00eame plan que ces fastueuses mascarades, o\u00f9 Parisiennes et bourgeoises de \u00ab chez nous \u00bb rev\u00eatent pour un jour les costumes de velours, les tabliers brod\u00e9s et les coiffes blanches des plus beaux de nos cantons. Je ne suis nullement insensible \u00e0 la splendeur vive et chatoyante de ces kermesses. Il y a dans ces d\u00e9fil\u00e9s somptueux de drapeaux et de reines une gr\u00e2ce \u00e9mouvante. Il y a surtout un plaisir rare pour les yeux et j&rsquo;applaudis, sans arri\u00e8re-pens\u00e9e, aux organisateurs de ces beaux cort\u00e8ges qui adaptent \u00e0 nos climats et \u00e0 nos saisons les bals travestis, les mi-car\u00eames parisiennes et les f\u00eates de fleurs proven\u00e7ales. La seule chose que je veuille dire, c&rsquo;est que personnellement je demeure plus int\u00e9ress\u00e9 par les reflets de la pens\u00e9e \u00e0 travers les \u00e2ges, le jeu \u00e9ternel des passions humaines et les drames de la vie et que je demande autre chose \u00e0 la Bretagne.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">Pour en revenir \u00e0 mon roman \u2014 puisqu\u2019aussi bien je le pr\u00e9sente au lecteur \u2014 il ouvre dans mon esprit un cycle de romans bretons dont plusieurs avant sont sur le chantier et pa\u00eetront successivement au cours des ann\u00e9es qui viennent. J\u2019ai voulu \u00e9voquer, dans La Terre des Pr\u00eatres, le vieux L\u00e9on, la sombre et riche terre de paysans et de pr\u00eatres qui va da Saint-Pol \u00e0 Lesneven et m\u00eame au-del\u00e0, vers le pays plus sauvage encore des \u00ab\u00a0Pagans\u00a0\u00bb&#8230; On ne manquera pas d&rsquo;attaquer le livre et d&rsquo;en d\u00e9noncer les tendances anticl\u00e9ricales. J&rsquo;ai pr\u00e9vu l&rsquo;objection. Elle est plus apparente que r\u00e9elle. Parlant de ce pays l\u00e9onais, o\u00f9 la religion domine la vie publique et la vie priv\u00e9e, il \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s impossible d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 un tel reproche, a moins de tomber dans l&rsquo;exc\u00e8s contraire et de faire du livre une apologie de la religion et de la th\u00e9ocratie. La mati\u00e8re, dans ces communes, pr\u00eate sans doute difficilement au juste milieu. La seule chose que je puisse dire pour ma d\u00e9fense, c&rsquo;est que je me suis efforc\u00e9 de la traiter avec mod\u00e9ration et avec impartialit\u00e9. Le roman est vrai et demeure dans la vraisemblance pour qui conna\u00eet cette partie de la Bretagne. Il ne comporte aucun outrage aux hommes ou aux id\u00e9es. Je connais \u00e0 fond cette terre fanatique et laborieuse pour y avoir v\u00e9cu sept ann\u00e9es. Je me suis efforc\u00e9 d&rsquo;en retenir les nuances d&rsquo;\u00e2me et les nuances de ciel. Je suis rest\u00e9 volontairement en de\u00e7\u00e0 de la v\u00e9rit\u00e9, \u00e0 bien des \u00e9gards. Nul n&rsquo;oserait nier que cette partie de la Bretagne ne soit devenue l&rsquo;apanage d&rsquo;une th\u00e9ocratie dominatrice o\u00f9 revivent les m\u0153urs, les passions et les pens\u00e9es du moyen-\u00e2ge. La religion y est, cependant, plus formulaire que r\u00e9fl\u00e9chie, plus superstitieuse et plus impr\u00e9gn\u00e9e de paganisme que chr\u00e9tienne. La crainte de l&rsquo;enfer l&#8217;emporte comme moyen d&rsquo;action sur l&rsquo;amour de Dieu. On y br\u00fblerait volontiers encore les h\u00e9r\u00e9tiques et les libertins, si la R\u00e9publique n&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 pour les prot\u00e9ger. La domination spirituelle et temporelle du clerg\u00e9 y atteint un degr\u00e9 insoup\u00e7onn\u00e9. Si l&rsquo;on veut en mesurer la puissance, il faut relire le dossier de l&rsquo;\u00e9lection Gayraud et le discours \u00e0 la Chambre de ce r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9 que fut Louis H\u00e9mon. Ce n&rsquo;est pas sans raison et sans droit que j&rsquo;ai pu \u00e9voquer naturellement, en marge du roman, la guerz fameuse de \u00ab Katelic Moal et des trois moines rouges \u00bb recueillie par La Villemarqu\u00e9 et qui figure dans le \u00ab Barzas-Breiz \u00bb. La gwerz est de toute la Bretagne et de tous les temps ; mais, elle est avant tout l\u00e9onaise.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;entends bien que sur ce point notre jugement peut varier. Il est loisible aux catholiques de se r\u00e9jouir de cette puissance du clerg\u00e9 en Bretagne, comme \u00e0 nous de le regretter et de nous en affliger. Le romancier, lui, a le droit de constater le fait, de s&rsquo;en saisir, de l&rsquo;utiliser pour le conflit des passions et des int\u00e9r\u00eats. Le jeu s&rsquo;en d\u00e9roulera n\u00e9cessairement dans une atmosph\u00e8re un peu particuli\u00e8re, qui m\u00eale la superstition \u00e0 la pi\u00e9t\u00e9 et qui conduit au mysticisme ou au fanatisme. L&rsquo;essentiel est de demeurer dans la vraisemblance. Je n&rsquo;ai pas voulu \u00e9crire un livre \u00e0 th\u00e8se, ni renouveler le vieux proc\u00e8s du lib\u00e9ralisme philosophique contre le c\u00e9libat des pr\u00eatres ou contre la confession, bien que j&rsquo;en fasse \u00e9tat, incidemment. J&rsquo;ai vis\u00e9 simplement au drame et rien qu&rsquo;au drame. Parce que le p\u00e9ch\u00e9 de la chair est sacerdotalement la r\u00e8gle en Bretagne, en d\u00e9pit de tous les v\u0153ux et de toutes les mortifications, il faut que la religion emploie toute sa puissance, tous ses moyens, tous ses efforts \u00e0 en effacer ou \u00e0 att\u00e9nuer les terribles cons\u00e9quences. Il faut, chaque jour, dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat m\u00eame de l&rsquo;Eglise, pi\u00e9tiner des \u00e9tincelles, afin d&rsquo;\u00e9teindre les incendies qui consum\u00e8rent jadis Sodome et Gomorrhe. Si indignes qu&rsquo;ils puissent \u00eatre, les pr\u00eatres ne doivent pas \u00eatre soup\u00e7onn\u00e9s. Mais pi\u00e9tiner des \u00e9tincelles, c&rsquo;est pi\u00e9tiner des \u00e2mes. Et voil\u00e0 tout le drame de La Terre des Pr\u00eatres.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">Une autre particularit\u00e9 me frappe, lorsque je confronte ma connaissance de la Bretagne et ma vision personnelle avec les conceptions litt\u00e9raires que j&rsquo;ai d\u00e9nonc\u00e9es plus haut et toute la mi\u00e8vrerie sentimentale d&rsquo;un certain poncif : c&rsquo;est la qualit\u00e9 m\u00eame du tragique breton. Je m&rsquo;\u00e9tonne que nos \u00e9crivains r\u00e9gionalistes n&rsquo;aient pas mieux saisi ce caract\u00e8re de la Bretagne, qu&rsquo;ils ne l&rsquo;aient pas mieux compris et qu&rsquo;ils n&rsquo;en aient pas mieux tir\u00e9 parti. La Bretagne est Shakespearienne. Elle \u00e9tait Shakespearienne avant la lettre dans ce beau drame passionn\u00e9 de Tristan et Yseult qui reste un de nos chefs-d&rsquo;\u0153uvre \u00e0 travers l&rsquo;adaptation de M. Joseph B\u00e9dier. Aucune histoire n&rsquo;est plus tragique, plus riche en drames vari\u00e9s que l&rsquo;histoire bretonne. C&rsquo;est une mine in\u00e9puisable. Quant \u00e0 la Bretagne contemporaine, il suffit de suivre au jour le jour la grande presse d&rsquo;information pour discerner que si le drame avait disparu du reste du monde, il se r\u00e9fugierait dans nos landes, sous notre ciel de brumes et de temp\u00eates. Je feuillette les journaux au cours de la seule ann\u00e9e 1924. Apr\u00e8s l&rsquo;affaire Seznec qui va se d\u00e9rouler, pleine d&rsquo;ombres encore, devant les Assises du Finist\u00e8re, nous avons eu le drame de Louargat, \u00e9trange aventure digne du g\u00e9nie tourment\u00e9 de Shakespeare, o\u00f9 l&rsquo;on accuse un amant d&rsquo;avoir enseveli sa ma\u00eetresse, humble couturi\u00e8re, dans quelque caveau de cimeti\u00e8re villageois, dans l&rsquo;une de ces tombes qui nous sont famili\u00e8res, herbeuses et fleuries, sous leur croix de fer rouill\u00e9 ou de bois vermoulu. L&rsquo;\u00e9motion n&rsquo;en est pas \u00e9teinte qu&rsquo;\u00e9clate le drame de Lannion, l&rsquo;assassinat du comte de Kerninon, qui montre que les m\u00eames passions terribles battent dans les c\u0153urs aristocratiques et dans les c\u0153urs roturiers. Et entre ces grandes trag\u00e9dies que d&rsquo;autres drames, que d&rsquo;autres meurtres qui ouvrent des perspectives infinies sur le c\u0153ur humain ! J&rsquo;en ai connu et instruit comme magistrat et j&rsquo;en sais tout l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, tout le tragique. L&rsquo;erreur serait de n&rsquo;en voir que le dessin et de ne pas discerner les sanglantes arabesques des sentiments, des int\u00e9r\u00eats, des passions.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;on le veuille ou non, voil\u00e0 la vraie Bretagne. Nous sommes loin des fades chansons o\u00f9 l&rsquo;on se lie par le petit doigt, des sentimentales aventures et des mi\u00e8vreries galantes o\u00f9 tant de gens r\u00e9sument la po\u00e9sie d&rsquo;une vieille terre et d&rsquo;une vieille race, par suite de conceptions litt\u00e9raires surann\u00e9es que des Bretons d&rsquo;op\u00e9ra-comique et de caf\u00e9-concert ont mises \u00e0 la mode. Il y a autre chose en Bretagne que des clochers \u00e0 jour, des lits-clos, des paysans \u00e0 la Watteau et des paysannes \u00e0 la Trianon. La Bretagne est avant tout une terre de drame. Ce qui vaut dans cette race aux passions fortes, tardivement m\u00eal\u00e9e \u00e0 une civilisation utilitaire et raffin\u00e9e, c\u2019est la qualit\u00e9 du tragique. Je retrouve ce tragique dans nos vieilles gwerz recueillies par La Villemarqu\u00e9 et par Luzel, au m\u00eame titre que dans \u00abTristan et Yseult\u00bb ou dans nos vieilles chansons de geste. Je le retrouve m\u00eame dans la vie des Saints de Bretagne, dans cette l\u00e9gende dor\u00e9e recueillie par Albert Le Grand et qui vaut pour la po\u00e9sie et pour l&rsquo;art au m\u00eame titre que ces gwerz et ces chansons de geste. Je le retrouve enfin, je le retrouve surtout dans l&rsquo;\u0153uvre de ce Celte d&rsquo;outre-mer, dont les drames pleins de mouvement, de passion, de pens\u00e9e et de vie r\u00e9sument ce qu&rsquo;il y a de plus grand et d&rsquo;\u00e9ternel dans le g\u00e9nie breton. J&rsquo;ai nomm\u00e9 d\u00e9j\u00e0 le dramaturge de Stratford-sur-Avon, juste orgueil de l&rsquo;Angleterre, William Shakespeare.<\/p>\n<p class=\"western\">Yves L E FEBVRE ( La Pens\u00e9e Bretonne,10\u00e8 ann\u00e9e, n\u00b094, octobre 1924)<\/p>\n<h3 class=\"western\" style=\"text-align: center;\">BIBLIOGRAPHIE\u00a0: La Terre des Pr\u00eatres.<\/h3>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">M. Yves Le Febvre consacre dans le dernier num\u00e9ro de la Pens\u00e9e Bretonne, sous le titre de La Bretagne Tragique, un tr\u00e8s int\u00e9ressant article \u00e0 son roman La Terre des Pr\u00eatres, dont la maison d&rsquo;\u00e9dition la Pens\u00e9e Fran\u00e7aise pr\u00e9pare actuellement le lancement. Nous d\u00e9tachons de cet article les passages suivants que nous sommes heureux de mettre sous les yeux de nos lecteurs : \u00ab J&rsquo;ai voulu \u00e9voquer, dit M. Le Febvre, dans La Terre des Pr\u00eatres, le vieux L\u00e9on, la sombre et riche terre de paysans et de pr\u00eatres, qui va de Saint-Pol \u00e0 Lesneven et m\u00eame au-del\u00e0, vers le pays plus sauvage encore des \u00ab\u00a0Pagans \u00bb. On ne manquera pas d&rsquo;attaquer le livre et d&rsquo;en d\u00e9noncer les tendances anticl\u00e9ricales. J&rsquo;ai pr\u00e9vu l&rsquo;objection. Elle est plus apparente que r\u00e9elle. Parlant de ce pays l\u00e9onais, o\u00f9 la religion domine la vie publique et la vie priv\u00e9e, il \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s impossible d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 un tel reproche, \u00e0 moins de tomber dans l&rsquo;exc\u00e8s contraire et de faire du livre une apologie de la religion et de la th\u00e9ocratie. La mati\u00e8re, dans ces communes, pr\u00eate sans doute difficilement au juste milieu. La seule chose que je puisse dire pour ma d\u00e9fense, c&rsquo;est que je me suis efforc\u00e9 de la traiter avec mod\u00e9ration et avec impartialit\u00e9. Le roman est vrai et demeure dans la vraisemblance pour qui conna\u00eet cette partie de la Bretagne. Il ne comporte aucun outrage aux hommes ou aux id\u00e9es. Je connais \u00e0 fond cette terre fanatique et laborieuse pour y avoir v\u00e9cu sept ann\u00e9es. Je me suis efforc\u00e9 d&rsquo;en retenir les nuances d&rsquo;\u00e2me et les nuances de ciel. Je suis rest\u00e9 volontairement en de\u00e7\u00e0 de la v\u00e9rit\u00e9, \u00e0 bien des \u00e9gards. Nul n&rsquo;oserait nier que cette partie de la Bretagne ne soit devenue l&rsquo;apanage d&rsquo;une th\u00e9ocratie dominatrice ou revivent les m\u0153urs, les passions et les pens\u00e9es du moyen-\u00e2ge. La religion y est, cependant, plus formulaire que r\u00e9fl\u00e9chie, plus superstitieuse et plus impr\u00e9gn\u00e9e de paganisme que chr\u00e9tienne. La crainte de l&rsquo;enfer l&#8217;emporte comme moyen d&rsquo;action sur l&rsquo;amour de Dieu. On y br\u00fblerait volontiers encore les h\u00e9r\u00e9tiques et les libertins, si la R\u00e9publique n&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 pour les prot\u00e9ger. La domination spirituelle et temporelle du clerg\u00e9 y atteint un degr\u00e9 insoup\u00e7onn\u00e9&#8230;\u00bb \u00ab &#8230; J&rsquo;ai vis\u00e9 simplement au drame, et rien qu&rsquo;au drame, ajoute plus loin M. Le Febvre, parce que le p\u00e9ch\u00e9 de la chair est sacerdotalement la r\u00e8gle en Bretagne; en d\u00e9pit de tous les v\u0153ux et de toutes les mortifications, il faut que la religion emploie toute sa puissance, tous ses moyens, tous ses efforts \u00e0 en effacer ou \u00e0 att\u00e9nuer les terribles cons\u00e9quences. Il faut, chaque jour, dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat m\u00eame de l&rsquo;Eglise, pi\u00e9tiner des \u00e9tincelles, afin d&rsquo;\u00e9teindre les incendies qui consum\u00e8rent jadis Sodome et Gomorrhe. Si indignes qu&rsquo;ils puissent \u00eatre, les pr\u00eatres ne doivent pas \u00eatre soup\u00e7onn\u00e9s. Mais pi\u00e9tiner des \u00e9tincelles, c&rsquo;est pi\u00e9tiner des \u00e2mes. Et voil\u00e0 tout le drame de la Terre des Pr\u00eatres. \u00bb<\/p>\n<p class=\"western\"><i>La Pens\u00e9e Bretonne, Organe litt\u00e9raire de la Bretagne r\u00e9publicaine Directeur : Y. Le Febvre. Abonnements : 1 an, 10 fr. ; 6 mois, 6 fr. Pour les abonnements, s&rsquo;adresser \u00e0 P. Gu\u00e9guen, g\u00e9rant de la \u00ab Pens\u00e9e Bretonne \u00bb, 21, rue du Sall\u00e9, \u00e0 Quimper (Finist\u00e8re).<\/i><\/p>\n<p class=\"western\"><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter wp-image-1458 size-full\" src=\"http:\/\/asvpnf.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/La-Terre-des-Pretres-ouvrage-1ere-de-couverture.jpg\" alt=\"\" width=\"425\" height=\"699\" srcset=\"https:\/\/asvpnf.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/La-Terre-des-Pretres-ouvrage-1ere-de-couverture.jpg 425w, https:\/\/asvpnf.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/La-Terre-des-Pretres-ouvrage-1ere-de-couverture-182x300.jpg 182w, https:\/\/asvpnf.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/La-Terre-des-Pretres-ouvrage-1ere-de-couverture-250x411.jpg 250w, https:\/\/asvpnf.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/La-Terre-des-Pretres-ouvrage-1ere-de-couverture-109x180.jpg 109w, https:\/\/asvpnf.com\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/La-Terre-des-Pretres-ouvrage-1ere-de-couverture-304x500.jpg 304w\" sizes=\"(max-width: 425px) 100vw, 425px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Beaucoup d&rsquo;anciens \u00e9l\u00e8ves-ma\u00eetres des EN primaires de Quimper \u00a0d\u00e9but\u00e8rent leur carri\u00e8re d&rsquo;instituteur dans les \u00e9coles publiques du L\u00e9on (au nord\/nord-ouest du Finist\u00e8re). Ils y d\u00e9couvrirent les joies du m\u00e9tier et celles de la terre des pr\u00eatres! C&rsquo;est en 1924 que <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/asvpnf.com\/index.php\/2018\/02\/09\/publication-de-la-terre-des-pretres-1924\/\">En lire plus &#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":""},"categories":[13],"tags":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asvpnf.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1888"}],"collection":[{"href":"https:\/\/asvpnf.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asvpnf.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asvpnf.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asvpnf.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1888"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/asvpnf.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1888\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2792,"href":"https:\/\/asvpnf.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1888\/revisions\/2792"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asvpnf.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1888"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asvpnf.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1888"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asvpnf.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1888"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}