La question est-elle de savoir qui a pondu l’œuf?
Comme on le sait, la question restera encore sans réponse. Mais dans l’attente on peut encore tenter d’être utile en se référant pour l’exemple à l’assertion de Benjamin Franklin « Travail : ne perdez pas de temps, soyez toujours occupé à quelque chose d’utile. Supprimez tout ce qui n’est pas nécessaire. ». Et pourtant on parle ici d’écriture et notamment de celle qui faisait partie du triptyque inscrit en lettres d’or dans les lois scolaires de la 3è République savoir « Lire, Écrire et Compter ». On conviendra que sans lui aucune émancipation populaire n’eût été possible et que Savoir écrire ce n’est pas nécessairement Écrire savoir.
Les années et les Républiques ont passé laissant place à des fondamentaux enseignés à l’École eux-mêmes confrontés à l’emprise inexorable des applications d’intelligence artificielle qui n’exonéreront pas de savoir écrire et encore moins de savoir penser ! Mais en quoi et comment l’acte d’écrire peut-il être qualifié outre des attributs de qualité enseignés par nos maîtres et leur appropriation par tout un chacun,d’inclusif ou d’exclusif ? Il ne s’agit plus ici de faire seulement référence aux règles de la lexicologie et ou de la linguistique.
On pourra, en première approximation, trouver matière à réflexion et entrevoir certains des enjeux attachés au duo sinon au dilemme INCLUSION-EXCLUSION dans le texte qui suit (T.R. ; 2026) :
« L’écriture inclusive désigne un ensemble de pratiques linguistiques visant à rendre la langue française plus égalitaire du point de vue du genre, en évitant que le masculin ne soit systématiquement utilisé comme forme prétendument « neutre ». Elle s’inscrit dans une réflexion plus large sur la visibilité des femmes et des personnes non masculines dans le langage, et sur l’influence de la langue dans la représentation du monde social.
Parmi les procédés les plus courants figurent d’abord la féminisation des noms de métiers et de fonctions (autrice, ingénieure, professeure), aujourd’hui largement admise et recommandée par de nombreuses institutions. On trouve aussi le doublet, qui consiste à mentionner les formes masculine et féminine (« les élèves et les élèves », « les citoyens et citoyennes »), parfois abrégé à l’écrit par le point médian (« les étudiant·e·s »). D’autres stratégies existent, comme l’usage de termes épicènes (personnes, élèves, corps enseignant) ou de formulations neutres qui évitent le marquage du genre.
L’écriture inclusive fait l’objet de débats importants. Ses défenseurs estiment qu’elle favorise l’égalité, améliore la représentation mentale des femmes et contribue à lutter contre les stéréotypes de genre. Ses opposants invoquent surtout des arguments de lisibilité, de complexité (notamment pour les personnes dyslexiques ou les apprenants) et de respect des normes traditionnelles de la langue. En France, les autorités publiques déconseillent l’usage du point médian dans les textes officiels, tout en encourageant la féminisation des métiers et l’usage de formulations neutres. »
En pratique, l’écriture inclusive n’est pas un système unique ni obligatoire : elle recouvre des choix variés, dépendants du contexte, du public visé et des objectifs de communication. »
« Au demeurant si écrire, c’est penser, alors toute modification de l’écriture peut-elle transformer — enrichir ou contraindre — la pensée ? L’écriture inclusive se présente alors comme un terrain propice pour un tel exercice :
Ainsi si on accepte ce lien entre écriture et pensée, l’écriture inclusive peut avoir plusieurs effets cognitifs positifs ?
-Elle peut rendre visible ce qui était implicite ; le masculin générique repose sur une abstraction (« le masculin vaut pour tous ») que l’on n’interroge plus.
L’écriture inclusive force à expliciter : Qui est concerné ?Qui est inclus ?Qui était auparavant rendu invisible ? Cette explicitation peut affiner la pensée et réduire les automatismes.
– Elle stimule la réflexivité
Écrire « les étudiant·es » ou « les étudiantes et étudiants » oblige à ralentir l’acte d’écriture, donc à réfléchir davantage à ce que l’on dit.Ce ralentissement peut être vu comme une contrainte féconde, comparable à celles de la poésie ou de la rhétorique.
– Elle élargit le champ conceptuel
En multipliant les formes, l’écriture inclusive peut encourager une pensée plus attentive à la diversité des situations humaines, sociales et symboliques.
Mais l’écriture inclusive peut aussi entraver la pensée en exerçant:
– Une surcharge cognitive La multiplication des signes (points médians, doublons) peut alourdir la lecture,fragmenter l’attention, nuire à la fluidité du raisonnement, surtout dans des textes complexes. Une pensée entravée par la forme peut perdre en profondeur.
– Un risque de ritualisation . Si l’écriture inclusive devient une norme appliquée mécaniquement, elle peut se transformer en geste symbolique sans pensée réelle, voire en substitut de réflexion critique.
– Une confusion entre clarté et justice
La clarté du langage est aussi une valeur intellectuelle. Une écriture trop lourde peut affaiblir la transmission des idées, même lorsqu’elles sont justes.
Ainsi pour conclure sur ce qui touche à la philosophie de l’Ecriture on peut dire que l’écriture inclusive n’est ni en soi un progrès de la pensée, ni en soi un obstacle. Elle peut favoriser la pensée à condition d’être utilisée comme un outil conscient, de rester adaptée au contexte (pédagogique, scientifique, littéraire) et de ne pas sacrifier la clarté à la seule intention symbolique.
Si écrire, c’est penser, alors l’essentiel n’est pas comment on écrit, mais à quel type de pensée l’écriture nous oblige.
L’écriture inclusive peut « ouvrir » la pensée — mais elle ne la remplace jamais ; T.R. 2026 »
Les visiteurs qui auront eu la volonté de connaître la suite et de trouver réponse à la question saugrenue posée dans l’intitulé de cet article pourront consulter et tirer le plus grand profit des deux fichiers suivants correspondant à deux parutions du 23 décembre 2025 dans Mezetulle,le blog revue de Catherine Kintzler :
FICHIER 1 . Dossier sur l’Ecriture inclusive ; mise à jour du 23 décembre 2025 par Catherine Kintzler
FICHIER 2 . Les Délires de l’Ecriture « inclusive » par Nikol Abécassis
On accordera une attention particulière au « test bisounours »(sic !) présenté dans le fichier 1.
