Un comité autoproclamé de privatisation du système public d’Education
Cet article souhaite apporter une contribution au décryptage des objectifs et des modalités d‘action de ce soi-disant club, récemment mis en place au sein du grand service public de l’Education nationale. S’agit-il de faire diversion pour ne pas traiter les problèmes urgents ? On ne le saura pas !
Rappelons dans ce cas qu’un service public (tel celui dont on semble proposer le démantèlement) est une activité exercée directement par l’autorité publique (Etat, collectivité territoriale ou locale) ou sous son contrôle,dans le but de satisfaire un besoin d’intérêt général ; l’EDUCATION dans le cas qui nous intéresse ici.
Une critique structurée du tournant managérial
Le texte présente une cohérence argumentative forte autour d’une idée centrale : le « Club des dirigeants de l’éducation » serait un lobby ,vecteur d’introduction du NPM dans l’Ecole publique de la République française. Plusieurs points y sont solidement étayés :
La mise en évidence d’un réseau d’acteurs hybrides (hauts fonctionnaires, privé sous contrat, EdTech, apprentissage) correspond bien à des recompositions contemporaines de l’action publique, où les frontières public/privé deviennent poreuses.
L’analyse des « quatre piliers » (pédagogique, administratif, financier, RH) montre effectivement une convergence avec les instruments classiques du NPM : autonomie des unités, pilotage par la performance, responsabilisation des managers locaux, logique de quasi-marché.
La critique de l’autonomie financière et du recours à des financements privés est pertinente dans le contexte français, où cela peut accentuer les inégalités territoriales et sociales entre établissements.
Exemple éclairant : dans les systèmes ayant poussé loin l’autonomie (Angleterre, certaines régions des États-Unis), la capacité à lever des fonds ou à attirer des publics favorisés a souvent renforcé la stratification scolaire plutôt que la réduire.
Une défense normative du service public
L’article repose aussi sur un socle idéologique assumé : la défense des principes classiques du service public à la française (égalité, gratuité, neutralité, continuité). Cette dimension légitime oriente fortement l’analyse et à l’ASVPNF on s’en félicite et ceci en dépit de travaux montrant que des formes d’autonomie locale peuvent améliorer l’efficacité ou l’adaptation pédagogique quand elles sont accompagnées de régulations fortes et d’une culture professionnelle collaborative.
Une critique pertinente du « lobbying »
Il est exact que le Club cherche à influencer l’action publique, notamment à l’approche d’échéances électorales. Il remet en cause la question centrale du pouvoir pédagogique.
L’un des apports les plus intéressants du texte concerne la place des enseignants. L’auteur souligne à juste titre que l’autonomie privilégiée est celle des chefs d’établissement, et non celle des enseignants et de leurs associations. Au total le discours du Club consiste donc à promouvoir l’autonomie tout en renforçant la hiérarchie.
Une tension réelle révélée dans le système éducatif
L’article met en lumière une fracture importante dans le champ éducatif français entre une logique de pilotage par la performance, inspirée du management et une conception professionnelle et démocratique de l’éducation centrée sur les enseignants et l’intérêt général.
Le fait que les personnels de direction eux-mêmes soient divisés renforce la crédibilité du diagnostic : il ne s’agit pas d’une opposition simpliste entre « réformateurs » et « conservateurs », mais d’un débat structurant sur la finalité de l’Ecole. L’occultation délibérée des personnels enseignant, technique et administratif relève de la provocation qui ne laisse augurer rien de bon/
.Ces éléments d’appréciation étant soulignés, on pourra consulter en cliquant ici (Fichier 2) un document pouvant témoigner de la position de l’ASVPNF s’agissant d’un problème existentiel pour l’Ecole publique de la République à moins d’un an d’une échéance électorale importante.
