Une visite papale à 27 millions d’euros : dénoncer, prévenir, protéger
Alors que les révélations relatives aux violences sexuelles, aux agressions pédocriminelles, aux violences physiques et psychologiques ainsi qu’aux phénomènes d’emprise au sein de l’Église catholique se poursuivent, la France s’apprête à accueillir en grande pompe le pape Léon XIV. Prévue du 25 au 28 septembre 2026, cette visite est désormais évaluée par ses organisateurs à 27 millions d’euros, une somme principalement recherchée par l’Église de France auprès des fidèles, des donateurs et de ses soutiens.
Cette dépense prend une résonance particulière au moment où le dossier de Bétharram demeure au centre de l’actualité. Le rapport de la commission indépendante évoque plusieurs centaines de victimes potentielles — entre 700 et 1 500 enfants selon les premières estimations — et doit faire l’objet d’un suivi indépendant de ses recommandations. Son contenu devait également être transmis au pape à l’occasion de sa venue en France.
La question n’est donc pas de contester la liberté des croyants à se réunir ni le droit de l’Église à accueillir son chef religieux. Elle est d’ordre civique et social : que pourrait-on faire de plus utile à la collectivité avec 27 millions d’euros ?
Même si cette somme doit être principalement financée par des ressources ecclésiales, la visite mobilisera également des moyens publics pour la sécurité, le maintien de l’ordre et la protection d’un chef d’État. Dans une société confrontée à la précarité, au mal-logement, à l’isolement, au manque de moyens de la justice et aux difficultés de la protection de l’enfance, cette mobilisation financière appelle un débat.
Une partie de ces ressources aurait-elle pu contribuer à l’indemnisation des victimes, à leur accompagnement psychologique, à la formation des personnels, au soutien des associations spécialisées ou au renforcement des dispositifs indépendants de prévention et de signalement ?
Cette douzième Petite chronique, fondée notamment sur les publications de Après la Ciase, La Croix, Golias News et The Conversation, ne vise pas seulement à recenser les faits et à les condamner. Elle entend aussi examiner les mécanismes qui ont permis leur répétition : silence institutionnel, confusion entre autorité spirituelle et pouvoir, protection des réputations, insuffisance des signalements et prise en charge tardive ou inadaptée des victimes.
Dénoncer ne suffit pas. Il faut prévenir, signaler, enquêter, juger et réparer. Lorsqu’une infraction est constituée, ses auteurs doivent être poursuivis et condamnés selon le droit commun ; lorsqu’une personne exerce une emprise dangereuse, elle doit pouvoir être identifiée, écartée des fonctions d’autorité et soumise aux procédures prévues par la loi. Les institutions doivent rendre des comptes, préserver leurs archives, garantir la sécurité des personnes vulnérables et assurer aux victimes un accompagnement indépendant.
Lutter contre les dérives d’emprise ne consiste pas à combattre une foi en tant que telle. Cela signifie empêcher qu’une croyance, une fonction sacrée ou une institution religieuse serve à dominer, isoler, exploiter ou terroriser des personnes vulnérables. En République, aucune autorité religieuse, aucun prestige institutionnel et aucune conviction spirituelle ne peuvent placer quiconque au-dessus des lois.
Ces rappels à la raison égrenés à chaque page de ce triste feuilleton disqualifient définitivement toute une hiérarchie ecclésiale empêtrée dans ses turpitudes systémiques. Ils ne font que souligner le caractère inapproprié des fastes qui vont accompagner la prochaine visite « apostolique et pastorale » de Léon XIV en France.
Les visiteurs pourront consulter, en cliquant ici, le fichier où sont réunis les exploits ayant défrayé la chronique journalistique au cours de ces derniers mois.
Que les responsables des médias nous permettant des emprunts soient très chaleureusement remerciés .
