Le « socialisme clérical » et le paradoxe d’une école publique rennaise

Au frontispice d’une école publique : Albert de Mun ?

La question mérite d’être posée(en la posant ou la reposant on ne verse pas dans l’anachronisme) d’autant plus dans une ville dont l’histoire politique est profondément liée au républicanisme, à la laïcité et aux traditions du mouvement ouvrier et socialiste.

En effet à Rennes en 2026, une école élémentaire publique porte toujours le nom d’Albert de Mun. Or Albert de Mun fut l’une des grandes figures du catholicisme social conservateur de la fin du XIXe siècle, partisan d’une organisation chrétienne, hiérarchique et paternaliste du monde ouvrier, à l’heure même où la République s’efforçait de soustraire l’école, la commune et les citoyens aux tutelles confessionnelles.

La coupure que nous publions, extraite du journal Le Finistère du 22 février 1888, restitue sans atténuation la vigueur de cet affrontement. Sous le titre « Les résultats du socialisme clérical », le journal prend directement Albert de Mun pour cible et accuse le système social catholique de transformer une commune ouvrière en « satrapie industrielle et cléricale ». L’entreprise y exercerait un pouvoir étendu sur le travail, les salaires, l’épargne, le crédit, la municipalité, les écoles et le culte ; le directeur de l’usine y est présenté comme un « roi absolu ».

Ce texte est un document de combat. Il ne saurait dispenser d’une lecture critique ni de la confrontation avec les archives économiques, judiciaires et administratives de l’époque. Mais il révèle avec une force exceptionnelle ce que les républicains anticléricaux dénonçaient dans le « socialisme chrétien » : non une émancipation des travailleurs, mais une politique de dépendance sociale sous l’autorité combinée du patronat, du clergé et des intérêts monarchistes.

La question posée n’est pas de juger les générations d’enseignants, de personnels, d’élèves et de familles qui ont fait vivre cette école. Elle est d’interroger le sens d’un nom inscrit au frontispice d’un établissement de l’instruction publique. L’École de la République n’est pas seulement un lieu de transmission des savoirs : elle porte une ambition de liberté de conscience, d’égalité civique et d’affranchissement des tutelles. Cette ambition s’est incarnée, en Bretagne comme ailleurs, dans l’œuvre patiente de l’école laïque et dans la formation des maîtres par les Écoles normales. À Rennes, cette filiation est particulièrement ancienne. L’École normale d’instituteurs de la ville fut créée avant même l’installation définitive de la IIIe République ; elle rappelle que le projet d’instruction populaire, de formation professionnelle des maîtres et d’émancipation par le savoir ne naquit pas avec les seules lois Ferry, même si celles-ci lui donnèrent un cadre national décisif. L’histoire rennaise de l’éducation ne peut donc être ramenée à une succession paisible de dénominations : elle est aussi faite de combats pour l’autonomie de l’école publique à l’égard des pouvoirs religieux, politiques et économiques.

C’est au nom de cette fidélité sans faille à l’École publique, laïque et émancipatrice que ce document de 1888 est remis en circulation. Il ouvre une enquête qui reste à mener pleinement : à quelle date, par quelle décision et dans quel contexte une école publique rennaise a-t-elle reçu le nom d’Albert de Mun ? Quels débats cette dénomination suscita-t-elle — ou aurait-elle dû susciter ? Et quelle mémoire la ville de Rennes souhaite-t-elle aujourd’hui inscrire au frontispice de ses écoles ?

Le texte de 1888 est suivi d’une synthèse permettant de replacer ses accusations, son vocabulaire et ses silences dans leur contexte. 
Il appartient désormais aux lecteurs, aux citoyens, aux anciens de l’école, aux chercheurs et aux responsables publics de poursuivre l’enquête : quand, par qui et pour quelles raisons cette école rennaise reçut-elle le nom d’Albert de Mun ?  Est-il opportun de le conserver ?

 Les visiteurs de ce site pourront consulter à ce propos  deux fichiers  (accessibles d’un seul clic gauche) :

Fichier 1 . Les résultats du socialisme clérical (article du Finistère)

Fichier 2 . Albert de Mun ;le « socialisme clérical » et le paradoxe d’une école publique rennaise par T.R. et PPty.