Glanes et perles

Mots de combat de Jean Jaurès

« Ah ! » s’écrie Jaurès- s’adressant aux républicains divisés- « qu’on se divise à l’heure de l’action, au moment où il faut préciser la direction dans laquelle on engagera le pays, c’est fâcheux, je le regrette pour mon parti, mais c’est la loi des choses. Mais que l’on soit divisé avant d’agir, que l’on n’ait ni un principe commun ni même, à certains jours, une manœuvre d’ensemble, qu’on soit un parti sans méthode comme sans idéal, sans habileté comme sans grandeur, c’est là ce qui ne peut pas donner confiance au pays, car il se dit qu’il ne peut pas attendre une plante robuste d’une semence débile, divisée contre elle-même, et qui, avant même de germer, se décompose. » (Jaurès 1888).

(D’après Le Citoyen du 31 mai 1934)

Le petit ODET

poème de Marcel CHABOT (1889- 1973).

Las d’être petit
Et de dérouler ses anneaux sous le ciel gris,
Soudain, épris
De lui, creuse son lit, grossit et s’élargit
En roulant dans ses flots des reflets de bruyère,
L’âme d’or des genêts et la paix bocagère ;
Il va, il sent, là-bas, l’appel de l’infini ;
Lors, bourdonnant, de sa voix multiple, il emplit
Tout ce qu’il peut d’espace
Et passe.
Mais sur la robe des prairies
Et des landes dormant comme boeufs assoupis,
Etalant sous le ciel ces vertes draperies,
Lui, le tumultueux, il n’est qu’un petit pli.
Aux heures fluant comme lui, Il dérobe leur féérie
Et s’attarde à rêver sa grise rêverie ;
Il regarde les pins craquant dans la tempête
Où le pâle soleil passant ses doigts nerveux
Dans les sombres cheveux
De leur hautaine tête
Il marche à pas soyeux,
S’étend, bel indolent, dans des criques profondes
Où s’allongent ses ondes,
Puis cherche en hésitant
Le destin qui l’attend,
Pressentant l’Océan à l’âme tourmentée,
L’Odet tire la langue et goûte l’eau salée.
Il n’est plus le petit Odet insouciant,
II se mêle au grand tout, atome d’Océan …

Marcel CHABOT. Bénodet, 10 août 1927.
(D’après le Citoyen du 18 août 1927)

Cléricalismes et laïcité : les leçons de l’histoire !

Les visiteurs trouveront ci-dessous une série de citations qui défrayaient la chronique… il y a quatre-vingt-dix ans.

LE CLERICALISME

L’enseignement clérical : « II inocule aux jeunes intelligences la vieillesse des préjugés ; il ôte à l’enfant l’aube et lui donne la nuit, et il aboutit à une telle plénitude du passé, que l’âme y est comme noyée, y devient on ne sait quelle éponge de ténèbres, et ne peut plus admettre l’avenir ». Victor Hugo.
« Les jeunes gens qui sortent des séminaires ne sont pas plus moraux que ceux qui sortent des collèges ; ils sont moins francs, moins énergiques. Le duc d’Aumale. Correspondance I, p. 177.
« Je ne veux pas des Pères de la Foi (les Jésuites) encore moins qu’ils se mêlent de l’Instruction publique pour empoisonner la jeunesse par leurs ridicules principes ultramontains » Napoléon 1er.
« Tant qu’il y aura un pays à cheval sur le Syllabus, un clergé esclave du Pape qui est lui-même l’homme lige des jésuites, c’est le devoir des citoyens de tenir leurs enfants à l’écart et de dire à ces hommes « N’approchez pas ! » Ou l’enseignement sera laïque, ou il faut désespérer de le voir national. » Edmond About.
« Le parti clérical Parti funeste, parti envahissant, dévorant, insatiable, ingrat de sa nature, parce qu’il croit que tout lui est dû ! Tant plus vous lui accordez, tant plus il prend ; tout ce que vous lui avez donné n’est point une satisfaction pour lui : c’est un point de départ pour exiger davantage.» Sainte-Beuve, poète, critique, académicien.

(D’après Le Citoyen du jeudi 12 mai 1927 n° 19, 20è année)

LA LAÏCITÉ

L’Etat laïque
On s’est servi d’une expression très fausse, à mon avis, et très inconvenante quand on a dit : « L’Etat est athée. » Non, certainement l’Etat n’est point athée, mais l’Etat est laïque pour le salut de toutes les libertés que nous avons conquises. F. Guizot, ministre des Affaires Etrangères,
(Discours à la Chambre des pairs, 25 avril 1844)

La loi doit être indépendante de toute religion.
Lamartine

L’Etat a le devoir de rester indifférent au milieu des doctrines religieuses, car il leur doit à toutes une égale protection.
Jules Ferry

La religion ne doit pas être plus nationale que la conscience. L’Etat ne peut pas se faire arbitre de ce qu’il faut croire ou ne pas croire.
Paul Deschanel

Une République cléricale serait une calamité. Un régime a ses principes et ne peut vivre que de ses principes. Quand vous prétendez ôter à la République cette raison de vivre, avouez-le tout de suite, c’est sa mort que vous demandez. Le calcul est bon : car il ne serait plus long ni difficile d’en finir avec elle. Une République cléricale ! Une République coulée dans le moule du Syllabus. Je vous demande à vous-même, qui donc tiendrait à son existence? Ce ne sont pas les anciens républicains à coup sur! Cette parodie sacrilège des croyances de toute leur vie ne pourrait leur inspirer que de l’horreur. Ce serait encore moins les cléricaux. N’ont-ils pas pris soin de nous avertir qu’il ne fallait garder de la République que l’enseigne? Alors,dites-le moi. Qu’est-ce qui empêchera un beau jour de décrocher l’enseigne ? La maison sera toute prête et le monarque choisi par la théocratie pourra coucher chez, lui.
Louis Hémon

L’Ecole laïque

Laïcité, dans la pensée des républicains dignes de ce nom, signifie non pas tolérance — il ne s’agit pas de nous tolérer les uns les autres — mais liberté, respect, union de tous, indépendamment de ce qu’ils pensent et de ce qu’ils croient.
Paul Deschanel. (Discours de Bordeaux, avril 1910).

Le pilier d’airain

M. Buffet : « Passez-nous les lois scolaires et nous vous passerons la République ». Jules Ferry : « C’est trop cher, Messieurs, nous ne ferons pas ce marché. Que serait la République, si elle n’était pas la grande éducatrice de la démocratie? L’école nationale doit rester l’école laïque, neutre et gratuite, parce qu’elle est l’école nationale. C’est là notre pilier d’airain. »
Jules Ferry.

L’instituteur n’a ni à enseigner la religion ni à la combattre. L’école publique ne peut être ni confessionnelle, ni anticonfessionnelle.
Paul Deschanel

L’Ecole laïque et ses Maîtres

Citoyens, si nous avons enregistré pour la République tant de belles, tant d’éclatantes victoires, oui, c’est votre œuvre« citoyens, c’est entendu, mais c’est aussi l’œuvre patiente de celles et de ceux qui nous ont préparé ces générations nouvelles, dans cette infinité de petits temples de la Concorde que la République a placés en pleine lumière au cœur de chaque commune, où elle a voulu des intelligences actives et bienveillantes qui ont appris aux enfants de France le mystère charmant de la Fraternité.
E.Herriot. (Discours de Nice, octobre 1925),

L’Ecole laïque a gagné la Guerre

Les classes qui ont pris part à la guerre étaient les classes comprises entre la classe 89 incluse et la classe 1919 (incluse). Les soldats compris dans ces classes avaient été écoliers au cours des années scolaires comprises entre 1874-1875 et 1904-1905. Or, au cours de ces trente années, la proportion des élèves de l’enseignement primaire public (garçons) avait été exactement de 81,1 pour cent. Donc, parmi les mobilisés, il y avait exactement un peu plus de 4 soldats sur 5 qui sortaient de l’école laïque. Autrement dit, les quatre cinquièmes des soldats français qui ont gagné la guerre avaient été formés par notre enseignement public.
Albert Bayet.

(D’après Le Citoyen du jeudi 12 mai 1927, n° 19, 20è année)

Eléments de morale professionnelle  extraits du Code de l’Instituteur (1751)

 Le visiteur trouvera ci-dessous  quelques morceaux choisis de ce document venu de loin…

Le code de l’instituteur en 1751

« Les maîtres auront les cheveux courts et modestes; ils porteront le surplis, la soutane et le bonnet carré pendant le service divin ; ils feront le catéchisme deux fois la semaine ; ils enseigneront le chant aux enfants, les conduiront tous les jours à la messe et les tiendront modestes à l’église. Ils devront donner le bon exemple à leurs écoliers et à la paroisse par une vie réglée. Nous leur défendons de tenir taverne, de jouer en public d’aucun instrument de musique, d’assister aux danses et aux veillées, de fréquenter les cabarets ». Mais ceci n’était que le bon côté du métier…

 L’instituteur était tenu, en outre, « de balayer l’église, d’assister le curé dans la célébration des offices, de l’aider à porter les sacrements, de sonner l’Angélus, matin et soir, de porter l’eau bénite le dimanche, de ranger la sacristie et de donner la volée aux cloches en cas d’orage afin de chasser les nuées. »

D’après Le Citoyen, jeudi 26 mai 1927 n° 21, 20è année

Les diffamateurs de l’école laïque et de ses maîtres condamnés au tribunal

Le visiteur trouvera ci-dessous un article de Albert Bayet (mai 1927) sur le « verdict de Saint-Brieuc ».

Le verdict de Saint-Brieuc est une victoire laïque.

Poursuivre les diffamateurs de l’école laïque ? Allons donc ! Lorsqu’il y a quelques mois on parla de s’y décider, nos adversaires nous rirent au nez. D’abord, cela ne s’était jamais fait. Au temps du Bloc national, un journaliste avait appelé les maîtres de nos écoles « une corporation de 70.000 fous ou folles, gredins, malfaiteurs ou filles perdues, chargés par l’Etat de contaminer des pires contagions morales, sans compter probablement les autres, les centaines de milliers d’enfants de nos milliers d’écoles publiques ». En vain l’Université avait demandé des poursuites : le gouvernement d’alors les avait nettement refusées, et la Chambre nationaliste (on était en 1923) avait approuvé le gouvernement par 306 voix contre 205. Ce précédent faisait jurisprudence. — Et puis, ajoutaient insolemment les gens de droite, essayez un peu de nous poursuivre ! Essayez de nous traîner devant un tribunal breton ! C’est nous qui ferons le procès de l’école laïque, et nous sortirons du prétoire tête haute et victorieux !

De vrai, tout le monde savait que les hobereaux bretons menaient depuis plusieurs mois une campagne enragée contre l’école laïque, qu’ils avaient réussi à créer autour d’elle une légende abominable : on pouvait craindre que le jury, trompé par cette légende, hésitât à frapper les diffamateurs. Par surcroît, l’on pouvait se demander si les magistrats de là-bas oseraient prendre position contre le parti clérical (et l’attitude du procureur a montré qu’une inquiétude de ce genre était légitime). Herriot pourtant a passé outre. Au nom du gouvernement, il a fait engager les poursuites : et voici qu’en pleine Bretagne les diffamateurs, qui devaient pourfendre l’école, s’en vont condamnés et l’oreille basse. Pourquoi ? Parce que l’évidence des faits a été plus forte que la légende, parce qu’en France ce n’est pas impunément qu’on se heurte au bon sens. Le grand reproche lancé dans l’Ouest contre nos instituteurs, c’est qu’ils sont « antipatriotes ». Voilà près d’un demi-siècle qu’on le leur répète chaque jour et sur tous les tons; ils traînent le drapeau dans la boue, ils so moquent de la patrie, ils fabriquant par millions insoumis et déserteurs. Fidèles à la tradition, les gazetiers bretons qu’on vient de condamner ajoutaient « dans leurs classes, ils habituent leurs élèves à cracher sur le drapeau. » Seulement, à l’audience – alors que les diffamateurs n’arrivaient pas à alléguer un fait à l’appui de leur calomnie – un instituteur s’est avancé et, sans phrases, gravement, a rappelé combien d’instituteurs, au cours de la dernière guerre, étaient tombés sur les champs de bataille.

Ne nous lassons pas d’imprimer ce chiffre : sur 35.817 instituteurs mobilisés 8.119 sont morts, soit 26%.

Pour mesurer le sens tragique de ce chiffre, il suffît de le comparer à d’autres : les membres du clergé mobilisés étaient au nombre du 32.699; ils ont perdu 4.618 des leurs, soit 14,1%. Comme le clergé, nul n’en doute, a fait son devoir pendant la guerre, ce qui résulte des chiffres, c’est que les instituteurs « anti-patriotes » ont fait, eux, plus que leur devoir. De telles précisions ne pouvaient ne pas frapper l’esprit des jurés bretons. Quelques faits ont parachevé l’œuvre des chiffres. Un des instituteurs particulièrement diffamés par le parti clérical s’est avancé à la barre et a donné ses états de service: trois citations et la Légion d’honneur. Une institutrice, qui s’était portée partie civile, a parlé à son tour et a dit : « Je l’ai fait pour défendre la mémoire de mon mari, fils, petit-fils, neveu d’instituteurs, mort sur le champ de bataille, lieutenant d’infanterie, chevalier de la Légion d’honneur ». Un frémissement a agité l’assistance. La calomnie confondue a baissé la tête. Les diffamateurs sont sortis, condamnés moins par le jury que par l’écrasante évidence des faits.

Comme de juste, la presse cléricale essaie de faire le silence sur cet événement. Il n’en aura pas moins dans nos départements de l’Ouest et dans l’ensemble du pays un retentissement profond. Les partis de droite avaient, comme on sait, décidé d’organiser, cet été, une croisade de grand style contre l’école laïque. Chefs et troupes étaient dûment stylés. La campagne d’injures était prête. Et voici que, dés le premier jour, nos preux croisés, au cœur de la Bretagne, donnent du nez sur un jury et se relèvent tout penauds. Mauvais départ ! … Albert BAYET.

( D’après Le Citoyen du jeudi 5 mai 1927, n°18, 20è année )

La défense de l’Ecole laïque et des instituteurs en mai 1927

Les visiteurs prendront connaissance ci-dessous d’un article paru dans Le Citoyen du 5 mai 1927 (n°18, 20è année) qui témoigne de la violence des propos tenus à l’encontre des instituteurs et  de la détermination sans faille de certains de leurs défenseurs.

SONS DE CLOCHE : Nos Instituteurs outragés!

Le Bulletin paroissial de Ploudalmézeau, Finistère, a commis une petite infamie en écrivant ces lignes : « Qui doit aller au Folgoët? Les hommes qui ont reçu le baptême et qui ont au cœur l’amour de N. S. J. C., les hommes de l’Entente catholique fondée en notre pays par Monseigneur l’Evêque pour défendre notre foi et obtenir la liberté pour notre Religion ». « Vous avez la liberté », nous disent les gens sans foi ! Liberté ! alors que sont interdits nos religieux, même ceux qui ont versé leur sang pour défendre le pays ! Liberté ! alors que les frères ni les sœurs ne peuvent enseigner en s’habillant comme ils veulent, ni vivre en communauté.

Et que, d’autre part, les gens sans foi ni loi sont chargés d’instruire les enfants et les prostituées peuvent tenir leur bordel comme elles veulent (Hag etretant, an dud difeiz hag direiz a zo karget da gentelia ar vugale, hag ar merc’hed fall a all derc’hel o bordel ma keront).

L’homme de Dieu qui a écrit ces lignes a lâchement outragé une corporation qui accomplit silencieusement et modestement la tâche méritoire d’instruire la jeunesse. Elle n’y a pas trop mal réussi, si j’en juge par les résultats. Durant quarante ans, elle a instruit les trois quarts des enfants qui ont porté à son apogée le bon renom de la République française dans le monde.

Et qui donc oserait soutenir que les parents qui ont reçu l’instruction dans les écoles de l’Etat et qui, dès la fondation d’une école privée dans leur commune, abandonnent l’école laïque pour confier leurs enfants à l’école privée, par crainte de représailles cléricales, ont été formés par des maîtres sans foi ni loi ? Qui donc a constaté dans l’enseignement de ces maîtres un manquement à la neutralité scolaire ou une violation passagère des droits de la conscience de l’enfant ?

L’enfant laïque sorti de nos écoles a comme prototype le petit poilu du Faouët. Ecoutez une fois de plus ce que Jean-Corentin Carré écrivait à son maître, l’instituteur public Mahébèze « Le sentiment de l’honneur, c’est à l’école que je l’ai appris et vous êtes, M. Mahébèze, un de ceux qui me l’ont enseigné. Je souhaite que tous les petits écoliers du Faouët comprennent les leçons que vous leur donnez comme je les ai comprises. La vie, en elle-même, n’est rien si elle n’est bien remplie. »

°°°°°

Hier, j’assistais dans une commune très réactionnaire, au milieu d’une foule considérable, admirative et attendrie, aux obsèques de Manuel, un instituteur qui fit des prodiges au front. Le général Marchand, qui s’y connaissait en bravoure, l’avait surnommé le brave des braves et vantait son héroïsme comme légendaire. Manuel ne fut pas un exemple isolé. Aucune corporation n’a plus que celle des maîtres de l’enseignement public payé à la guerre un plus large tribut de Vies précieuses offertes généreusement à la patrie pour son salut et pour la sauvegarde de la liberté du monde. Et les institutrices ne le cédaient en rien pour le patriotisme et le culte du devoir à leurs époux tombés au champ d’honneur !

J’ai conservé pieusement, deux lettres qui me furent adressées par des veuves d’instituteurs : « Monsieur le Député,Je suis très sensible au témoignage de sympathique intérêt et aux sentiments de condoléances que vous avez bien voulu m’adresser dans la grande douleur que me cause la glorieuse mort de mon mari. Je n’oublierai pas que mon cher disparu a fait le suprême sacrifice pour l’accomplissement de ses devoirs, pour la Patrie. Je n’oublierai pas non plus qu’il laisse un nom honoré que moi et notre fils porterons fièrement. Si sa tâche est terminée, la mienne commence pour faire de son fils un Français digne de son père. »

Et cette autre : « Monsieur le Député, Je vous remercie vivement de la lettre que vous avez eu la bonté de m’adresser ; j’en ai été très touchée. Ma douleur est et restera profonde, mais le salut de la France, je le sais, exige des sacrifices qu’il faut savoir lui faire, mon mari était brave, je ne puis être lâche. Il me reste un fils pour lequel je dois vivre. Je veux en faire un honnête homme et un bon Français ».

Messieurs de Ploudalmézeau et autres lieux, salut, chapeau bas !

Georges LE BAIL. (D’après Le Citoyen du jeudi 5 mai 1927, n°18, 20è année)

La liberté de la presse … ne s’use que lorsque l’on ne s’en sert pas !

1. In Le Citoyen* du 7 juin 1940, 33è année n°23, le bandeau de la page comporte la recommandation suivante :
«  Après avoir lu « Le Citoyen » adressez-le à votre mari ou à votre fils qui fait son devoir aux Armées. Ce sera un trait d’union entre lui et le pays qu’il défend »

2- in Le Citoyen du 28 juin 1940, 33è année n°26, le bandeau de la page 1 a été amputé :

Ce sera la dernière parution de Le Citoyen. Entre les deux dates, l’occupant allemand s’était installé en notre bonne ville de Quimper…

*Organe hebdomadaire de Défense Laïque et d’Action Républicaine.

Publication de La Terre des Prêtres (1924)

Beaucoup d’anciens élèves-maîtres des EN primaires de Quimper  débutèrent leur carrière d’instituteur dans les écoles publiques du Léon (au nord/nord-ouest du Finistère). Ils y découvrirent les joies du métier et celles de la terre des prêtres! C’est en 1924 que Yves LE FEBVRE publia  La Terre des Prêtres, un ouvrage qui fit grand bruit.Les visiteurs trouveront ci-dessous les échos lointains de quelques articles de presse ayant annoncé ou relaté cet évènement littéraire.

YVES LE FEBVRE

Le bureau d’un hôtel moderne — machine à écrire, téléphone, ampoules bariolées — est au XX* siècle un décor tout trouvé pour faire connaissance et lier conversation avec un homme d’action et un poète. C’est ainsi qu’à la faveur des élections législatives je devais rencontrer M. Yves Le Febvre, directeur de la Pensée Bretonne. A vrai dire, je n’avais de lui presque rien à apprendre si ce n’est son visage. Plus jeune que je ne le pensais, de taille plutôt petite, les cheveux noirs rejetés en arrière, la barbe en pointe, la voix vibrante et, à la longue, un peu acide aux heures de polémique ardente, ce fils de Renan à la fougue de Lamennais s’efforce, non seulement — comme le voulait Mallarmé — de donner un sens plus pur aux mots de la tribu mais surtout de lui donner, à cette tribu, une orientation morale. — Et le progrès de ce mouvement, commencé il y a une douzaine d’années, est incontestable en Bretagne, champ auquel il semble avoir borné son action. Il y est arrivé par une logique qui paraît avoir dominé les actes de sa vie : d’abord historien des temps préhistoriques avec les Contes Celtiques, puis de la Gaule et de la France jusqu’au Moyen Age avec la Gaule conquérante, les Barbares, l’Ombre romaine, les Féodaux, s’il est venu d’un bond à notre époque, c’est, comme le faisait remarquer Anatole Le Braz, que la Bretagne, ces dernières années, vivait encore sous le signe médiéval avant la pénétration quasi-totale aujourd’hui des chemins de fer. Et maintenant, son œuvre essentielle terminée, Yves Le Febvre contribue à l’écrire, cette Histoire, mais dans la vie même, par ses actes, par une large politique républicaine qui sera la matière des historiens de demain. Des nouvelles, Sur la pente sauvage de l’Art, des contes, des Cahiers bretons, un roman, la Terre des prêtres composent ou composeront son bagage littéraire futur. Un jour, la Bretagne lui donnera entièrement la place qu’il mérite, en compagnie de Le Dantec, de Réveillère, de Clémence Royer, sur un plan différent sans doute mais fort honorable. Si j’écris aujourd’hui ce bref médailIon à son éloge, à l’éloge de cet écrivain pétri par les douceurs du Trégor et les tempêtes de la mer, c’est que j’ai pensé à tout cela quand, la veille d’un scrutin qui ne devait pas plus lui sourire que, jadis, il ne sourit à l’illustre auteur de la Vie de Jésus, nous cheminions sur la route animée de la gare, baignée par un crépuscule doré qu’emplissaient les arabesques de nos rêves.

Auguste BERGOT, (Le Citoyen du 24 juillet 1924).

Le nouveau roman d’Yves Le Febvre

La Terre des Prêtres paraîtra au mois d’octobre aux éditions de La Pensée française. Il fera revivre le vieux Léon avec sa foi étroite et fanatique. Il marquera de quelques traits vigoureux cette terre si riche et si belle, que domine un clergé tout puissant, aux passions humaines et qui évoque le souvenir demeuré vivace des « Moines rouges » du Moyen Age Ce roman qui vise à brasser une matière nouvelle de Bretagne soulèvera peut-être quelques colères ; mais les lecteurs de La Terre des Prêtres diront si cette Bretagne léonaise n’est pas la plus vivante et la plus vraie et si Mac’harit, Mone Abjean, Lomic Floch et le docteur Moreau ne sont pas des types essentiellement représentatifs de la « race ».

In La Pensée Bretonne, 10è année, n° 91, juillet 1924

A PROPOS D’UN ROMAN : LA BRETAGNE TRAGIQUE !

A l’heure où j’écris cet article, au retour de l’été, la maison d’édition La Pensée Française prépare le lancement de mon roman : LA TERRE DES PRÊTRES. La présentation du livre est parfaite, à la fois élégante et simple et je n’ai qu’à en remercier mes éditeurs, devenus tout de suite mes amis, dont la firme part à la conquête de Paris et de la France et connaîtra, sans doute, bientôt les forts tirages des Fasquelle, des Grasset, des Crès et des Flammarion. Quant au roman, j’aurais mauvaise grâce à le louer. J’en ai donné plusieurs extraits dans La Pensée Bretonne. Ces extraits m’ont valu des lettres amicales. J’espère que le volume ne décevra pas l’attente de mes amis. C’est mon vœu le plus cher. Je désire qu’il complète la série des œuvres que j’ai déjà publiées sinon à la gloire, tout au moins pour la défense et pour la justification de la vieille province où plongent mes racines d’homme et où, chaque année, ma maturité retrouve ma jeunesse avec une émotion plus grave. J’entends, en effet, affirmer tout d’abord que La Terre des Prêtres demeure conforme à l’unité profonde de mon œuvre bretonne, liée par la qualité de son inspiration, non seulement aux « Nouvelles Léonaises », mais encore à mes « Essais sur la Pensée bretonne » et à mes « Essais sur l’Histoire bretonne ». Tout cela se clarifiera peu à peu. Dans les années lointaines, lorsque nous aurons disparu les uns et les autres et.que nous n’aurons plus à compter avec la haine partisane ou la sottise cléricale, je souhaite que mes amis inconnus retiennent cette considération, si toutefois quelque chose survit de mon effort solitaire, obstiné pour une Bretagne française, libre et républicaine.

Ce n’est pas à dire que La Terre des Prêtres soit un livre de combat. Je me défends par avance contre un tel reproche. C’est un roman de mœurs paysannes, une étude de l’Ame bretonne et un drame, — un drame avant tout. Je l’ai écrit aussi consciencieusement que possible. Il vise à redresser du point de vue de la vérité psychologique une certaine conception littéraire, faite de mièvreries sentimentales, dont les chansons de Botrel sont le type le plus parfait. On trouve le point de départ de cette conception littéraire dans ce chef d’œuvre d’émotion intime qu’est la « Marie » de Brizeux et l’on en peut suivre le cheminement et l’évolution à travers Emile Souvestre, Anatole Le Braz et quelques autres jusqu’au poncif breton actuel. A mon sens, il y a là un travail de redressement à opérer pour la pensée et pour l’art bretons. Il faut remonter aux sources. Cette mièvrerie et cette sentimentalité sont étrangères au caractère véritable de la face qui est rude et forte. Il faut les reléguer au magasin de décors de cette Bretagne d’opéra-comique que des impresarii intelligents ont inventée pour « faire marcher le commerce ». Il faut les mettre sur le même plan que ces fastueuses mascarades, où Parisiennes et bourgeoises de « chez nous » revêtent pour un jour les costumes de velours, les tabliers brodés et les coiffes blanches des plus beaux de nos cantons. Je ne suis nullement insensible à la splendeur vive et chatoyante de ces kermesses. Il y a dans ces défilés somptueux de drapeaux et de reines une grâce émouvante. Il y a surtout un plaisir rare pour les yeux et j’applaudis, sans arrière-pensée, aux organisateurs de ces beaux cortèges qui adaptent à nos climats et à nos saisons les bals travestis, les mi-carêmes parisiennes et les fêtes de fleurs provençales. La seule chose que je veuille dire, c’est que personnellement je demeure plus intéressé par les reflets de la pensée à travers les âges, le jeu éternel des passions humaines et les drames de la vie et que je demande autre chose à la Bretagne.

Pour en revenir à mon roman — puisqu’aussi bien je le présente au lecteur — il ouvre dans mon esprit un cycle de romans bretons dont plusieurs avant sont sur le chantier et paîtront successivement au cours des années qui viennent. J’ai voulu évoquer, dans La Terre des Prêtres, le vieux Léon, la sombre et riche terre de paysans et de prêtres qui va da Saint-Pol à Lesneven et même au-delà, vers le pays plus sauvage encore des « Pagans »… On ne manquera pas d’attaquer le livre et d’en dénoncer les tendances anticléricales. J’ai prévu l’objection. Elle est plus apparente que réelle. Parlant de ce pays léonais, où la religion domine la vie publique et la vie privée, il était à peu près impossible d’échapper à un tel reproche, a moins de tomber dans l’excès contraire et de faire du livre une apologie de la religion et de la théocratie. La matière, dans ces communes, prête sans doute difficilement au juste milieu. La seule chose que je puisse dire pour ma défense, c’est que je me suis efforcé de la traiter avec modération et avec impartialité. Le roman est vrai et demeure dans la vraisemblance pour qui connaît cette partie de la Bretagne. Il ne comporte aucun outrage aux hommes ou aux idées. Je connais à fond cette terre fanatique et laborieuse pour y avoir vécu sept années. Je me suis efforcé d’en retenir les nuances d’âme et les nuances de ciel. Je suis resté volontairement en deçà de la vérité, à bien des égards. Nul n’oserait nier que cette partie de la Bretagne ne soit devenue l’apanage d’une théocratie dominatrice où revivent les mœurs, les passions et les pensées du moyen-âge. La religion y est, cependant, plus formulaire que réfléchie, plus superstitieuse et plus imprégnée de paganisme que chrétienne. La crainte de l’enfer l’emporte comme moyen d’action sur l’amour de Dieu. On y brûlerait volontiers encore les hérétiques et les libertins, si la République n’était là pour les protéger. La domination spirituelle et temporelle du clergé y atteint un degré insoupçonné. Si l’on veut en mesurer la puissance, il faut relire le dossier de l’élection Gayraud et le discours à la Chambre de ce républicain modéré que fut Louis Hémon. Ce n’est pas sans raison et sans droit que j’ai pu évoquer naturellement, en marge du roman, la guerz fameuse de « Katelic Moal et des trois moines rouges » recueillie par La Villemarqué et qui figure dans le « Barzas-Breiz ». La gwerz est de toute la Bretagne et de tous les temps ; mais, elle est avant tout léonaise.

J’entends bien que sur ce point notre jugement peut varier. Il est loisible aux catholiques de se réjouir de cette puissance du clergé en Bretagne, comme à nous de le regretter et de nous en affliger. Le romancier, lui, a le droit de constater le fait, de s’en saisir, de l’utiliser pour le conflit des passions et des intérêts. Le jeu s’en déroulera nécessairement dans une atmosphère un peu particulière, qui mêle la superstition à la piété et qui conduit au mysticisme ou au fanatisme. L’essentiel est de demeurer dans la vraisemblance. Je n’ai pas voulu écrire un livre à thèse, ni renouveler le vieux procès du libéralisme philosophique contre le célibat des prêtres ou contre la confession, bien que j’en fasse état, incidemment. J’ai visé simplement au drame et rien qu’au drame. Parce que le péché de la chair est sacerdotalement la règle en Bretagne, en dépit de tous les vœux et de toutes les mortifications, il faut que la religion emploie toute sa puissance, tous ses moyens, tous ses efforts à en effacer ou à atténuer les terribles conséquences. Il faut, chaque jour, dans l’intérêt même de l’Eglise, piétiner des étincelles, afin d’éteindre les incendies qui consumèrent jadis Sodome et Gomorrhe. Si indignes qu’ils puissent être, les prêtres ne doivent pas être soupçonnés. Mais piétiner des étincelles, c’est piétiner des âmes. Et voilà tout le drame de La Terre des Prêtres.

Une autre particularité me frappe, lorsque je confronte ma connaissance de la Bretagne et ma vision personnelle avec les conceptions littéraires que j’ai dénoncées plus haut et toute la mièvrerie sentimentale d’un certain poncif : c’est la qualité même du tragique breton. Je m’étonne que nos écrivains régionalistes n’aient pas mieux saisi ce caractère de la Bretagne, qu’ils ne l’aient pas mieux compris et qu’ils n’en aient pas mieux tiré parti. La Bretagne est Shakespearienne. Elle était Shakespearienne avant la lettre dans ce beau drame passionné de Tristan et Yseult qui reste un de nos chefs-d’œuvre à travers l’adaptation de M. Joseph Bédier. Aucune histoire n’est plus tragique, plus riche en drames variés que l’histoire bretonne. C’est une mine inépuisable. Quant à la Bretagne contemporaine, il suffit de suivre au jour le jour la grande presse d’information pour discerner que si le drame avait disparu du reste du monde, il se réfugierait dans nos landes, sous notre ciel de brumes et de tempêtes. Je feuillette les journaux au cours de la seule année 1924. Après l’affaire Seznec qui va se dérouler, pleine d’ombres encore, devant les Assises du Finistère, nous avons eu le drame de Louargat, étrange aventure digne du génie tourmenté de Shakespeare, où l’on accuse un amant d’avoir enseveli sa maîtresse, humble couturière, dans quelque caveau de cimetière villageois, dans l’une de ces tombes qui nous sont familières, herbeuses et fleuries, sous leur croix de fer rouillé ou de bois vermoulu. L’émotion n’en est pas éteinte qu’éclate le drame de Lannion, l’assassinat du comte de Kerninon, qui montre que les mêmes passions terribles battent dans les cœurs aristocratiques et dans les cœurs roturiers. Et entre ces grandes tragédies que d’autres drames, que d’autres meurtres qui ouvrent des perspectives infinies sur le cœur humain ! J’en ai connu et instruit comme magistrat et j’en sais tout l’intérêt, tout le tragique. L’erreur serait de n’en voir que le dessin et de ne pas discerner les sanglantes arabesques des sentiments, des intérêts, des passions.

Qu’on le veuille ou non, voilà la vraie Bretagne. Nous sommes loin des fades chansons où l’on se lie par le petit doigt, des sentimentales aventures et des mièvreries galantes où tant de gens résument la poésie d’une vieille terre et d’une vieille race, par suite de conceptions littéraires surannées que des Bretons d’opéra-comique et de café-concert ont mises à la mode. Il y a autre chose en Bretagne que des clochers à jour, des lits-clos, des paysans à la Watteau et des paysannes à la Trianon. La Bretagne est avant tout une terre de drame. Ce qui vaut dans cette race aux passions fortes, tardivement mêlée à une civilisation utilitaire et raffinée, c’est la qualité du tragique. Je retrouve ce tragique dans nos vieilles gwerz recueillies par La Villemarqué et par Luzel, au même titre que dans «Tristan et Yseult» ou dans nos vieilles chansons de geste. Je le retrouve même dans la vie des Saints de Bretagne, dans cette légende dorée recueillie par Albert Le Grand et qui vaut pour la poésie et pour l’art au même titre que ces gwerz et ces chansons de geste. Je le retrouve enfin, je le retrouve surtout dans l’œuvre de ce Celte d’outre-mer, dont les drames pleins de mouvement, de passion, de pensée et de vie résument ce qu’il y a de plus grand et d’éternel dans le génie breton. J’ai nommé déjà le dramaturge de Stratford-sur-Avon, juste orgueil de l’Angleterre, William Shakespeare.

Yves L E FEBVRE ( La Pensée Bretonne,10è année, n°94, octobre 1924)

BIBLIOGRAPHIE : La Terre des Prêtres.

M. Yves Le Febvre consacre dans le dernier numéro de la Pensée Bretonne, sous le titre de La Bretagne Tragique, un très intéressant article à son roman La Terre des Prêtres, dont la maison d’édition la Pensée Française prépare actuellement le lancement. Nous détachons de cet article les passages suivants que nous sommes heureux de mettre sous les yeux de nos lecteurs : « J’ai voulu évoquer, dit M. Le Febvre, dans La Terre des Prêtres, le vieux Léon, la sombre et riche terre de paysans et de prêtres, qui va de Saint-Pol à Lesneven et même au-delà, vers le pays plus sauvage encore des « Pagans ». On ne manquera pas d’attaquer le livre et d’en dénoncer les tendances anticléricales. J’ai prévu l’objection. Elle est plus apparente que réelle. Parlant de ce pays léonais, où la religion domine la vie publique et la vie privée, il était à peu près impossible d’échapper à un tel reproche, à moins de tomber dans l’excès contraire et de faire du livre une apologie de la religion et de la théocratie. La matière, dans ces communes, prête sans doute difficilement au juste milieu. La seule chose que je puisse dire pour ma défense, c’est que je me suis efforcé de la traiter avec modération et avec impartialité. Le roman est vrai et demeure dans la vraisemblance pour qui connaît cette partie de la Bretagne. Il ne comporte aucun outrage aux hommes ou aux idées. Je connais à fond cette terre fanatique et laborieuse pour y avoir vécu sept années. Je me suis efforcé d’en retenir les nuances d’âme et les nuances de ciel. Je suis resté volontairement en deçà de la vérité, à bien des égards. Nul n’oserait nier que cette partie de la Bretagne ne soit devenue l’apanage d’une théocratie dominatrice ou revivent les mœurs, les passions et les pensées du moyen-âge. La religion y est, cependant, plus formulaire que réfléchie, plus superstitieuse et plus imprégnée de paganisme que chrétienne. La crainte de l’enfer l’emporte comme moyen d’action sur l’amour de Dieu. On y brûlerait volontiers encore les hérétiques et les libertins, si la République n’était là pour les protéger. La domination spirituelle et temporelle du clergé y atteint un degré insoupçonné…» « … J’ai visé simplement au drame, et rien qu’au drame, ajoute plus loin M. Le Febvre, parce que le péché de la chair est sacerdotalement la règle en Bretagne; en dépit de tous les vœux et de toutes les mortifications, il faut que la religion emploie toute sa puissance, tous ses moyens, tous ses efforts à en effacer ou à atténuer les terribles conséquences. Il faut, chaque jour, dans l’intérêt même de l’Eglise, piétiner des étincelles, afin d’éteindre les incendies qui consumèrent jadis Sodome et Gomorrhe. Si indignes qu’ils puissent être, les prêtres ne doivent pas être soupçonnés. Mais piétiner des étincelles, c’est piétiner des âmes. Et voilà tout le drame de la Terre des Prêtres. »

La Pensée Bretonne, Organe littéraire de la Bretagne républicaine Directeur : Y. Le Febvre. Abonnements : 1 an, 10 fr. ; 6 mois, 6 fr. Pour les abonnements, s’adresser à P. Guéguen, gérant de la « Pensée Bretonne », 21, rue du Sallé, à Quimper (Finistère).

La lettre d’un jeune instituteur mobilisé à un ancien (collègue) ayant participé aux combats de la guerre franco-allemande de 1870… (D’après Le Petit Citoyen n°37 du 21 août 1914).

Lettre d’un instituteur cornouaillais à un ancien de 1870.

Mon cher Monsieur M…,

Dans quelques jours, je comptais avoir le plaisir de vous serrer la main. Le sort en a décidé autrement, et, d’ici longtemps sans doute, qui sait ? peut-être jamais, je ne reverrai ma chère Bretagne et tous ceux que j’y laisse…

Puisque nous mobilisons…, puisque l’heure est si grave, je profite de deux minutes de repos pour vous faire mes adieux. Je sais que votre âme de brave combattant doit vibrer fortement à cette heure.

Eh I oui, je sais qu’à ce moment les journaux, tout mensongers et tout incomplets qu’ils soient, doivent vous faire revivre les moments où, jeune comme moi, vous partiez, vous aussi, à la frontière. Il m’est particulièrement doux de communier avec vous à cette heure, de vous faire part de mes impressions, parce que je sais que votre patriotisme n’a jamais failli. Comme vous, je suis patriote, et je pars à la frontière… le sourire aux lèvres. Vous pouvez être assuré que je m’y battrai en brave.

J’ai encore présent à la mémoire ce récit touchant que vous me fîtes naguère de votre campagne de 70. Je tâcherai de prendre exemple sur vous. Samedi prochain, nous serons à la frontière, nous serons sur la ligne de feu. Nulle peur! nul affolement! Certes, j’en ai gros sur le cœur ! Mais bah ! la vie d’un jeune homme, quand il s’agit de défendre la Patrie menacée, c’est bien peu ! Hier soir, nous sommes sortis de la caserne après le meurtre de Jaurès. Les Parisiens, affolés, nous voyant passer, croyaient que nous partions pour la frontière. Quels adieux touchants ! Que d’encouragements ! Toutes les têtes se découvraient à notre passage. Et, ma foi ! tout soldats que nous sommes, nous ne pouvions retenir nos larmes. Que sera-ce vendredi prochain, quand nous nous embarquerons pour de bon ?

Mais le temps passe ! Dans quelques heures, nos aînés vont arriver, arrachés à tout jamais peut-être du sein de leur famille. Pour eux, nous dédoublons nos lits, et nous faisons tout ce qui nous est possible pour réserver le meilleur accueil à ces frères d’armes. Et quand arrivera le grand jour où notre belle France nous appellera, nous serons tous là, tous unis par les mêmes sentiments, tous prêts à lui donner notre vie.

Une dernière fois, adieu ! Monsieur M… Nous partons, tous confiants dans nos chefs. Décidés comme nous le sommes, la victoire ne peut nous échapper.

A tous mes amis de P…, j’adresse mes souvenirs émus.

R. C…, Caporal à la 6è compagnie du 1040è régiment d’infanterie, à Paris.

Récompenses aux instituteurs et écoles normales

Le jour de la déclaration de guerre du samedi 14 août 1914 (à16h) était publié le n° 34 (6è année) de l’hebdomadaire « Le Citoyen » paraissant le samedi. Pour des raisons évidentes, l’évènement majeur de cette journée n’y est pas mentionné. Par contre on y découvre des informations concernant les récompenses (?) aux instituteurs ainsi que les listes des candidats et candidates admis(es) au concours d’entrée dans les deux écoles normales primaires du Finistère. Le visiteur  se rendra compte  de l’information, traitée  différemment,  selon que l’on avait postulé avec succès à l’ENG ou à l’ENF !…

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