La laïcité comme condition de la démocratie et des droits des femmes

L’article « Laïcité, Démocratie, Droits des Femmes » de Marieme Hélie-Lucas paru sur le site « Entre les lignes entre les mots » constitue à la fois un témoignage personnel, une analyse historique et un plaidoyer féministe. Rédigé à partir d’une conférence donnée à Dakar en 2025, il s’inscrit principalement dans un contexte africain. L’auteure y défend une conception de la laïcité fondée sur la séparation du religieux et du politique, qu’elle considère comme une condition essentielle de la démocratie et de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Son argumentation prend d’abord appui sur l’expérience algérienne. Elle rappelle que le Congrès de la Soummam, en 1956, avait affirmé la vocation laïque de l’Algérie en lutte pour son indépendance. Après 1962, cette orientation aurait été progressivement abandonnée, notamment avec la proclamation de l’islam comme religion de l’État dans la Constitution de 1963. L’adoption du Code de la famille en 1984 représente, dans son analyse, l’aboutissement de cette évolution. Les femmes algériennes y ont perdu une part importante de leurs droits en matière de mariage, de divorce, de garde des enfants et d’héritage. L’auteure relie cette régression juridique à la reconnaissance politique d’une norme religieuse et à l’affaiblissement du principe de laïcité.

Son expérience de la guerre contre les civils durant les années 1990 renforce cette conviction. Marieme Hélie-Lucas rappelle que les femmes furent les victimes privilégiées des groupes intégristes armés. Elle distingue cependant clairement les croyants des mouvements fondamentalistes : la critique de la laïcité ne vise pas les personnes religieuses, mais les entreprises politiques qui cherchent à imposer une interprétation particulière de la religion à l’ensemble de la société. Elle souligne également que des croyants progressistes et des théologiens réformateurs ont souvent été persécutés par les autorités religieuses conservatrices ou par les groupes intégristes.

L’auteure revient ensuite sur l’histoire française de la laïcité, qu’elle rattache à la Révolution de 1789 et à la loi du 9 décembre 1905. Elle insiste sur le fait que cette loi garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes, tout en séparant les institutions religieuses de l’État. La laïcité n’est donc ni l’athéisme ni l’hostilité aux religions : elle protège la liberté des individus et empêche les autorités confessionnelles de disposer d’un pouvoir politique particulier. La République ne reconnaît que des citoyens égaux, et non des communautés religieuses investies d’une représentation autonome.

Le texte propose également de distinguer la laïcité du sécularisme. Marieme Hélie-Lucas associe ce dernier au modèle britannique de reconnaissance et d’accommodement des religions. Selon elle, ce système favorise le communautarisme, la multiplication des autorités religieuses et l’existence de normes juridiques différentes selon l’appartenance religieuse réelle ou supposée des citoyens. Elle dénonce notamment les tribunaux religieux intervenant dans des affaires familiales et le risque qu’ils font peser sur l’autonomie des femmes. Cette partie est particulièrement stimulante, même si elle demande à être nuancée et vérifiée sur le plan juridique et comparatif.

La comparaison entre la Tunisie et l’Algérie montre ensuite que les sociétés dites musulmanes ne sont pas régies par une loi religieuse unique. Les législations familiales varient selon les choix politiques, les interprétations des textes, les traditions sociales et les héritages coloniaux. Cette diversité démontre que les normes présentées comme divines sont toujours interprétées par des acteurs humains et peuvent produire des droits très différents pour les femmes.

Enfin, Marieme Hélie-Lucas critique le relativisme culturel lorsqu’il conduit à accepter, au nom de la défense des minorités, des règles inégalitaires imposées aux femmes immigrées ou issues de minorités religieuses. Pour elle, la lutte contre le racisme ne doit jamais se faire au détriment de l’égalité des sexes. Les droits des femmes doivent être considérés comme des droits humains universels, qui ne peuvent être subordonnés à la religion, à la tradition ou à l’appartenance communautaire.

L’intérêt majeur du texte réside ainsi dans l’articulation de quatre exigences : la liberté de conscience, la souveraineté démocratique, l’égalité juridique et l’émancipation des femmes. Sa portée critique est forte, même si certaines affirmations historiques et juridiques doivent être documentées et si l’opposition entre laïcité et sécularisme mérite d’être davantage nuancée. L’héritage essentiel de Marieme Hélie-Lucas tient à cette conviction aucune religion, aucune tradition et aucune communauté ne doit pouvoir disposer des femmes contre leur liberté, leur conscience et leur égalité citoyenne.

Les visiteurs de de ce site pourront consulter à ce propos les fichiers suivants :

Fichier 1 . La copie de l’article original paru sur le site « Entre les lignes entre les mots »le 18 août 2026 intitulé «  Laïcité, Démocratie, Droits des femmes »

Fichier 2.  La recension  de cet  article par l’ASVPNF intitulée « Marieme Hélie-Lucas : la laïcité comme condition de la démocratie et des droits des femmes »

Fichier 3 . Le manifeste de  l’ASVPNF intitulé : « Manifeste pour la laïcité républicaine et l’émancipation des femmes ».