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La Tunisie, l’Algérie et la fabrique de la justification coloniale dans Le Finistère du 21 septembre 1881.
Publié le 21 septembre 1881 dans Le Finistère, ce texte reproduit un exposé officiel sur les opérations françaises en Algérie et en Tunisie. Derrière les chiffres, les chemins de fer, les garnisons et les « pacifications », il révèle la mécanique d’une conquête coloniale présentée comme une simple nécessité de sécurité. Il éclaire aussi la grande contradiction de la IIIe République et de Jules Ferry : prétendre préparer la revanche contre l’Allemagne tout en engageant des dizaines de milliers d’hommes et des moyens considérables pour imposer la domination française en Afrique. Un document précieux pour comprendre comment la presse et le pouvoir ont cherché à légitimer l’aventure coloniale — et pourquoi cette question demeure aujourd’hui encore objet de controverses. On notera, au titre de l’ASVPNF dont les choix à cet égard ont déjà donné lieu à polémiques que :
L’argument central : la revanche préservée
La partie la plus politique du texte est celle qui répond implicitement aux critiques de la politique coloniale. L’auteur insiste : les renforts proviennent des quatrièmes bataillons, non des corps d’armée mobilisables ; les 18 corps de l’armée active restent « absolument intacts » ; aucune classe n’est appelée et aucune mobilisation partielle n’est décrétée.
Autrement dit, l’article cherche à démontrer que la Tunisie ne compromet pas la capacité de la France à affronter l’Allemagne. C’est précisément l’argument que nous avons déjà évoqué : Ferry et ses soutiens voulaient montrer que l’expansion coloniale pouvait coexister avec la préparation d’une guerre de revanche.
Mais l’argument est fragile. Même si les cadres et les effectifs mobilisables demeurent théoriquement intacts, l’envoi de « plus de 50 000 hommes de toutes armes » en Afrique mobilise des moyens financiers, logistiques, administratifs et politiques considérables. Le texte lui-même parle de « sacrifices », tout en les présentant comme le prix normal de la « grandeur » nationale.
Une contradiction républicaine
Le document exprime une contradiction fondamentale de la IIIe République :
Elle se présente comme la République du droit, du progrès et de la nation armée contre l’ennemi prussien.
Elle impose par la force un protectorat à la Tunisie et mène des opérations de répression en Algérie.
Elle justifie cette politique par la sécurité des frontières, mais le traité du Bardo dépasse largement toute logique défensive : il restreint l’autorité du bey, prévoit une réorganisation financière et institue une présence militaire indéfinie.
Elle affirme que l’armée coloniale n’affaiblit pas l’armée de revanche, alors qu’elle détourne des ressources et une attention politique vers l’outre-mer.
Ce que le texte ne dit pas
Il ne dit presque rien des populations tunisiennes et algériennes comme sujets politiques. Les Kroumirs, les tribus du Sud, Bou-Amama et les insurgés n’apparaissent que comme des obstacles à la sécurité, des « rebelles » ou des populations soumises à « aman ».
Il ne dit rien non plus du contexte de contrainte entourant la signature du Bardo : Sadok Bey signe alors que l’armée française encercle sa résidence du Bardo, après un ultimatum. Le « protectorat » est donc bien le produit d’une pression militaire, et non d’un accord librement négocié entre égaux.
Pour en savoir plus à ce propos, les visiteurs de ce site pourront consulter les FICHIERS suivants :
Fichier 1. La situation militaire en Afrique ( selon Le Finistère,21 septembre 1881).
Fichier 2. La situation militaire en Afrique en septembre 1881 : une conquête présentée comme une nécessité.
Fichier 3 . Petit lexique.
Fichier 4 . Pour aller plus loin.
