Les nouvelles agrestes du Bout du Monde(I)

Chemin faisant au travers de la presse ancienne numérisée  du département du Finistère on est conduit à découvrir ce qui constituait la matière journalistique du passé et l’histoire en marche qui la portait, notamment les chroniques portant sur les évènements politiques,  les histoires locales et les feuilletons et autres rubriques  destinées à fidèliser le lectorat. C’est ainsi que l’on a remis à jour inopinément le texte d’un feuilleton du journal  républicain  Le Finistère publié il y a 139 ans .   Intitulé « Au bout du monde » et d’apparence a priori anecdotique,  sa lecture attentive révèle le  regard étonné que porte une journaliste parisienne sur les traditions et les modes de vie si particuliers qui avaient cours  en ces terres  lointaines  du bout du monde  plongeant dans l’Océan au large des côtes du Finistère…On pourra prendre  connaissance de l’article en question  et de ses traductions en anglais et  en breton en cliquant ici . La question posée a posteriori était celle de savoir si un article pensé et écrit en Français en 1887 pouvait donner lieu en 2026 à une conversion en langue bretonne et générer un texte intelligible restant en cohérence avec la « pensée bretonne ».

Au total ce  « dossier » présente la restitution d’un texte ancien, publié le 31 août 1887 dans le journal Le Finistère sous le titre « Au bout du monde », signé de la plume de Mme Violette. Il s’agit d’une chronique de voyage, à la fois ironique et poétique, qui décrit la Bretagne vue par un regard extérieur, mêlant stéréotypes ethnographiques (« Bretons sauvages », « naufrageurs », « vaches à l’œil fripon ») à une admiration sincère pour le paysage de Quimper, de l’Odet et de Bénodet.

Cette restitution prend ici trois formes parallèles :

-une version française modernisée, lisible et fluide pour le lecteur d’aujourd’hui ;

-une version anglaise, offrant une lecture transnationale de ce regard breton ;

-et surtout, une version bretonne corrigée, qui transforme progressivement le texte d’une description externe de la Bretagne en un récit interne, porté par la langue bretonne elle‑même.

Le travail accompli n’est pas seulement une transcription fidèle, mais une opération de réappropriation culturelle. Le texte de Violette, d’abord produit dans une langue majoritaire (français), souvent à distance de la langue bretonne parlée par tant de Bretonnes et de Bretons, devient ici matière de dialogue entre les langues : entre le français, l’anglais et le breton, entre le regard extérieur et le regard interne, entre le XIXᵉ siècle et notre présent.
En le restituant en breton, on ne se contente pas de « traduire » : on révèle, on réhabilite, on réinscrit la Bretagne dans une parole qui lui appartient.

Cette opération est particulièrement significative dans le cadre de la réhabilitation de la langue bretonne. Pendant de longues décennies, la langue bretonne fut marginalisée, reléguée dans la sphère domestique ou rurale, alors que la langue française s’imposait dans l’État, l’école et les médias. Le fait de reconstruire aujourd’hui, dans une langue(encore) vivante, un texte de presse datant de la fin du XIXᵉ siècle, c’est rétablir une continuité qui fut niée : celle d’une culture bretonne capable de s’exprimer non seulement oralement, mais aussi par écrit, et dans les domaines de la chronique, du commentaire politique et de la description de paysage.

Par ailleurs, la dimension de rapprochement avec la langue maternelle est ici essentielle. Pour nombre de Bretonnes et de Bretons, le breton est une langue d’arrière‑fond, de souvenirs familiaux, parfois de honte ou de silence imposé. Le choix de rendre un texte ancien, écrit par une femme journaliste, dans la langue bretonne contemporaine, c’est aussi une manière de rapprocher l’auteur — symboliquement — de ses propres racines.

On imagine Violette, lectrice attentive de Le Finistère, tenant à la fois la plume française de la presse fin de siècle et la voix bretonne d’un peuple encore largement bilingue dans la région. En restituant son texte en breton, on participe à une forme de récit de réconciliation : la langue bretonne, à la fois secrète et résistante, redevient un médium littéraire, politique et sentimental, capable de résonner dans le présent.

Ce texte, à la fois littéraire, historique et linguistique, constitue donc un témoin unique :

-il témoigne de la façon dont la Bretagne était décrite dans la presse régionale à la fin du XIXᵉ siècle, mêlant stéréotypes et réel ;

-il montre comment la modernisation (chemins de fer, naissance du tourisme balnéaire, formation de la Troisième République) commence à transformer les paysages et les représentations ;

-il offre, par la réécriture en breton, un exemple concret de comment la langue bretonne peut non seulement survivre, mais aussi revivre dans la littérature, la pédagogie et la communication.

Pour le visiteur de ce site, ce dossier offre non seulement un voyage dans l’espace et le temps — entre Quimper, l’Odet et Bénodet, 1887 et aujourd’hui —, mais aussi une invitation à regarder autrement la langue bretonne : non comme un vestige, mais comme une langue de mémoire, de réflexion et de réhabilitation. En suivant le parcours de ce texte, de sa rédaction initiale à sa restitution en trois langues, on découvre une forme de rapprochement personnel et collectif avec une langue longtemps tenue à l’écart, et désormais reconnue comme un patrimoine vivant.

 

S’agissant de la version anglaise on  retiendra :


“This dossier presents the restitution of an article published on 31 August 1887 in Le Finistère, under the title “At the end of the world”, written by Mme Violette. A travel chronicle from the end of the nineteenth century, this text describes Brittany through an outsider’s gaze, blending irony, stereotypes and sincere admiration for the landscapes of Quimper, the Odet and Bénodet.

The text is offered here in three parallel versions: a modern French version, an English translation, and above all a corrected and re‑written version in Breton, which turns the initially external description of Brittany into an internal narrative carried by the Breton language itself.
This rewriting is not a mere translation: it is a cultural re‑appropriation that participates in the rehabilitation of the Breton language and in the reconciliation with a mother tongue long held in the background. The reader is thus invited to travel both through time and between languages, rediscovering Brittany as a living, bilingual and memorial space.”

Alors que pour la présentation en langue bretonne , e brezhoneg e lavarfemp :

 

Ar c’hessedenn-mañ a ginnig adstummadur ur pennad embannet d’ar 31 a viz Eost 1887 e Le Finistère, gant an titl « Au bout du monde », ha sinet gant Violette. Ur gontadenn-veaj eus dibenn ar XIXvet kantved eo, oc’h descrivañ Breizh a‑dal sell eus an diavaez, mesket gant ironi, skeudennoù stank ha meur a zell enoret ouzh tachennoù Kemper, an Odet hag ar Benoded.

Emgann e tastud ar pennad e-tro meur a stumm kenstroll : ur stumm galleg modernizet, ur stumm saoznek, ha dreist‑holl ur stumm brezhonek reizhet hag adskrivet, hag a ra eus un deskriptenn eus an diavaez ouzh Breizh un danevell en-traoñ betek gant ar brezhoneg e‑unan.
N’eo ket ur droiadenn dic’hallus nemetken eo an adskrivadur-zero (EN)rek : ur perc’hennañ kulturel eo, a ro perzh e advenegiñ ar brezhoneg ha e kenstagañ gant ur yezh vamm bet lakaet pell a‑gostez. Al lenner a vez pedet da veajiñ eus an amzer, eus 1887 betek hiziv, hag ivez eus ar yezhoù, en adkavout Breizh evel ur spas bev, divyezhek ha leun a eñvor.

 

Pour rendre hommage à Joseph Le Poëzat-Guigner ancien Directeur de l’ENG de Quimper

Joseph Le Poëzat-Guigner (1912-1993), ancien Directeur de l’École normale d’instituteurs de Quimper (1957-1972), fut un éducateur breton exemplaire. Résistant héroïque des FFI, Normalien de Saint-Cloud, auteur de romans historiques pour la jeunesse primés, père de famille engagé dans l’Éducation nationale, il incarna la République et son Ecole, la Bretagne et l’humanisme auprès de générations d’instituteurs. Cet hommage mérité tend à réparer  l’oubli des ses anciens élèves ;

Les visiteurs de ce site pourront consulter à ce propos  3 fichiers  :

Fichier 1 . Eléments de biographie de Joseph le Poëzat-Guigner

Fichier 2. Texte de l’hommage paru dans le bulletin des Anciens élèves  de L’ENS de Saint-Cloud  (par Alain Dartre)

Fichier 3 . En  hommage à Joseh le Poëzat-Guigner par T.R. et PPty.

Que  Mme Annie le Poëzat-Guigner et ses neveux Alain et Joël soient remerciés pour leur compréhension et leurs contributions.

Eléments biographiques de Pierre Jakez Hélias

                                                 et prolongements (langue, école, identité)

 

Pierre Jakez Hélias, Professeur emblématique à l’École normale d’Instituteurs de Quimper, illumine encore par son génie multiple la mémoire de la Bretagne profonde. Écrivain, poète, ethnologue et conteur inégalé, il a su capter l’âme d’un peuple dans sa quintessence, du Cheval d’Orgueil à ses vers vibrants en langue bretonne.

Le poème émouvant, Enez Sun, né en 1948 de l’élan héroïque des îliens face à l’occupant, porte toute sa verve patriotique et sa tendresse pour les femmes de Sein. Hélias y mêle la rudesse de la mer, la douleur de l’exil et l’humour breton face à l’impossible, célébrant une île qui refuse de se soumettre.

Grâce à une édition bilingue soignée, breton-français côte à côte, ce texte rare retrouve sa lumière. Il témoigne du rayonnement d’un pédagogue dont l’enseignement, nourri de culture vive, formait des hommes libres et  amoureux de leur terre bretonne. Il rend un hommage vibrant à celui qui fit de ses  élèves-maîtres  des  passeurs de mémoire bretonne.

Le Fichier correspondant, consultable par les visiteurs de ce site,  s’articule en trois sections dévolues à Pierre Jakez Hélias  et à son œuvre :

1. Éléments biographiques

 

2. Prolongements :  langue,  école, identité bretonne

 

 3. Annexes

 I .Poème en français de Pierre Jakez Hélias   et sa traduction bretonne (Branle)  

 II. Implication de Pierre Jakez Hélias dans la Résistance et la Libération et version bilingue de la gwerz  Enez sun

A propos des mémoires de normalienne de Jeanne Le Borgne

                                                          et de
                                             leurs prolongements
 
Normalienne de l’École normale de filles de Quimper (1929-1932),  Jeanne le Borgne accomplit la plus grande partie de sa  carrière d’Institutrice publique  dans les écoles élémentaires   du Cap Sizun , ayant dirigé une Ecole d’application à Quimper. Parvenue à la retraite, elle fut incitée à écrire ses mémoires par l’une de ses filles elle-même enseignante.  Retrouvés manuscrits dans des archives familiales,ils ont fait l’objet  d’une numérisation récentes et ont été publiés sur ce site  (Fichier 1 ).  Les visiteurs pourront en prendre connaissance et se rendre compte  de l’originalité des observations rapportées  tant pour l’histoire de son Ecole quimpéroise  que pour celle de l’ensemble des ENF de France . Deux visiteurs  de ce site ont tenté de faire l’analyse de faits datant de près d’ un siècle et d’en faire émerger quelques leçons fondatrices  concernant l’édification et le fonctionnement de notre système éducatif  (Fichier 2). Ils en tirent également des prolongements  sur le plan sociologique, syndical et politique ,en  soulignant leur singularité au niveau national (Fichier 3
Fichier 1 .    Les mémoires de Jeanne Le Borgne
Fichier 2.   A propos des mémoires de Jeanne Le Borgne
Fichier 3.  Prolongements autour des mémoires de Jeanne Le Borgne

Reconstitution d’une monographie de CFEN 

par 

un  ancien élève-maître des années cinquante 

On se souvient que l’obtention du  CFEN, en fin d’études normales dans les Écoles normales primaires  de France impliquait, entre autres , la préparation puis la présentation d’une monographie dont le  sujet  était défini en concertation avec un des professeurs de l’École . Celui-ci  acceptait du même coup d’assurer la direction des recherches et travaux nécessaires . Les mémoires correspondants, après soutenance, étaient archivés par l’École.

L’auteur de ce texte  (un dénommé T. R.) souhaitant garder l’anonymat prépara une monographie intitulée :

Prosper Proux , barde breton de Guerlesquin et du petit Trégor

 Les travaux correspondants furent réalisés sous la direction de Pierre-Jakez Hélias (Professeur de Lettres agrégé, à l’ENG Quimper de 1948 à 1975 ), Ils s’inscrivaient dans la tradition des études normaliennes sur le patrimoine breton telles qu’on pouvait les imaginer à ce niveau d’études et à l’époque. 

Les démarches  réalisées au moment où  l’ensemble  foncier et immobilier de l’ENG de Quimper, sis rue de Rosmadec de cette bonne ville, fut remis à son propriétaire-le département du Finistère- n’ont pas permis de retrouver  le document en question . Les recherches  se sont également avérées vaines dans le fonds 2195W concernant les  Ecoles normales constitué aux Archives départementales du Finistère , versements  censés  contenir les archives « scolarité et pédagogie », mises en ligne depuis 2022. On en déduira avec quelques réserves et regrets  que les monographies manuscrites d’élèves -maîtres ont disparu lors des restructurations ayant fait suite à la suppression des Ecoles normales par la Loi Jospin de 1989 .

L’auteur ce cet article a souhaité alors qu’il est encore temps et avec des moyens différents de ceux dont-il disposait en 1958 reconstituer au moins l’esprit  du  petit ouvrage préliminaire dévolu à Prosper Proux qu’il « commit » à l’époque.

 les visiteurs de  ce site pourront consulter à ce propos deux fichiers  :

Fichier 1. Prosper PROUX (1811-1873),barde breton de Guerlesquin et du Petit Trégor

 

Fichier 2Kimiad ar soudard yaouank ( Les adieux du jeune conscrit)

Rites normaliens : du bizutage à l’amitié indéfectible ?

     Ces pratiques d’un autre temps, désormais réprimées par la loi,eurent cours, par le passé, dans la plupart des Écoles normales primaires de France. On disait qu’elles étaient à l’origine de certains traits  de l’esprit normalien lui-même fondateur de l’esprit de corps des Instituteurs et des Institutrices publics… En réalité les Écoles normales primaires ayant fait l’objet d’une suppression pure et simple en 1989 ( Loi Jospin),les dites pratiques  appartiennent désormais à l’histoire des Écoles normales, contribuant à meubler le patrimoine immatériel qu’elles eurent l’honneur de constituer puis de porter sur la base des Lois scolaires de la 3è République. Il est désormais difficile d’en appréhender les  prémices , les archives normaliennes ayant fait l’objet de plusieurs dispersions, sans doute préjudiciables à l’intégrité de ce  que d’aucuns  seraient tentés de  qualifier de « petit patrimoine ». Mais ceci n’engage pas nécessairement tous les protagonistes survivants d’une époque révolue et profondément attachés à une mémoire persistante aux racines souvent  traumatiques…
A l’ASVPNF on considère que  ces traditions restent  à remettre  en lumière avant  que le temps  ou  que des choix politiques  délibérés n’imposent des procédures d’oubli à leur encontre .
 
Les visiteurs de ce site pourront consulter à ce propos, en cliquant ici, une brève mise au point  qui permet d’appréhender certains des effets des traditions ritualisées sur l’esprit normalien et sur la représentation que l’on peut en avoir . 

Charles Péguy

et les

                                                   Hussards noirs de la République
 
« C’était en 1880. C’est en 1913. Trente-trois ans. Et nous y sommes revenus«  écrivait  Charles Péguy parlant avec émotion de ses hussards noirs…
Nous y revenons aussi, après après avoir assisté à la suppression des Ecoles normales et de leurs élèves-maîtres (en 1989) et au moment où, bien loin du temps « de la fureur et de la gloire de l’invention de la laïcisation » on brade la formation laïque des maîtres pour la remettre entre les mains de l’enseignement catholique  (2025).

 Et pourtant selon Charles Péguy :

–  « il n’y a pas de crise de l’enseignement ; il n’y a jamais eu de crise de l’enseignement ; les crises de l’enseignement ne sont pas des crises de l’enseignement ; elles sont des crises de vie.

– « lorsqu’une société  ne peut pas enseigner, c’est que cette société ne peut pas s’enseigner.

 Il s’agissait de propos, pour sûr, hautement prémonitoires qui devraient appeler à l’humilité et à la réflexion tant la puissance publique et ses institutions que les citoyens et la société civile.

Dans l’attente d’un retour à la Raison …les visiteurs de ce site pourront consulter les sources en cliquant ici. Il auront accès au texte d’anthologie sur les Hussards noirs de la République écrit en 1913 par Charles Péguy et extrait de L’argent (6e Cahier de la Quinzaine de la 14e série, 16 février 1913.)

Addendum à l’hommage rendu à

                                                     à 
                                            Pierre Hénaff
Sur ce site nous avons récemment mis en ligne un article dévolu à l’hommage que l’ASVPNF rendait à  son doyen d’âge Pierre Hénaff (Cf. https://asvpnf.com/index.php/2025/10/02/apres-le-deces-de-pierre-henaff/ )                                                                             
En réalité Pierre Hénaff  était très laconique sur son histoire normalienne tout particulièrement singulière. Elle eut cours pendant les »années de plomb »de l’occupation allemande et du  » régime » de collaboration de Vichy. 
En attendant d’autres témoignages à ce propos, on valorise ici une photographie inédite de cette époque mise à notre disposition par Mme Françoise Hénaff, fille de notre ancien adhérent.
 
Nous la remercions vivement pour sa contribution enrichissante pour  la reconstitution de notre mémoire normalienne.
Le  document correspondant est accessible au moyen d’un clic gauche sur Fichier 1 .

Après le décès de Pierre Hénaff

     Notre doyen d’âge Pierre Hénaff est décédé au printemps 2025 alors  qu’il se préparait, avec ses proches, à célébrer son  anniversaire. Il avait fait savoir qu’il souhaitait  voir  certains de ses souvenirs de jeunesse  dont il faisait le récit  publiés sur le site internet de l’ASVPNF. Pendant les dix dernières années de sa vie  il  y avait déjà signé plusieurs articles particulièrement appréciés par les visiteurs.

C’est dans ce contexte singulier, avec l’accord explicite de ses ayant droit et faisant abstraction  d’une émotion  à la hauteur de la qualité  d’un  long compagnonnage entretenu par une mémoire commune de Hussards de la République, que nous procédons à la mise en ligne du dernier article de Pierre Hénaff.

S’y trouvent juxtaposés pour la mise en forme  trois fichiers accessibles par un simple clic gauche appliqué sur le terme « Fichier » approprié :

 

Fichier 1.    Hommage de l’ASVPNF à P. Hénaff

Fichier 2.   Croyances,foi et progrès par P.Hénaff

Fichier 3.  Pierre Hénaff n’est pas allé à la guerre mais…

 Le Fichier 3 comporte trois sections :

 – Souvenirs de collégien bigouden

 – Souvenirs des évènements du 24 juillet 1944 au manoir du Hilguy à Plogastel-Saint-Germain

 – Telgruc,3 septembre 1944

 

 Que Madame Françoise Hénaff soit chaleureusement remerciée d’avoir accepté la relecture des écrits-souvenirs de son père défunt,  avant de nous les adresser pour édition.

Charles Péguy et les Hussards noirs de la République

Né en 1873 à Orléans, Charles Péguy fut l’un des grands écrivains de la Troisième République, poète engagé, républicain fervent et témoin lucide des transformations politiques et sociales de son temps. Élève de l’école annexe de l’École normale d’instituteurs d’Orléans, il grandit dans un environnement où l’éducation était perçue comme le levier de l’émancipation.

Portrait de Charles Péguy vers 1908.
Collection personnelle ASVPNF

Dans son texte L’Argent, publié en 1913 dans les Cahiers de la Quinzaine, Péguy évoque avec émotion les jeunes élèves-maîtres — formés dans les Écoles normales — qu’il croisait dans la cour ou dans les classes de l’école annexe. Ces jeunes gens, habillés de noir, disciplinés, porteurs de l’idéal républicain, allaient devenir les instituteurs de la France rurale et urbaine. Leur mission : faire reculer l’ignorance, transmettre les savoirs fondamentaux, mais aussi former les esprits libres et les cœurs civiques. 

Extrait de L’ARGENT , 1913

 

      «   Nos maîtres étaient de pauvres gens comme nous, mais ils étaient d’un autre ordre que les riches. Ils n’étaient pas riches ; mais ils n’étaient pas pauvres comme nous.
C’étaient nos maîtres. On respectait nos maîtres. On les respectait comme on respecte un prêtre, un soldat, un juge, un chef. […] Ces hussards noirs de la République avaient une allure, une tenue, une honnêteté. On reconnaissait au premier coup d’œil, à la coupe de leur redingote, au port de leur tête, qu’ils n’enseignaient pas seulement à lire, à écrire, à compter.
Ils enseignaient le respect, le courage, la dignité. »

 

Par cette évocation lyrique et grave, Péguy rend hommage à une génération de maîtres qui incarna l’École de la République dans ce qu’elle avait de plus noble : austérité, rigueur morale, transmission du savoir comme acte de foi laïque.

Dans le contexte de l’École normale d’Orléans, où l’enfant Charles fut élève, ces « hussards noirs » passaient devant lui, silhouette droite et manteau noir, en route vers leur mission. Il ne les a jamais oubliés.

 Note :Ce texte de Charles Péguy est désormais dans le domaine public. L’extrait provient de L’Argent, publié en 1913 dans les Cahiers de la Quinzaine. Version intégrale disponible sur : https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Argent_(P%C3%A9guy)

 Les visiteurs de ce site pourront consulter  4   fichiers dévolus à Charles Péguy et à  quelques aspects de son œuvre :

Fichier 1. Les hussards noirs de Charles Péguy (1913)

Fichier 2. Péguy. L’Argent ou le parti pris du témoignage

Fichier 3. Résister avec Charles Péguy (Article de Jean de Saint-Chéron dans La Croix L’Hebdo n°287)

Fichier 4. Charles ,Péguy . Note de Samir Siad dans Théâtre Montansier.

 Comment ne pas rappeler au final de ces préliminaires dévolus au « rempailleur de textes » qu’était Chales Péguy le propos singulier de Bernanos  à son intention «  C’était un homme qui, mort, reste à portée de voix qui répond à chaque fois qu’on l’appelle ».