La Lettre d’Information n°9 de L’ASVPNF

Destinée aux adhérents et aux amis  de l’Association , elle vient d’être  diffusée à mi-parcours de l’exercice associatif en cours .

Cette nouvelle livraison rend compte des réflexions, des recherches et des hommages qui ont marqué l’activité de notre Association. Elle témoigne d’une même volonté : faire vivre une mémoire utile, transmettre un héritage humaniste et rappeler le rôle essentiel de l’École publique laïque dans la formation des citoyens.

Une place importante est accordée aux enjeux contemporains de l’École, de la laïcité et de la liberté de penser. À travers la référence à l’assassinat de Samuel Paty et à ses suites, la lettre interroge la fragilité de la mission enseignante lorsque l’Institution ne soutient plus suffisamment celles et ceux qui instruisent. Elle réaffirme l’attachement de l’ASVPNF à une école fondée sur la raison, l’émancipation, la protection de l’enfance et l’autorité légitime des maîtres.

La figure de Jean Zay, dont le 90e anniversaire de la nomination au ministère de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts a été récemment commémoré, occupe également une place centrale. Son œuvre scolaire, culturelle et scientifique demeure un repère majeur pour penser une République ambitieuse, démocratique et laïque. Son destin tragique rappelle aussi les conséquences extrêmes de la haine politique et de la destruction des valeurs républicaines.

La lettre revient enfin sur plusieurs travaux consacrés à l’histoire locale, aux normaliens et instituteurs résistants, à la mémoire de nos anciens maîtres, à Pierre-Jakez Hélias et à des personnalités comme Jeanne Le Borgne. Elle évoque également nos recherches sur la langue bretonne, avec Prosper Proux et Anatole Le Bras, ainsi que sur l’histoire de la chouannerie en pays de Fouesnant, la place du breton dans Le Finistère au début de la Troisième République et le rôle fondateur de la Commune de Paris.

Cette lettre s’inscrit dans la vocation de notre site : mettre à la disposition de tous des travaux de mémoire, d’histoire, de culture et de réflexion civique.

Nous vous invitons à découvrir cette Lettre d’information n°9 sur le site de l’ASVPNF  en cliquant ici.

Michel Mazéas, un normalien engagé au service de Douarnenez

Michel Mazéas, normalien, instituteur devenu professeur, militant communiste et maire de Douarnenez pendant vingt-quatre ans, fut une figure majeure de la vie éducative, syndicale et politique du Sud-Finistère. Issu du monde ouvrier douarneniste et marqué par la mémoire des « Penn Sardin », il incarna une trajectoire d’engagement au service de l’école, de la cité et du bien commun. Son action municipale accompagna les profondes mutations de Douarnenez, en conjuguant modernisation urbaine, développement des équipements collectifs et valorisation de l’identité maritime de la ville. L’ASVPNF souhaite ainsi saluer un destin étroitement lié à l’École normale de Quimper et à l’histoire de la cité.
Les visiteurs de ce site pourront consulter,  en cliquant ici, le texte d’hommage de l’ASVPNF à Michel Mazéas.
Nous remercions André Le Goff d’avoir accepté de relire ce document et d’avoir mis à notre disposition une coupure de presse méconnue.

L’ASVPNF rend hommage à André Corbique

André Corbique nous a quittés à l’âge de 89 ans. Sa disparition nous touche profondément. Elle laisse le souvenir d’un compagnon fidèle, d’un chef de chœur talentueux et d’un homme profondément attaché à l’École laïque et à ses valeurs.
Notre amitié remonte aux années de formation, du Cours complémentaire de Huelgoat à l’École normale de Quimper. Elle s’est ensuite prolongée pendant près de soixante-quinze ans, dans la fidélité, la musique et la fraternité.
André a marqué durablement la vie des Gaillards d’Avant, qu’il a dirigés avec exigence, bienveillance et générosité. Par son engagement, il a su faire vivre un bel idéal d’amitié, de transmission et de culture partagée.

À Yvette, sa compagne, et à tous ses proches, nous adressons en cette douloureuse circonstance nos condoléances les plus sincères , l’expression de notre profonde sympathie et de notre attachement ému.

Les  visiteurs de ce site pourront consulter en cliquant ici le texte de l’hommage de l’ASVPNF à André Corbique.

Colonies de vacances, formation des maîtres et éducation populaire

Un de nos fidèles visiteurs, ancien animateur de colonies de vacances au titre des CEMEA, nous a fait parvenir les photos anciennes d’une « colo », prises au début du 20è siècle dans la région  d’Arcachon.  Il souhaitait, par ce moyen, attirer l’attention de notre Association  sur le sujet des colonies vacances,  sujet cher aux élèves-maîtres des écoles normales du milieu du siècle dernier. Ce fut en effet un  élément constitutif de leur  mémoire commune. Les photos en question ont été réunies dans un Fichier 1 .On pourra y accéder d’un clic gauche.

La sémiologie des images mériterait une étude approfondie .On dira, s’agissant de la carte postale de Cassy par Lanton (Gironde), intitulée « Villa Chez Nous – Dortoir annexe », qu’il s’agit d’un document d’une grande densité heuristique pour l’histoire des colonies de vacances. Elle représente manifestement  la phase pionnière de ces œuvres de plein air, antérieure à la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905, donc à un moment où les initiatives confessionnelles, philanthropiques et hygiénistes structurent encore largement le champ de l’encadrement enfantin.^1 Dans cette image, la colonie se donne moins comme espace de loisir que comme dispositif de redressement, d’aération et de discipline, conformément à une rationalité éducative qui précède la laïcisation plus nette des institutions de jeunesse.^2

L’organisation de l’espace est, à cet égard, particulièrement éloquente. Les bâtiments bas, disposés en enfilade, suggèrent une architecture de fonction plus que de représentation, proche des formes provisoires ou semi-provisoires analysées par l’historiographie des colonies comme caractéristiques des premières décennies du phénomène.^3 L’existence d’un « dortoir annexe » inscrit le lieu dans une économie de compartimentation des usages : dormir, se regrouper, jouer et surveiller se distribuent dans des espaces différenciés, selon une logique d’administration du collectif.^4 La cour centrale, que l’on peut raisonnablement supposer éclairée par une ampoule montée sur pylône, témoigne d’une volonté de prolonger et de sécuriser la vie commune ; l’éclairage électrique, ici, ne relève pas du simple confort, mais de l’encadrement technique du temps enfantin.^5

Les enfants sont exclusivement des garçons, ce qui oriente l’interprétation vers un univers de sociabilité masculine fortement codée. Ils ne sont ni en classe ni au repos : leurs postures, leurs regroupements et leurs gestes suggèrent des jeux de plein air, des exercices corporels, des courses ou des temps de récréation réglée.^6 Cette manière de représenter l’enfance correspond à la matrice hygiéniste des colonies naissantes, telles qu’elles se développent à partir des années 1880 pour soustraire les enfants urbains aux miasmes de la ville, fortifier leur santé et discipliner leurs corps par l’air, l’exercice et la vie collective.^7 La colonie est ici un instrument de gouvernement des corps avant d’être un espace de vacances au sens moderne du terme.

L’habillement des petits colons participe de la même économie visuelle. Les vêtements sont simples, pratiques, sans recherche d’élégance, et paraissent adaptés à une vie dehors qui exige mobilité, robustesse et modestie.^8 On n’y observe ni uniformisation militaire stricte ni différenciation sociale ostentatoire : l’ensemble évoque plutôt une tenue d’enfance sobre, conforme aux usages populaires ou modestes du tournant du siècle. Cette sobriété vestimentaire n’est pas anecdotique ; elle signale l’appartenance de ces enfants à un monde administré où l’apparence est subordonnée à la fonction, au même titre que l’architecture est subordonnée à l’usage.

La figure du prêtre en soutane occupe enfin une place décisive dans la composition. Isolé à droite du groupe, immobile et hiératique, il n’apparaît pas comme un animateur, mais comme une instance de garantie morale et disciplinaire.^9 Sa soutane fonctionne ici comme un marqueur institutionnel, rappelant que les colonies précoces procèdent souvent d’initiatives confessionnelles ou d’œuvres d’encadrement où le religieux demeure un opérateur central de la socialisation enfantine.^10 La dissymétrie entre le clerc et le groupe des garçons — dispersion vive d’un côté, fixité de l’autre — dit assez la logique de l’ensemble : les enfants sont placés sous regard, inscrits dans une économie de surveillance où la présence du prêtre atteste la « fusion du spirituel, du moral et du pédagogique ».

Cette photographie documente ainsi un moment antérieur à la recomposition laïque et administrative des colonies de vacances, avant leur inscription plus nette dans les politiques publiques de l’enfance et de la jeunesse au XXe siècle.^11 Elle appartient à ce premier âge où la colonie se définit comme œuvre, comme cure et comme discipline, bien plus que comme loisir organisé. En ce sens, elle offre un témoignage précieux sur la longue transition qui conduit des œuvres de plein air à l’institution modernisée des « jolies colonies de vacances ».

Notes

1.    Laura Lee Downs, Histoire des colonies de vacances. De 1880 à nos jours, Paris, Perrin, 2009.

2.   Laura Lee Downs, Histoire des colonies de vacances, op. cit. ; voir aussi l’aperçu de l’historiographie dans « Histoire des colonies de vacances en Europe », EHNE, 2025.

3.   « Les colonies de vacances en France, quelle architecture ? », In Situ. Revue des patrimoines, 2008.

4.   Ibid.

5.   Ibid. ; sur les logiques d’équipement et de modernisation matérielle, voir aussi Julien Fuchs, Le temps des jolies colonies de vacances. Au cœur de la construction d’un service public, 1944-1960, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2020.

6.   « Les colonies de vacances en France, quelle architecture ? », art. cit.

7.   Laura Lee Downs, Histoire des colonies de vacances, op. cit.

8.   Sur les vêtements d’enfants au tournant du siècle, voir les éléments synthétiques disponibles dans les études de culture matérielle de l’enfance ; l’interprétation proposée ici demeure strictement iconographique.

9.   Sur le rôle des œuvres confessionnelles dans l’essor des colonies, voir Laura Lee Downs, Histoire des colonies de vacances, op. cit.

10. Ibid. ; voir également les synthèses historiques sur l’émergence des colonies et des patronages confessionnels.

11. Julien Fuchs, Le temps des jolies colonies de vacances, op. cit. ; sur la recomposition administrative du secteur, voir aussi l’article de synthèse de l’EHNE, art. cit.

Les visiteurs intéressés par cette page inédite de l’histoire éducative populaire, pourront prendre connaissance du Fichier 2 contenant la contribution de l’ASVPNF à la connaissance de l’Histoire des Colonies de vacances et des interactions entretenues avec la formation et l’esprit normaliens. Intitulée :

« Colonies de vacances, formation des maîtres et éducation populaire »

 

Elle révèle que :

« L’histoire des colonies de vacances en France se situe au croisement de l’hygiénisme, de l’éducation populaire et de la professionnalisation de l’encadrement enfantin. Nées dans le dernier quart du XIXe siècle, elles relèvent d’abord d’une volonté de soustraire les enfants des milieux urbains aux effets jugés délétères de la ville industrielle. Avant 1936, elles demeurent largement des œuvres de protection et de redressement moral, comme l’illustre la carte postale de Cassy par Lanton, qui donne à voir une micro-société provisoire fondée sur la séparation d’avec la famille, l’autorité des cadres et la discipline du corps. Le Front populaire ne crée pas les colonies, mais il transforme leur horizon de légitimation en inscrivant les vacances dans un cadre social et politique renouvelé. Entre 1936 et 1945, les premiers stages de moniteurs se développent dans l’orbite de l’éducation nouvelle et des réseaux associatifs, tandis que les CEMEA jouent un rôle décisif dans la diffusion d’une pédagogie active. Après 1945, les colonies deviennent un fait social massif, soutenu par l’État, les associations, les municipalités et les comités d’entreprise ; la création des diplômes de moniteur et de directeur en 1949 consacre leur professionnalisation. Dans ce cadre, le stage de moniteur prend une signification centrale pour les élèves-maîtres des écoles normales : il participe de leur formation pédagogique, tout en constituant un revenu saisonnier non négligeable et une occasion de mobilité géographique. L’article intègre enfin la dimension algérienne à travers l’OACV et le SFJA, afin de rappeler que les politiques de jeunesse s’inscrivent aussi dans une histoire coloniale et conflictuelle. Il s’achève par une annexe consacrée aux colonies réservées aux filles, champ encore inégalement documenté mais historiographiquement indispensable.”

André Le Goff raconte : « Enfin retraité ! »

Dans la série   « André Le Goff raconte », les visiteurs sont invités à prendre connaissance d’une nouvel article intitulé « Enfin retraité » où notre éminent contributeur relate les circonstances particulières qui marquèrent son départ à la retraite. Il en garde un souvenir ému exprimé de façon émouvante !

Rappelons  qu’ancien normalien entré à l’École normale en 1954, puis professeur de mathématiques en CEG et en collège, l’auteur propose ici un témoignage personnel sur le passage à la retraite. Rédigé dans une langue vive et précise, ce récit, accompagné d’un croquis, éclaire avec simplicité la fin d’une carrière d’enseignant et le rapport durable qu’un normalien peut entretenir avec son métier, son École de formation et les valeurs de l’École laïque. Attaché à l’histoire normalienne, à la laïcité et au service public, il inscrit également son parcours dans un horizon de fidélités professionnelles et civiques. Son  récit illustré  est accessible en cliquant ici .

Dans l’attente de ses futures contributions, nous remercions chaleureusement André Le Goff de continuer à restituer la mémoire normalienne et à la faire connaître.

Dans la série André Le Goff raconte

                                           « En stage au Letty »
 
 

  André Le Goff raconte ! Avec une plume alerte, un humour moqueur et un sens aigu du détail vécu, il fait revivre le stage du Letty de 1958 comme une histoire collectée au bord de la mer. Sous ses mots agrémentés de crobars désopilants, la lagune de la Mer Blanche, les Optimistes trop petits, les Caravelles inaugurées en haute mer, le naufrage de Pierrot et Joël, la remontée de l’Odet en C10 et le sprint final au Cap Horn deviennent des scènes vivantes, presque filmées. Pour consulter le fichier correspondant cliquer ici.

Ce qui frappe chez André Le Goff, c’est sa capacité à faire entrer le lecteur dans le cœur de l’expérience : l’étroitement des dériveurs, le coup de bôme en pleine poire, les mains couvertes d’ampoules traînant dans l’eau fraîche, les embruns sur le visage, le cap tenu ou perdu, le rythme donné par les pagayeurs debout. Il ne se contente pas de relater : il rend palpable le souffle du vent, la tension de l’effort, la complicité du groupe.

Mais son récit va bien plus loin qu’un simple souvenir de stage. Il met en lumière la lutte collective pour maîtriser la mer, la voile et l’adversité — le risque réel, la difficulté, l’incertitude — et la façon dont cette épreuve commune forge un esprit de corps. Parmi les stagiaires, il y avait des fils de paysans qui, pour certains, ne savaient encore nager qu’« au forceps » (après un apprentissage musclé réalisé au CREPS de Dinard) ; certains devaient même prouver qu’ils savaient nager avant de pouvoir participer. C’est dans cette mise en jeu partagée du corps, de l’habileté et du courage que l’esprit normalien prend forme.

Ce souffle, André Le Goff le capte avec justesse, dans l’humour et la bonne humeur. Il en fait entendre la résonance : l’esprit normalien ainsi éprouvé se prolonge bien au-delà de l’École normale, dans la vie professionnelle des Instituteurs stagiaires, dans la solidarité de leur métier, dans leur capacité à tenir ensemble face aux difficultés, à enseigner avec confiance auprès d’enfants de marins et de pêcheurs.

Le stage du Letty fut ainsi un laboratoire de l’esprit de corps des Instituteurs, où la mer, la voile et le risque devenaient des partenaires d’éducation, et où l’humour était souvent  le fil conducteur d’une formation à la fois exigeante et humaine.

Aucun normalien quimpérois ne prit le départ du Vendée Globe  — et c’est bien ainsi. Le Vendée Globe  est une aventure solitaire ; l’esprit normalien, lui, s’est forgé en partie  ici, dans la lagune et sur l’Odet, où l’on a appris à tenir cap ensemble. C’est cet esprit de corps, né de l’effort commun et de la bonne humeur, que ces élèves-maîtres devenus Instituteurs ont ensuite transmis dans leurs classes.

 Un vrai témoignage sur l’esprit normalien , ses origines et son rôle fondateur pour ceux qui s’apprêtaient à  exercer le beau métier d’Instituteur  ! Il  éclaire, avec humour et précision, un moment de transition dans l’histoire de notre École normale. Il laisse apparaître le souffle nouveau insufflé par le Directeur arrivé de Commercy, soucieux de desserrer l’étau d’une institution sans doute  trop refermée sur elle-même et d’en renouveler les horizons. En introduisant une section nautisme, puis en organisant un stage au Letty, il ouvrait les futurs Instituteurs à d’autres apprentissages, à d’autres espaces, à une expérience plus vivante de la formation.

Que notre ami  André Le Goff  soit chaleureusement remercié pour sa nouvelle contribution illustrée !

Les nouvelles agrestes du Bout du Monde(I)

Chemin faisant au travers de la presse ancienne numérisée  du département du Finistère on est conduit à découvrir ce qui constituait la matière journalistique du passé et l’histoire en marche qui la portait, notamment les chroniques portant sur les évènements politiques,  les histoires locales et les feuilletons et autres rubriques  destinées à fidèliser le lectorat. C’est ainsi que l’on a remis à jour inopinément le texte d’un feuilleton du journal  républicain  Le Finistère publié il y a 139 ans .   Intitulé « Au bout du monde » et d’apparence a priori anecdotique,  sa lecture attentive révèle le  regard étonné que porte une journaliste parisienne sur les traditions et les modes de vie si particuliers qui avaient cours  en ces terres  lointaines  du bout du monde  plongeant dans l’Océan au large des côtes du Finistère…On pourra prendre  connaissance de l’article en question  et de ses traductions en anglais et  en breton en cliquant ici . La question posée a posteriori était celle de savoir si un article pensé et écrit en Français en 1887 pouvait donner lieu en 2026 à une conversion en langue bretonne et générer un texte intelligible restant en cohérence avec la « pensée bretonne ».

Au total ce  « dossier » présente la restitution d’un texte ancien, publié le 31 août 1887 dans le journal Le Finistère sous le titre « Au bout du monde », signé de la plume de Mme Violette. Il s’agit d’une chronique de voyage, à la fois ironique et poétique, qui décrit la Bretagne vue par un regard extérieur, mêlant stéréotypes ethnographiques (« Bretons sauvages », « naufrageurs », « vaches à l’œil fripon ») à une admiration sincère pour le paysage de Quimper, de l’Odet et de Bénodet.

Cette restitution prend ici trois formes parallèles :

-une version française modernisée, lisible et fluide pour le lecteur d’aujourd’hui ;

-une version anglaise, offrant une lecture transnationale de ce regard breton ;

-et surtout, une version bretonne corrigée, qui transforme progressivement le texte d’une description externe de la Bretagne en un récit interne, porté par la langue bretonne elle‑même.

Le travail accompli n’est pas seulement une transcription fidèle, mais une opération de réappropriation culturelle. Le texte de Violette, d’abord produit dans une langue majoritaire (français), souvent à distance de la langue bretonne parlée par tant de Bretonnes et de Bretons, devient ici matière de dialogue entre les langues : entre le français, l’anglais et le breton, entre le regard extérieur et le regard interne, entre le XIXᵉ siècle et notre présent.
En le restituant en breton, on ne se contente pas de « traduire » : on révèle, on réhabilite, on réinscrit la Bretagne dans une parole qui lui appartient.

Cette opération est particulièrement significative dans le cadre de la réhabilitation de la langue bretonne. Pendant de longues décennies, la langue bretonne fut marginalisée, reléguée dans la sphère domestique ou rurale, alors que la langue française s’imposait dans l’État, l’école et les médias. Le fait de reconstruire aujourd’hui, dans une langue(encore) vivante, un texte de presse datant de la fin du XIXᵉ siècle, c’est rétablir une continuité qui fut niée : celle d’une culture bretonne capable de s’exprimer non seulement oralement, mais aussi par écrit, et dans les domaines de la chronique, du commentaire politique et de la description de paysage.

Par ailleurs, la dimension de rapprochement avec la langue maternelle est ici essentielle. Pour nombre de Bretonnes et de Bretons, le breton est une langue d’arrière‑fond, de souvenirs familiaux, parfois de honte ou de silence imposé. Le choix de rendre un texte ancien, écrit par une femme journaliste, dans la langue bretonne contemporaine, c’est aussi une manière de rapprocher l’auteur — symboliquement — de ses propres racines.

On imagine Violette, lectrice attentive de Le Finistère, tenant à la fois la plume française de la presse fin de siècle et la voix bretonne d’un peuple encore largement bilingue dans la région. En restituant son texte en breton, on participe à une forme de récit de réconciliation : la langue bretonne, à la fois secrète et résistante, redevient un médium littéraire, politique et sentimental, capable de résonner dans le présent.

Ce texte, à la fois littéraire, historique et linguistique, constitue donc un témoin unique :

-il témoigne de la façon dont la Bretagne était décrite dans la presse régionale à la fin du XIXᵉ siècle, mêlant stéréotypes et réel ;

-il montre comment la modernisation (chemins de fer, naissance du tourisme balnéaire, formation de la Troisième République) commence à transformer les paysages et les représentations ;

-il offre, par la réécriture en breton, un exemple concret de comment la langue bretonne peut non seulement survivre, mais aussi revivre dans la littérature, la pédagogie et la communication.

Pour le visiteur de ce site, ce dossier offre non seulement un voyage dans l’espace et le temps — entre Quimper, l’Odet et Bénodet, 1887 et aujourd’hui —, mais aussi une invitation à regarder autrement la langue bretonne : non comme un vestige, mais comme une langue de mémoire, de réflexion et de réhabilitation. En suivant le parcours de ce texte, de sa rédaction initiale à sa restitution en trois langues, on découvre une forme de rapprochement personnel et collectif avec une langue longtemps tenue à l’écart, et désormais reconnue comme un patrimoine vivant.

 

S’agissant de la version anglaise on  retiendra :


“This dossier presents the restitution of an article published on 31 August 1887 in Le Finistère, under the title “At the end of the world”, written by Mme Violette. A travel chronicle from the end of the nineteenth century, this text describes Brittany through an outsider’s gaze, blending irony, stereotypes and sincere admiration for the landscapes of Quimper, the Odet and Bénodet.

The text is offered here in three parallel versions: a modern French version, an English translation, and above all a corrected and re‑written version in Breton, which turns the initially external description of Brittany into an internal narrative carried by the Breton language itself.
This rewriting is not a mere translation: it is a cultural re‑appropriation that participates in the rehabilitation of the Breton language and in the reconciliation with a mother tongue long held in the background. The reader is thus invited to travel both through time and between languages, rediscovering Brittany as a living, bilingual and memorial space.”

Alors que pour la présentation en langue bretonne , e brezhoneg e lavarfemp :

 

Ar c’hessedenn-mañ a ginnig adstummadur ur pennad embannet d’ar 31 a viz Eost 1887 e Le Finistère, gant an titl « Au bout du monde », ha sinet gant Violette. Ur gontadenn-veaj eus dibenn ar XIXvet kantved eo, oc’h descrivañ Breizh a‑dal sell eus an diavaez, mesket gant ironi, skeudennoù stank ha meur a zell enoret ouzh tachennoù Kemper, an Odet hag ar Benoded.

Emgann e tastud ar pennad e-tro meur a stumm kenstroll : ur stumm galleg modernizet, ur stumm saoznek, ha dreist‑holl ur stumm brezhonek reizhet hag adskrivet, hag a ra eus un deskriptenn eus an diavaez ouzh Breizh un danevell en-traoñ betek gant ar brezhoneg e‑unan.
N’eo ket ur droiadenn dic’hallus nemetken eo an adskrivadur-zero (EN)rek : ur perc’hennañ kulturel eo, a ro perzh e advenegiñ ar brezhoneg ha e kenstagañ gant ur yezh vamm bet lakaet pell a‑gostez. Al lenner a vez pedet da veajiñ eus an amzer, eus 1887 betek hiziv, hag ivez eus ar yezhoù, en adkavout Breizh evel ur spas bev, divyezhek ha leun a eñvor.

 

Pour rendre hommage à Joseph Le Poëzat-Guigner ancien Directeur de l’ENG de Quimper

Joseph Le Poëzat-Guigner (1912-1993), ancien Directeur de l’École normale d’instituteurs de Quimper (1957-1972), fut un éducateur breton exemplaire. Résistant héroïque des FFI, Normalien de Saint-Cloud, auteur de romans historiques pour la jeunesse primés, père de famille engagé dans l’Éducation nationale, il incarna la République et son Ecole, la Bretagne et l’humanisme auprès de générations d’instituteurs. Cet hommage mérité tend à réparer  l’oubli des ses anciens élèves ;

Les visiteurs de ce site pourront consulter à ce propos  3 fichiers  :

Fichier 1 . Eléments de biographie de Joseph le Poëzat-Guigner

Fichier 2. Texte de l’hommage paru dans le bulletin des Anciens élèves  de L’ENS de Saint-Cloud  (par Alain Dartre)

Fichier 3 . En  hommage à Joseh le Poëzat-Guigner par T.R. et PPty.

Que  Mme Annie le Poëzat-Guigner et ses neveux Alain et Joël soient remerciés pour leur compréhension et leurs contributions.

Charles Péguy

et les

                                                   Hussards noirs de la République
 
« C’était en 1880. C’est en 1913. Trente-trois ans. Et nous y sommes revenus«  écrivait  Charles Péguy parlant avec émotion de ses hussards noirs…
Nous y revenons aussi, après après avoir assisté à la suppression des Ecoles normales et de leurs élèves-maîtres (en 1989) et au moment où, bien loin du temps « de la fureur et de la gloire de l’invention de la laïcisation » on brade la formation laïque des maîtres pour la remettre entre les mains de l’enseignement catholique  (2025).

 Et pourtant selon Charles Péguy :

–  « il n’y a pas de crise de l’enseignement ; il n’y a jamais eu de crise de l’enseignement ; les crises de l’enseignement ne sont pas des crises de l’enseignement ; elles sont des crises de vie.

– « lorsqu’une société  ne peut pas enseigner, c’est que cette société ne peut pas s’enseigner.

 Il s’agissait de propos, pour sûr, hautement prémonitoires qui devraient appeler à l’humilité et à la réflexion tant la puissance publique et ses institutions que les citoyens et la société civile.

Dans l’attente d’un retour à la Raison …les visiteurs de ce site pourront consulter les sources en cliquant ici. Il auront accès au texte d’anthologie sur les Hussards noirs de la République écrit en 1913 par Charles Péguy et extrait de L’argent (6e Cahier de la Quinzaine de la 14e série, 16 février 1913.)

Addendum à l’hommage rendu à

                                                     à 
                                            Pierre Hénaff
Sur ce site nous avons récemment mis en ligne un article dévolu à l’hommage que l’ASVPNF rendait à  son doyen d’âge Pierre Hénaff (Cf. https://asvpnf.com/index.php/2025/10/02/apres-le-deces-de-pierre-henaff/ )                                                                             
En réalité Pierre Hénaff  était très laconique sur son histoire normalienne tout particulièrement singulière. Elle eut cours pendant les »années de plomb »de l’occupation allemande et du  » régime » de collaboration de Vichy. 
En attendant d’autres témoignages à ce propos, on valorise ici une photographie inédite de cette époque mise à notre disposition par Mme Françoise Hénaff, fille de notre ancien adhérent.
 
Nous la remercions vivement pour sa contribution enrichissante pour  la reconstitution de notre mémoire normalienne.
Le  document correspondant est accessible au moyen d’un clic gauche sur Fichier 1 .