Le sport à l’EN de Quimper

A la suite de la publication de l’album du professeur G. Gandouin, des adhérents attachés à la préservation de notre patrimoine viennent de remettre à l’Association un ouvrage broché relativement bien conservé. Il comporte un texte calligraphié illustré dévolu à la période 1958-1963.  D’aucuns s’y reconnaîtront… Il y est fait largement référence  à l’oeuvre fondatrice de G. Gandouin.
L’auteur, élève-maître de la Promotion OURAGAN(1957-1961), ne s’est pas fait connaître. Il est activement recherché .
Les visiteurs intéressés trouveront ci-dessous copie de quelques pages de ce document  qui en comporte  quatre vingts…

Les anciens normaliens de la Promotion ETINCELLE (1954-1958) se retrouvent, 60 ans après leur entrée à l’ENG, pour partager un repas de promotionà Plougasnou

A cette occasion, la chorale mixte dite des  » Gaillards d’Avant »  a présenté les pièces maîtresses de son répertoire, sous la houlette de son maître de chants André Corbique. De plus en 2014 un diaporama, réalisé par Mme Cohuet, rappelant différents épisodes de nos vies normalienne et post-normalienne fut visionné. Les visiteurs intéressés le trouveront ici.Les artistes concernés  ont accordé à l’association le droit de publier les photos les concernant. Les crobars incorporés au diaporama sont de André Le Goff.

(Cliquer sur la flèche rouge au centre de l’image pour démarrer la lecture du diaporama)

Qu’est-ce qu’une bonne école ?

Tel était le sujet de réflexion lancé aux adhérents de l’ASVPNF au moment où l’on parle de refonder l’école , d’inventer un nouveau collège et une fois de plus de réformer les bases de notre système éducatif. On sait qu' » il est facile de poser une question difficile »…

             Cependant les premières contributions parviennent à l’éditeur. Celui-ci, avec l’accord de principe des auteurs, s’était engagé à les publier dans leur ordre de réception.

On trouvera ci-dessous celle proposée par André Le Goff, ancien normalien de la PROMOTION ETINCELLE (1954-1958)

    Il y a bientôt 20 ans que j’ai dételé et je vais avoir bien du mal à répondre à la question « qu’est ce qu’une bonne école ? » d’autant que notre monde libéral y répond déjà plus ou moins : classement des Business schools par le Financial Time, des Universités (Shangaï) des Lycées (Le Parisien, l’Etudiant, Le Figaro…) des collèges (presse régionale).

Voici, au débotté, ma modeste contribution :

1) L’inégalité est devenue la marque de notre République et l’Ecole Laïque (bien qu’arborant le mot EGALITE à son fronton) n’y déroge pas. Le projet serait donc de limer les inégalités sociales : aide aux élèves en difficulté, plus de maîtres que d’élèves dans les « ex-ZEP », revalorisation des bourses, augmentation du nombre de médecins et infirmières scolaires…
Mais les différents candidats aux Présidentielles surenchériront certainement !

2) Parallèlement, augmentation des moyens matériels à l’école en appliquant le principe : « Au Public fonds publics, au Privé fonds privés ». (De l’argent, l’Etat peut s’en procurer du côté des évadés fiscaux !)
Mais ces 2 leviers ayant peu de chance de fonctionner, je me pencherais vers ce qui a toujours été insuffisant quand j’enseignais :
a) La formation initiale : il faut des enseignants de qualité !  Aimer son métier ne suffit pas si on ne le domine pas(en connaissances et en pédagogie) et j’ajouterai une formation continue obligatoire sur le temps de travail. A ce sujet, une anecdote : j’étais PEGC bivalent et après 30 ans d’enseignement des math. On m’imposa la physique-chimie en 4ème-3ème. J’ai fait des pieds et des mains pour un stage de remise à niveau et l’Administration a fini par me proposer…un stage en Astronomie !

Inutile d’ajouter que pour avoir des enseignants de qualité il faut d’abord leur proposer des salaires attractifs !

b) Les chefs d’établissements devraient être issus du corps des professeurs et avoir fait leurs preuves en tant qu’enseignants. Plus de technocrates pliant l’échine devant l’Administration et appliqués à gérer leur plan de carrière !

Je ne m’aventurerais pas sur la participation des parents d’élèves à la vie de l’établissement : d’après mon expérience ça ne se passe pas toujours très bien…

Le 16 10 2016.  André Le Goff

Puis ici celle proposée par Trebor Rehral, ancien normalien de L’ENG de Quimper :

Pour un avant-projet d’Ecole Publique Laïque de demain.

Cet essai, se propose d’apporter quelques éléments de réponse à la question de savoir ce qu’est une « bonne école », ou ce qu’elle pourrait être pour les enfants, les adolescents et les parents qui les ont conçus, c’est-à-dire les citoyens actifs et responsables, présents et à venir, de notre République Française… Il s’agit d’une interrogation récurrente et sans réponse, émergeant de toutes les « strates » de notre société et de ses collectivités, qu’elles soient ou non confrontées à des échéances électorales. Ces dernières sont toutes associées à des joutes portant sur des projets contradictoires de réforme des institutions scolaires qui, peu ou prou, sont destinés à passer aux oubliettes post-électorales. Plus souvent qu’il ne le faut, sacrifiés sur l’autel des choix politiques et des contraintes budgétaires, ils sont allègrement renvoyés aux calendes grecques. D’aucuns se donnent ainsi bonne conscience tout en se lamentant à l’infini sur l’incompétence de l’école et de ses maîtres. En attendant les effets-miraculeux, toujours reportés à la prochaine rentrée, de réformes-mesurettes on ne fait que semer des sources supplémentaires de confusion et de discrédit sur une institution qui devrait être « sanctuarisée ».

Quelle fut donc, par le passé, la bonne école imaginée par les pionniers fondateurs, celle qui permit à beaucoup de sortir de l’ignorance tout en donnant accès à diverses formes de promotion et de justice sociales ? Véritable institution, pilier de la République, sans relâche combattue par ses adversaires cléricaux de tous bords et parfois aussi par d’aucuns qui en ont largement tiré parti … l’école publique laïque a survécu à trois Républiques et aux deux guerres mondiales du XXème siècle. Il paraît alors naturel de faire référence aux expériences, aux réussites et aux acquis de notre Ecole pour bien cibler les nouvelles attentes du peuple de France en la matière. Imaginer, innover et créer devraient être remis à l’ordre du jour, sans accorder la moindre concession aux adversaires affichés de la laïcité et aux tenants non seulement de la privatisation rampante du service public mais aussi de la « liberté scolaire » ouvrant sur des écoles « indépendantes ».

Rappelons en effet que, dès 1792, Condorcet définissait le premier but d’une instruction nationale : « Offrir à tous les individus de l’espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d’assurer leur bien-être, de connaître et d’exercer leurs droits, d’entendre et de remplir leurs devoirs. Etablir entre les citoyens une égalité de fait, et rendre réelle l’égalité politique reconnue par la loi ». Reprenant en 1870 ces idées lumineuses, lors de la préparation des Lois scolaires de la Troisième République, Jules Ferry proclamait que: «  L’enseignement est un devoir de justice envers les citoyens. L’inégalité d’éducation est l’un des résultats les plus criants et les plus fâcheux, au point de vue social, du hasard de la naissance. Avec l’inégalité d’éducation, je vous défie d’avoir jamais l’égalité des droits, non l’égalité théorique, mais l’égalité réelle, et l’égalité des droits est pourtant le fonds même et l’essence de la démocratie. ».

Pourquoi, devant la force de tels propos et leur prégnante actualité, ne pas avoir placé l’instruction publique – qui n’est pas nécessairement une éducation nationale-parmi les charges régaliennes de l’Etat ? Notre école publique laïque et les institutions scolaires et universitaires afférentes en eurent tiré le plus grand bénéfice sans avoir à être placées, au gré des aleas politiques et des pratiques électoralistes incantatoires, parmi les priorités nationales.

C’est effectivement l’une de ces écoles primaires publiques, préfigurées dans le corpus des lois scolaires de Ferry, qui fut la mienne ; une école de hameau des Montagnes d’Arrée ayant survécu- tant bien que mal- à l’occupation allemande et au régime collaborationniste d’état dit « de Vichy ». Ma première maîtresse d’école faisait partie, je crois pouvoir le dire sans ambages, des « missionnaires de la République ». Madame Puget qui portait la longue robe noire traditionnelle, avait la charge de la « petite classe » où elle apprenait à lire, écrire et compter aux petits paysans des villages environnants.Tous, bretonnants de naissance, ils découvraient la langue française à l’âge de six ans, toujours aux dépens de leur langue maternelle. Plus tard et chemin faisant, auprès des maîtres à « blouse grise des  grandes classes », ils se rendaient compte que le Certificat d’Etudes Primaires était le laisser-passer nécessaire pour jouer un rôle citoyen et faire face aux besoins de la vie courante, y compris dans nos campagnes bretonnes rudes et déshéritées. A l’évidence, cette école de hameau, ouverte au plus près de nos villages… construite et entretenue par une municipalité attentive, tenue par des maîtres formés dans les Ecoles Normales d’Instituteurs, soutenue par des parents rassemblés au sein de l’Amicale laïque, fut pour moi la « bonne école ». C’est elle et ses maîtres qui furent à l’origine d’un long cursus, fondateur s’il en est. Sans elle il n’y avait point de salut quand la naissance vous avait fait apparaître, par bonheur, en ce milieu « hostile ». Il y vivait des familles ordinaires, dont la plupart étaient elles-mêmes déjà passées par l’école de la République. Elles luttaient pour assurer la subsistance quotidienne tout en faisant face à leurs obligations de fermiers au regard de propriétaires terriens sourcilleux et lointains. Les effets salutaires des écoles de hameau sur le devenir, l’intégration sociétale et citoyenne des enfants de nos microsociétés paysannes, furent décisifs pour beaucoup d’entre eux.

Sans prétendre tirer des leçons de cet exemple dont l’anachronisme interpellera certains, il convient de rappeler qu’en l’absence de mémoire il ne peut y avoir de projet. Dès lors, si une démarche de projet pouvait être menée par les néo-pionniers qui relèveront le défi de la reconstruction de l’Ecole Publique Laïque, il semblerait opportun d’y intégrer des éléments structurants tels ceux énumérés ci-dessous même si par certains aspects ils peuvent relever d’un autre temps. Ils pourraient contribuer, avec d’autres, à repositionner l’Ecole Laïque à la place éminente qu’elle occupait parmi les biens communs de notre République.

1. Tout d’abord, affirmer, avec toute la précision et la rigueur nécessaires et en écartant toute tentation contradictoire ou approximation en la matière :

– la laïcité des institutions scolaires de la République en conformité avec les lois en vigueur, l’esprit et la lettre de la Constitution.
– le caractère régalien des services publics de l’enseignement et de l’éducation.

2. Ensuite définir et expliciter les missions et objectifs humains citoyens et sociétaux des différentes structures concernées, en particulier l’école et le collège, en prenant en compte :

– la nécessaire préservation de la sérénité des espaces scolaires.
– l’intérêt de ces institutions comme modèles d’intégration sociale.
– les évolutions présentes et prévisibles, à court et moyen termes, de la société française et leurs implications dans la structuration du système éducatif du futur.
– les effets prévisibles de la révolution numérique sur la structure et le fonctionnement du monde du travail dans lequel évolueront les futurs parents et leurs enfants.
– les cheminements ou parcours pédagogiques à privilégier pour préparer les enfants aux défis du 21è siècle.

3. Puis évaluer avec rigueur et réalisme les moyens humains, matériels et immobiliers nécessaires :

– en réservant les fonds publics exclusivement à l’ensemble du système éducatif public,
– en donnant la priorité à la revalorisation du métier d’enseignant et de la fonction correspondante (recrutement, formation initiale des pédagogues, formation permanente, salaires…)

4. Enfin procéder, avant toute mise en œuvre, aux concertations et aux validations nécessaires en recherchant selon une démarche de démocratie participative consensuelle toutes les idées novatrices qui ne manqueront pas d’émerger de tous les horizons du peuple de France.

Au total rien ne sera possible, sans fédérer et valoriser les connaissances et compétences accumulées par tous les acteurs des services publics de l’éducation et de la formation, sans aller à la rencontre des attentes parentales et sociétales et sans une volonté politique inébranlable pour remettre en exergue les principes fondateurs et pour faire assurer leur durabilité. Il s’agit en effet d’afficher haut et fort la nécessité d’éduquer pour apprendre à penser librement, à développer la créativité et l’innovation et à préparer une société de progrès et de justice sociale . Alors, l’Ecole Publique Laïque pourra de nouveau être vécue, par ses usagers, comme l’accomplissement d’une « bonne école ». En tout état de cause, celle-ci devra rester celle de la Science et de la Raison !

Trebor Rehral,
ancien normalien de L’ENG de Quimper,
30 octobre 2016.


 Une réponse brève et percutante… :

Une formulation laconique ; produit de décennies d’intéret, de lectures et de militantisme….

Une école unique, publique, laïque,obligatoire, gratuite…et riche.

Denis LOLLIER
3 novembre 2016

Circulaire adressée par François Guizot aux instituteurs, suite à la loi de 1833 sur l’enseignement

Paris, 18 juillet 1833.

Monsieur, je vous transmets la loi du 28 juin dernier sur l’instruction primaire, ainsi que l’exposé des motifs qui l’accompagnait lorsque, d’après les ordres du Roi, j’ai eu l’honneur de la présenter, le 2 janvier dernier, à la Chambre des députés. Cette loi, monsieur, est vraiment la charte de l’instruction primaire ; c’est pourquoi je désire qu’elle parvienne directement à la connaissance et demeure en la possession de tout instituteur. Si vous l’étudiez avec soin, si vous méditez attentivement ses dispositions ainsi que les motifs qui en développent l’esprit, vous êtes assuré de bien connaître vos devoirs et vos droits, et la situation nouvelle que vous destinent nos institutions. Ne vous y trompez pas, monsieur : bien que la carrière de l’instituteur primaire soit sans éclat, bien que ses soins et ses jours doivent le plus souvent se consumer dans l’enceinte d’une commune, ses travaux intéressent la société tout entière, et sa profession participe de l’importance des fonctions publiques. Ce n’est pas pour la commune seulement et dans un intérêt purement local que la loi veut que tous les Français acquièrent, s’il est possible, les connaissances indispensables à la vie sociale, et sans lesquelles l’intelligence languit et quelquefois s’abrutit : c’est aussi pour l’État lui-même et dans l’intérêt public ; c’est parce que la liberté n’est assurée et régulière que chez un peuple assez éclairé pour écouter en toute circonstance la voix de la raison. L’instruction primaire universelle est désormais une des garanties de l’ordre et de la stabilité sociale. Comme tout, dans les principes de notre gouvernement, est vrai et raisonnable, développer l’intelligence, propager les lumières, c’est assurer l’empire et la durée de la monarchie constitutionnelle. Pénétrez-vous donc, monsieur, de l’importance de votre mission ; que son utilité vous soit toujours présente dans les travaux assidus qu’elle vous impose. Vous le voyez : la législation et le gouvernement se sont efforcés d’améliorer la condition et d’assurer l’avenir des instituteurs. D’abord le libre exercice de leur profession dans tout le royaume leur est garanti, et le droit d’enseigner ne peut être ni refusé, ni retiré à celui qui se montre capable et digne d’une telle mission. Chaque commune doit, en outre, ouvrir un asile à l’instruction primaire. A chaque école communale un maître est promis. A chaque instituteur communal un traitement fixe est assuré. Une rétribution spéciale et variable vient l’accroître. Un mode de perception, à la fois plus conforme à votre dignité et à vos intérêts, en facilite le recouvrement, sans gêner d’ailleurs la liberté des conventions particulières. Par l’institution des caisses d’épargne, des ressources sont préparées à la vieillesse des maîtres. Dès leur jeunesse, la dispense du service militaire leur prouve la sollicitude qu’ils inspirent à la société. Dans leurs fonctions, ils ne sont soumis qu’à des autorités éclairées et désintéressées. Leur existence est mise à l’abri de l’arbitraire ou de la persécution. Enfin l’approbation de leurs supérieurs légitimes encouragera leur bonne conduite et constatera leurs succès ; et quelquefois même une récompense brillante, à laquelle leur modeste ambition ne prétendait pas, peut venir leur attester que le gouvernement du Roi veille sur leurs services et sait les honorer.

Toutefois, monsieur, je ne l’ignore point : la prévoyance de la loi, les ressources dont le pouvoir dispose ne réussiront jamais à rendre la simple profession d’instituteur communal aussi attrayante qu’elle est utile. La société ne saurait rendre, à celui qui s’y consacre, tout ce qu’il fait pour elle. Il n’y a point de fortune à faire, il n’y a guère de renommée à acquérir dans les obligations pénibles qu’il accomplit. Destiné à voir sa vie s’écouler dans un travail monotone, quelquefois même à rencontrer autour de lui l’injustice ou l’ingratitude de l’ignorance, il s’attristerait souvent et succomberait peut-être s’il ne puisait sa force et son courage ailleurs que dans les perspectives d’un intérêt immédiat et purement personnel. Il faut qu’un sentiment profond de l’importance morale de ses travaux le soutienne et l’anime, et que l’austère plaisir d’avoir servi les hommes et secrètement contribué au bien public devienne le digne salaire que lui donne sa conscience seule. C’est sa gloire de ne prétendre à rien au delà de son obscure et laborieuse condition, de s’épuiser en sacrifices à peine comptés de ceux qui en profitent, de travailler enfin pour les hommes et de n’attendre sa récompense que de Dieu. Aussi voit-on que, partout où l’enseignement primaire a prospéré, une pensée religieuse s’est unie, dans ceux qui le répandent, au goût des lumières et de l’instruction. Puissiez-vous, monsieur, trouver dans de telles espérances, dans ces croyances dignes d’un esprit sain et d’un cœur pur, une satisfaction et une constance que peut-être la raison seule et le seul patriotisme ne vous donneraient pas ! C’est ainsi que les devoirs nombreux et divers qui vous sont réservés vous paraîtront plus faciles, plus doux et prendront sur vous plus d’empire. Il doit m’être permis, monsieur, de vous les rappeler. Désormais, en devenant instituteur communal, vous appartenez à l’instruction publique ; le titre que vous portez, conféré par le ministre, est placé sous sa sauvegarde.

L’Université vous réclame ; en même temps qu’elle vous surveille, elle vous protège et vous admet à quelques-uns des droits qui font de l’enseignement une sorte de magistrature. Mais le nouveau caractère qui vous est donné m’autorise à vous retracer les engagements que vous contractez en le recevant. Mon droit ne se borne pas à vous rappeler les dispositions des lois et règlements que vous devez scrupuleusement observer, c’est mon devoir d’établir et de maintenir les principes qui doivent servir de règle morale à la conduite de l’instituteur, et dont la violation compromettrait la dignité du corps auquel il pourra appartenir désormais. Il ne suffit pas, en effet, de respecter le texte des lois ; l’intérêt seul y pourrait contraindre, car elles se vengent de celui qui les enfreint ; il faut encore et surtout prouver par sa conduite qu’on a compris la raison morale des lois, qu’on accepte volontairement et de cœur l’ordre qu’elles ont pour but de maintenir, et qu’à défaut de l’autorité on trouverait dans sa conscience une puissance sainte comme les lois et non moins impérieuse. Les premiers de vos devoirs, monsieur, sont envers les enfants confiés à vos soins. L’instituteur est appelé par le père de famille au partage de son autorité naturelle ; il doit l’exercer avec la même vigilance et presque avec la même tendresse. Non seulement la vie et la santé des enfants sont remises à sa garde, mais l’éducation de leur cœur et de leur intelligence dépend de lui presque tout entière. En ce qui concerne l’enseignement proprement dit, rien ne vous manquera de ce qui peut vous guider. Non seulement une École normale vous donnera des leçons et des exemples ; non seulement les comités s’attacheront à vous transmettre des instructions utiles, mais encore l’Université même se maintiendra avec vous en constante communication. Le Roi a bien voulu approuver la publication d’un journal spécialement destiné à l’enseignement primaire. Je veillerai à ce que le Manuel général répande partout, avec les actes officiels qui vous intéressent, la connaissance des méthodes sûres, des tentatives heureuses, les notions pratiques que réclament les écoles, la comparaison des résultats obtenus en France ou à l’étranger, enfin tout ce qui peut diriger le zèle, faciliter le succès, entretenir l’émulation.

Mais quant à l’éducation morale, c’est en vous surtout, monsieur, que je me fie. Rien ne peut suppléer en vous la volonté de bien faire. Vous n’ignorez pas que c’est là, sans aucun doute, la plus importante et la plus difficile partie de votre mission. Vous n’ignorez pas qu’en vous confiant un enfant, chaque famille vous demande de lui rendre un honnête homme et le pays un bon citoyen. Vous le savez : les vertus ne suivent pas toujours les lumières, et les leçons que reçoit l’enfance pourraient lui devenir funestes si elles ne s’adressaient qu’à son intelligence. Que l’instituteur ne craigne donc pas d’entreprendre sur les droits des familles en donnant ses premiers soins à la culture intérieure de l’âme de ses élèves. Autant il doit se garder d’ouvrir son école à l’esprit de secte ou de parti, et de nourrir les enfants dans des doctrines religieuses ou politiques qui les mettent pour ainsi dire en révolte contre l’autorité des conseils domestiques, autant il doit s’élever au-dessus des querelles passagères qui agitent la société, pour s’appliquer sans cesse à propager, à affermir ces principes impérissables de morale et de raison sans lesquels l’ordre universel est en péril, et à jeter profondément dans de jeunes cœurs ces semences de vertu et d’honneur que l’âge et les passions n’étoufferont point. La foi dans la Providence, la sainteté du devoir, la soumission à l’autorité paternelle, le respect dû aux lois, au prince, aux droits de tous, tels sont les sentiments qu’il s’attachera à développer. Jamais, par sa conversation ou son exemple, il ne risquera d’ébranler chez les enfants la vénération due au bien ; jamais, par des paroles de haine ou de vengeance, il ne les disposera à ces préventions aveugles qui créent, pour ainsi dire, des nations ennemies au sein de la même nation. La paix et la concorde qu’il maintiendra dans son école doivent, s’il est possible, préparer le calme et l’union des générations à venir. Les rapports de l’instituteur avec les parents ne peuvent manquer d’être fréquents. La bienveillance y doit présider : s’il ne possédait la bienveillance des familles, son autorité sur les enfants serait compromise, et le fruit de ses leçons serait perdu pour eux. Il ne saurait donc porter trop de soin et de prudence dans cette sorte de relations. Une intimité légèrement contractée pourrait exposer son indépendance, quelquefois même l’engager dans ces dissensions locales qui désolent souvent les petites communes. En se prêtant avec complaisance aux demandes raisonnables des parents, il se gardera bien de sacrifier à leurs capricieuses exigences ses principes d’éducation et la discipline de son école. Une école doit être l’asile de l’égalité, c’est-à-dire de la justice. Les devoirs de l’instituteur envers l’autorité sont plus clairs encore et non moins importants. Il est lui-même une autorité dans la commune ; comment donc donnerait-il l’exemple de l’insubordination ? Comment ne respecterait-il pas les magistrats municipaux, l’autorité religieuse, les pouvoirs légaux qui maintiennent la sécurité publique ? Quel avenir il préparerait à la population au sein de laquelle il vit si, par son exemple ou par des discours malveillants, il excitait chez les enfants cette disposition à tout méconnaître, à tout insulter, qui peut devenir dans un autre âge l’instrument de l’immoralité et quelquefois de l’anarchie ! Le maire est le chef de la commune ; il est à la tête de la surveillance locale ; l’intérêt pressant comme le devoir de l’instituteur est donc de lui témoigner en toute occasion la déférence qui lui est due.

Le curé ou le pasteur ont aussi droit au respect, car leur ministère répond à ce qu’il y a de plus élevé dans la nature humaine. S’il arrivait que, par quelque fatalité, le ministre de la religion refusât à l’instituteur une juste bienveillance, celui-ci ne devrait pas sans doute s’humilier pour la reconquérir, mais il s’appliquerait de plus en plus à la mériter par sa conduite, et il saurait l’attendre. C’est au succès de son école à désarmer des préventions injustes ; c’est à sa prudence à ne donner aucun prétexte à l’intolérance. Il doit éviter l’hypocrisie à l’égal de l’impiété. Rien d’ailleurs n’est plus désirable que l’accord du prêtre et de l’instituteur ; tous deux sont revêtus d’une autorité morale ; tous deux peuvent s’entendre pour exercer sur les enfants, par des moyens divers, une commune influence. Un tel accord vaut bien qu’on fasse, pour l’obtenir, quelques sacrifices, et j’attends de vos lumières et de votre sagesse que rien d’honorable ne vous coûtera pour réaliser cette union sans laquelle nos efforts pour l’instruction populaire seraient souvent infructueux. Enfin, monsieur, je n’ai pas besoin d’insister sur vos relations avec les autorités spéciales qui veillent sur les écoles, avec l’Université elle-même : vous trouverez là des conseils, une direction nécessaire, souvent un appui contre des difficultés locales et des inimitiés accidentelles. L’administration n’a point d’autres intérêts que ceux de l’instruction primaire, qui au fond sont les vôtres. Elle ne vous demande que de vous pénétrer de plus en plus de l’esprit de votre mission. Tandis que de son côté elle veillera sur vos droits, sur vos intérêts, sur votre avenir, maintenez, par une vigilance continuelle, la dignité de votre état ; ne l’altérez point par des spéculations inconvenantes, par des occupations incompatibles avec l’enseignement ; ayez les yeux ouverts sur tous les moyens d’améliorer l’instruction que vous dispensez autour de vous. Les secours ne vous manqueront pas : dans la plupart des grandes villes, des cours de perfectionnement sont ouverts ; dans les Écoles normales, des places sont ménagées aux instituteurs qui voudraient venir y retremper leur enseignement. Il devient chaque jour plus facile de vous composer à peu de frais une bibliothèque suffisante à vos besoins. Enfin, dans quelques arrondissements, dans quelques cantons, des conférences ont déjà été établies entre les instituteurs : c’est là qu’ils peuvent mettre leur expérience en commun, et s’encourager les uns les autres en s’aidant mutuellement. Au moment où, sous les auspices d’une législation nouvelle, nous entrons tous dans une nouvelle carrière, au moment où l’instruction primaire va être l’objet de l’expérience la plus réelle et la plus étendue qui ait encore été tentée dans notre patrie, j’ai dû, monsieur, vous rappeler les principes qui guident l’administration de l’instruction publique et les espérances qu’elle fonde sur vous. Je compte sur tous vos efforts pour faire réussir l’œuvre que nous entreprenons en commun : ne doutez jamais de la protection du gouvernement, de sa constante, de son active sollicitude pour les précieux intérêts qui vous sont confiés. L’universalité de l’instruction primaire est à ses yeux l’une des plus grandes et des plus pressantes conséquences de notre Charte ; il lui tarde de la réaliser. Sur cette question comme sur toute autre, la France trouvera toujours d’accord l’esprit de la Charte et la volonté du Roi.

LA LETTRE DE JULES FERRY AUX INSTITUTEURS (27 NOVEMBRE 1883)

Monsieur l’Instituteur,

L’année scolaire qui vient de s’ouvrir sera la seconde année d’application de la loi du 28 mars 1882. Je ne veux pas la laisser commencer sans vous adresser personnellement quelques recommandations qui sans doute ne vous paraîtront pas superflues, après la première expérience que vous venez de faire du régime nouveau. Des diverses obligations qu’il vous impose, celle assurément qui vous tient le plus au cœur, celle qui vous apporte le plus lourd surcroît de travail et de souci, c’est la mission qui vous est confiée de donner à vos élèves l’éducation morale et l’instruction civique : vous me saurez gré de répondre à vos préoccupations en essayant de bien fixer le caractère et l’objet de ce nouvel enseignement ; et, pour y mieux réussir, vous me permettez de me mettre un instant à votre place, afin de vous montrer, par des exemples empruntés au détail même de vos fonctions, comment vous pourrez remplir, à cet égard, tout votre devoir, et rien que votre devoir.

La loi du 28 mars se caractérise par deux dispositions qui se complètent sans se contredire : d’une part, elle met en dehors du programme obligatoire l’enseignement de tout dogme particulier ; d’autre part, elle y place au premier rang l’enseignement moral et civique. L’instruction religieuse appartient aux familles et à l’Église, l’instruction morale à l’école. Le législateur n’a donc pas entendu faire une œuvre purement négative. Sans doute il a eu pour premier objet de séparer l’école de l’Église, d’assurer la liberté de conscience et des maîtres et des élèves, de distinguer enfin deux domaines trop longtemps confondus : celui des croyances, qui sont personnelles, libres et variables, et celui des connaissances, qui sont communes et indispensables à tous, de l’aveu de tous.

Mais il y a autre chose dans la loi du 28 mars : elle affirme la volonté de fonder chez nous une éducation nationale, et de la fonder sur des notions du devoir et du droit que le législateur n’hésite pas à inscrire au nombre des premières vérités que nul ne peut ignorer. Pour cette par- tie capitale de l’éducation, c’est sur vous, Monsieur, que les pouvoirs publics ont compté. En vous dispensant de l’enseignement religieux, on n’a pas songé à vous décharger de l’enseignement moral ; c’eût été vous enlever ce qui fait la dignité de votre profession. Au contraire, il a paru tout naturel que l’instituteur, en même temps qu’il apprend aux enfants à lire et à écrire, leur enseigne aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celles du langage ou du calcul.

En vous conférant de telles fonctions, le Parlement s’est-il trompé ? A-t-il trop présumé de vos forces, de votre bon vouloir, de votre compétence ? Assurément il eût encouru ce reproche s’il avait imaginé de charger tout à coup quatre-vingt mille instituteurs et institutrices d’une sorte de cours ex professo sur les principes, les origines et les fins dernières de la morale. Mais qui jamais a conçu rien de semblable ? Au lendemain même du vote de la loi, le Conseil supérieur de l’Instruction publique a pris soin de vous expliquer ce qu’on attendait de vous, et il l’a fait en termes qui défient toute équivoque. Vous trouverez ci-inclus un exemplaire des programmes qu’il a approuvés et qui sont pour vous le plus précieux commentaire de la loi : je ne saurais trop vous recommander de les relire et de vous en inspirer. Vous y puiserez la réponse aux deux critiques opposées qui vous parviennent. Les uns vous disent : « Votre tâche d’éducateur moral est impossible à remplir. » Les autres : « Elle est banale et insignifiante. » C’est placer le but ou trop haut ou trop bas. Laissez-moi vous expliquer que la tâche n’est ni au-dessus de vos forces ni au-dessous de votre estime ; qu’elle est très limitée, et pourtant d’une grande importance ; extrêmement simple, mais extrêmement difficile.

J’ai dit que votre rôle, en matière d’éducation morale, est très limité. Vous n’avez à enseigner, à proprement parler, rien de nouveau, rien qui ne vous soit familier comme à tous les honnêtes gens. Et, quand on vous parle de mission et d’apostolat, vous n’allez pas vous y méprendre ; vous n’êtes point l’apôtre d’un nouvel Évangile : le législateur n’a voulu faire de vous ni un philosophe ni un théologien improvisé. Il ne vous demande rien qu’on ne puisse demander à tout homme de cœur et de sens. Il est impossible que vous voyiez chaque jour tous ces enfants qui se pressent autour de vous, écoutant vos leçons, observant votre conduite, s’inspirant de vos exemples, à l’âge où l’esprit s’éveille, où le cœur s’ouvre, où la mémoire s’enrichit, sans que l’idée vous vienne aussitôt de profiter de cette docilité, de cette confiance, pour leur trans- mettre, avec les connaissances scolaires proprement dites, les principes mêmes de la morale, j’entends simplement cette bonne et antique morale que nous avons reçue de nos pères et mères et que nous nous honorons tous de suivre dans les relations de la vie, sans nous mettre en peine d’en discuter les bases philosophiques. Vous êtes l’auxiliaire et, à certains égards, le suppléant du père de famille : parlez donc à son enfant comme vous voudriez que l’on parlât au vôtre ; avec force et autorité, toutes les fois qu’il s’agit d’une vérité incontestée, d’un précepte de la morale commune ; avec la plus grande réserve, dès que vous risquez d’effleurer un sentiment religieux dont vous n’êtes pas juge.

Si parfois vous étiez embarrassé pour savoir jusqu’où il vous est per- mis d’aller dans votre enseignement moral, voici une règle pratique à laquelle vous pourrez vous tenir. Au moment de proposer aux élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s’il se trouve à votre connaissance un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, pré- sent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire ; sinon, parlez hardiment : car ce que vous allez communiquer à l’enfant, ce n’est pas votre propre sagesse ; c’est la sagesse du genre humain, c’est une de ces idées d’ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l’humanité. Si étroit que vous semble peut-être un cercle d’action ainsi tracé, faites-vous un devoir d’honneur de n’en jamais sortir, restez en deçà de cette limite plu- tôt que vous exposer à la franchir : vous ne toucherez jamais avec trop de scrupule à cette chose délicate et sacrée, qui est la conscience de l’enfant. Mais une fois que vous vous êtes ainsi loyalement enfermé dans l’humble et sûre région de la morale usuelle, que vous demande-t-on ? Des discours ? des dissertations savantes ? de brillants exposés, un docte enseignement ? Non ! La famille et la société vous demandent de les aider à bien élever leurs enfants, à en faire des honnêtes gens. C’est dire qu’elles attendent de vous non des paroles, mais des actes, non pas un enseignement de plus à inscrire au programme, mais un service tout pratique, que vous pouvez rendre au pays plutôt encore comme homme que comme professeur.

Il ne s’agit plus là d’une série de vérités à démontrer, mais, ce qui est tout autrement laborieux, d’une longue suite d’influences morales à exercer sur ces jeunes êtres, à force de patience, de fermeté, de douceur, d’élévation dans le caractère et de puissance persuasive. On a compté sur vous pour leur apprendre à bien vivre par la manière même dont vous vivrez avec eux et devant eux. On a osé prétendre pour vous que, d’ici à quelques générations, les habitudes et les idées des populations au milieu desquelles vous aurez exercé attestent les bons effets de vos leçons de morale. Ce sera dans l’histoire honneur particulier pour notre corps enseignant d’avoir mérité d’inspirer aux Chambres françaises cette opinion qu’il y a dans chaque instituteur, dans chaque institutrice, un auxiliaire naturel du progrès moral et social, une personne dont l’influence ne peut manquer, en quelque sorte, d’élever autour d’elle le niveau des mœurs. Ce rôle est assez beau pour que vous n’éprouviez nul besoin de l’agrandir. D’autres se chargeront plus tard d’achever l’œuvre que vous ébauchez dans l’enfant et d’ajouter à l’enseignement primaire de la morale un complément de culture philosophique ou religieuse. Pour vous, bornez-vous à l’office que la société vous assigne et qui a aussi sa noblesse : posez dans l’âme des enfants les premiers et solides fondements de la simple moralité.

Dans une telle œuvre, vous le savez, Monsieur, ce n’est pas avec des difficultés de théorie et de haute spéculation que vous avez à vous mesurer ; c’est avec des défauts, des vices, des préjugés grossiers. Ces défauts, il ne s’agit pas de les condamner – tout le monde ne les condamne-t-il pas ? – mais de les faire disparaître par une succession de petites victoires, obscurément remportées. Il ne suffit donc pas que vos élèves aient compris et retenu vos leçons ; il faut surtout que leur caractère s’en ressente : ce n’est donc pas dans l’école, c’est surtout hors de l’école qu’on pourra juger ce qu’a valu votre enseignement. Au reste, voulez-vous en juger par vous-même, dès à présent, et voir si votre enseignement est bien engagé dans cette voie, la seule bonne : examinez s’il a déjà conduit vos élèves à quelques réformes pratiques. Vous leur avez parlé, par exemple, du respect de la loi : si cette leçon ne les empêche pas, au sortir de la classe, de commettre une fraude, un acte, fût-il léger, de contrebande ou de braconnage, vous n’avez rien fait encore ; la leçon de morale n’a pas porté, ou bien vous leur avez expliqué ce que c’est que la justice et que la vérité : en sont-ils assez profon- dément pénétrés pour aimer mieux avouer une faute que de la dissimuler par un mensonge, pour se refuser à une indélicatesse ou à un passe-droit en leur faveur ?

Vous avez flétri l’égoïsme et fait l’éloge du dévouement : ont-ils, le moment d’après, abandonné un camarade en péril pour ne songer qu’à eux-mêmes ? Votre leçon est à recommencer. Et que ces rechutes ne vous découragent pas ! Ce n’est pas l’œuvre d’un jour de former ou de déformer une âme libre. Il y faut beaucoup de leçons sans doute, des lectures, des maximes écrites, copiées, lues et relues : mais il y faut surtout des exercices pratiques, des efforts, des actes, des habitudes. Les enfants ont, en morale, un apprentissage à faire, absolument comme pour la lecture ou le calcul. L’enfant qui sait reconnaître et assembler des lettres ne sait pas encore lire ; celui qui sait les tracer l’une après l’autre ne sait pas écrire. Que manque-t-il à l’un ou à l’autre ? La pratique, l’habitude, la facilité, la rapidité et la sûreté de l’exécution. De même, l’enfant qui répète les premiers préceptes d’instinct ; alors seulement, la morale aura passé de son esprit dans son cœur, et elle passera de là dans sa vie ; il ne pourra plus la désapprendre.

De ce caractère tout pratique de l’éducation morale à l’école primaire, il me semble facile de tirer les règles qui doivent vous guider dans le choix de vos moyens d’enseignement.

Une seule méthode vous permettra d’obtenir les résultats que nous souhaitons. C’est celle que le Conseil supérieur vous a recommandée : peu de formules, peu d’abstractions, beaucoup d’exemples et surtout d’exemples pris sur le vif de la réalité. Ces leçons veulent un autre ton, une autre allure que tout le reste de la classe, je ne sais quoi de plus personnel, de plus intime, de plus grave. Ce n’est pas le livre qui parle, ce n’est même plus le fonctionnaire ; c’est, pour ainsi dire, le père de famille, dans toute la sincérité de sa conviction et de son sentiment.

Est-ce à dire qu’on puisse vous demander de vous répandre en une sorte d’improvisation perpétuelle, sans aliment et sans appui du dehors ? Personne n’y a songé, et, bien loin de vous manquer, les secours extérieurs qui vous sont offerts ne peuvent vous embarrasser que par leur richesse et leur diversité. Des philosophes et des publicistes, dont quelques-uns comptent parmi les plus autorisés de notre temps et de notre pays, ont tenu à honneur de se faire vos collaborateurs : ils ont mis à votre disposition ce que leur doctrine a de plus pur et de plus élevé. Depuis quelques mois, nous voyons grossir presque de semaine en semaine le nombre des manuels d’instruction morale et civique. Rien ne prouve mieux le prix que l’opinion publique attache à l’établissement d’une forte culture morale par l’école primaire. L’enseignement laïque de la morale n’est donc estimé ni impossible, ni inutile, puisque la mesure décrétée par le législateur a éveillé aussitôt un si puissant écho dans le pays.

C’est ici cependant qu’il importe de distinguer de plus près entre l’essentiel et l’accessoire, entre l’enseignement moral, qui est obligatoire, et les moyens d’enseignement, qui ne le sont pas. Si quelques personnes, peu au courant de la pédagogie moderne, ont pu croire que nos livres scolaires d’instruction morale et civique allaient être une sorte de catéchisme nouveau, c’est là une erreur que ni vous, ni vos collègues, n’avez pu commettre. Vous savez trop bien que, sous le régime de libre examen et de libre concurrence qui est le droit commun en matière de librairie classique, aucun livre ne vous arrive imposé par l’autorité universitaire. Comme tous les ouvrages que vous employez, et plus encore que tous les autres, le livre de morale est entre vos mains un auxiliaire et rien de plus, un instrument dont vous vous servez sans vous y asservir.

Les familles se méprendraient sur le caractère de votre enseignement moral, si elles pouvaient croire qu’il réside surtout dans l’usage exclu- sif d’un livre, même excellent. C’est à vous de mettre la vérité morale à la portée de toutes les intelligences, même de celles qui n’auraient pour suivre vos leçons le secours d’aucun manuel ; et ce sera le cas tout d’abord dans le cours élémentaire. Avec de tout jeunes enfants qui commencent seulement à lire, un manuel spécial de morale et d’instruction civique serait manifestement inutile. A ce premier degré, le Conseil supérieur vous recommande, de préférence à l’étude prématurée d’un traité quelconque, ces causeries familières dans la forme, substantielles au fond, ces explications à la suite des lectures et des leçons diverses, ces mille prétextes que vous offrent la classe et la vie de tous les jours pour exercer le sens moral de l’enfant.

Dans le cours moyen, le manuel n’est autre chose qu’un livre de lecture qui s’ajoute à ceux que vous connaissez déjà. Là encore, le Conseil, loin de vous prescrire un enchaînement rigoureux de doctrines, a tenu à vous laisser libre de varier vos procédés d’enseignement : le livre n’intervient que pour vous fournir un choix tout fait de bons exemples, de sages maximes et de récits qui mettent la morale en action.

Enfin, dans le cours supérieur, le livre devient surtout un utile moyen de réviser, de fixer et de coordonner : c’est comme le recueil méthodique des principales idées qui doivent se graver dans l’esprit du jeune homme.

Mais, vous le voyez, à ces trois degrés, ce qui importe, ce n’est pas l’action du livre, c’est la vôtre ; il ne faudrait pas que le livre vînt, en quelque sorte, s’interposer entre vos élèves et vous, refroidir votre parole, en émousser l’impression sur l’âme des élèves, vous réduire au rôle de simple répétiteur de la morale. Le livre est fait pour vous, et non vous pour le livre, il est votre conseiller et votre guide, mais c’est vous qui devez rester le guide et le conseiller par excellence de vos élèves.

Pour donner tous les moyens de nourrir votre enseignement personnel de la substance des meilleurs ouvrages, sans que le hasard des cir- constances vous entraîne exclusivement à tel ou tel manuel, je vous envoie la liste complète des traités d’instruction morale ou d’instruction civique qui ont été, cette année, adoptés par les instituteurs dans les diverses académies ; la bibliothèque pédagogique du chef-lieu du can- ton les recevra du ministère, si elle ne les possède déjà, et les mettra à votre disposition. Cet examen fait, vous restez libre ou de prendre un de ces ouvrages pour en faire un des livres de lecture habituelle de la classe ; ou bien d’en employer concurremment plusieurs, tous pris, bien entendu, dans la liste générale ci-incluse ; ou bien encore, vous pouvez vous réserver de choisir vous-même, dans différents auteurs, des extraits destinés à être lus, dictés, appris. Il est juste que vous ayez à cet égard autant de liberté que vous avez de responsabilité. Mais, quelque solution que vous préfériez, je ne saurais trop vous le dire, faites tou- jours bien comprendre que vous mettez votre amour-propre, ou plutôt votre honneur, non pas à adopter tel ou tel livre, mais à faire pénétrer profondément dans les générations l’enseignement pratique des bonnes règles et des bons sentiments.

Il dépend de vous, Monsieur, j’en ai la certitude, de hâter par votre manière d’agir le moment où cet enseignement sera partout non pas seu- lement accepté, mais apprécié, honoré, aimé comme il mérite de l’être. Les populations mêmes dont on a cherché à exciter les inquiétudes ne résisteront pas longtemps à l’expérience qui se fera sous leurs yeux. Quand elles vous auront vu à l’œuvre, quand elles reconnaîtront que vous n’avez d’autre arrière-pensée que de leur rendre leurs enfants plus instruits et meilleurs, quand elles remarqueront que vos leçons de morale commencent à produire de l’effet, que leurs enfants rapportent de votre classe de meilleures habitudes, des manières plus douces et plus respectueuses, plus de droiture, plus d’obéissance, plus de goût pour le travail, plus de soumission au devoir, enfin tous les signes d’une inces- sante amélioration morale, alors la cause de l’école laïque sera gagnée : le bon sens du père et le cœur de la mère ne s’y tromperont pas, et ils n’auront pas besoin qu’on leur apprenne ce qu’ils vous doivent d’estime, de confiance et de gratitude.

J’ai essayé de vous donner, Monsieur, une idée aussi précise que pos- sible d’une partie de votre tâche qui est, à certains égards, nouvelle, qui de toutes est la plus délicate ; permettez-moi d’ajouter que c’est aussi celle qui vous laissera les plus intimes et les plus durables satisfactions. Je serais heureux si j’avais contribué par cette lettre à vous montrer toute l’importance qu’y attache le gouvernement de la République, et si je vous avais décidé à redoubler d’efforts pour préparer à notre pays une génération de bons citoyens.

Recevez, Monsieur l’Instituteur, l’expression de ma considération distinguée.

Le président du Conseil,
ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts

Jules FERRY

LETTRE DE JEAN JAURES AUX INSTITUTEURS

Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès est assassiné. Une année pour relire et mettre en lumière ce qu’il a dit…

« La Dépêche » du dimanche 15 janvier 1888

Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fierté unie à la tendresse. Il faut qu’ils puissent se représenter à grands traits l’espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l’instinct, et qu’ils démêlent les éléments principaux de cette œuvre extraordinaire qui s’appelle la civilisation. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort.

Eh quoi ! Tout cela à des enfants ! — Oui, tout cela, si vous ne voulez pas fabriquer simplement des machines à épeler. Je sais quelles sont les difficultés de la tâche. Vous gardez vos écoliers peu d’années et ils ne sont point toujours assidus, surtout à la campagne. Ils oublient l’été le peu qu’ils ont appris l’hiver. Ils font souvent, au sortir de l’école, des rechutes profondes d’ignorance et de paresse d’esprit, et je plaindrais ceux d’entre vous qui ont pour l’éducation des enfants du peuple une grande ambition, si cette grande ambition ne supposait un grand courage.

J’entends dire, il est vrai : « À quoi bon exiger tant de l’école ? Est-ce que la vie elle-même n’est pas une grande institutrice ? Est-ce que, par exemple, au contact d’une démocratie ardente, l’enfant devenu adulte ne comprendra point de lui-même les idées de travail, d’égalité, de justice, de dignité humaine qui sont la démocratie elle-même ? » — Je le veux bien, quoiqu’il y ait encore dans notre société, qu’on dit agitée, bien des épaisseurs dormantes où croupissent les esprits. Mais autre chose est de faire, tout d’abord, amitié avec la démocratie par l’intelligence ou par la passion. La vie peut mêler, dans l’âme de l’homme, à l’idée de justice tardivement éveillée, une saveur amère d’orgueil blessé ou de misère subie, un ressentiment et une souffrance. Pourquoi ne pas offrir la justice à des cœurs tout neufs ? Il faut que toutes nos idées soient comme imprégnées d’enfance, c’est-à-dire de générosité pure et de sérénité.

Comment donnerez-vous à l’école primaire l’éducation si haute que j’ai indiquée ? Il y a deux moyens. Il faut d’abord que vous appreniez aux enfants à lire avec une facilité absolue, de telle sorte qu’ils ne puissent plus l’oublier de la vie et que, dans n’importe quel livre, leur œil ne s’arrête à aucun obstacle. Savoir lire vraiment sans hésitation, comme nous lisons vous et moi, c’est la clef de tout. Est-ce savoir lire que de déchiffrer péniblement un article de journal, comme les érudits déchiffrent un grimoire ? J’ai vu, l’autre jour, un directeur très intelligent d’une école de Belleville, qui me disait : « Ce n’est pas seulement à la campagne qu’on ne sait lire qu’à peu près, c’est-à-dire point du tout ; à Paris même, j’en ai qui quittent l’école sans que je puisse affirmer qu’ils savent lire. » Vous ne devez pas lâcher vos écoliers, vous ne devez pas, si je puis dire, les appliquer à autre chose tant qu’ils ne seront point par la lecture aisée en relation familière avec la pensée humaine. Qu’importent vraiment à côté de cela quelques fautes d’orthographe de plus ou de moins, ou quelques erreurs de système métrique ? Ce sont des vétilles dont vos programmes, qui manquent absolument de proportion, font l’essentiel.

J’en veux mortellement à ce certificat d’études primaires qui exagère encore ce vice secret des programmes. Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés qui suppriment l’initiative du maître et aussi la bonne foi de l’enseignement, en sacrifiant la réalité à l’apparence ! Mon inspection serait bientôt faite dans une école. Je ferais lire les écoliers, et c’est là-dessus seulement que je jugerais le maître.

Sachant bien lire, l’écolier, qui est très curieux, aurait bien vite, avec sept ou huit livres choisis, une idée, très générale, il est vrai, mais très haute de l’histoire de l’espèce humaine, de la structure du monde, de l’histoire propre de la terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l’humanité. Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l’esprit ; il n’est pas nécessaire qu’il dise beaucoup, qu’il fasse de longues leçons ; il suffit que tous les détails qu’il leur donnera concourent nettement à un tableau d’ensemble. De ce que l’on sait de l’homme primitif à l’homme d’aujourd’hui, quelle prodigieuse transformation ! et comme il est aisé à l’instituteur, en quelques traits, de faire sentir à l’enfant l’effort inouï de la pensée humaine !

Seulement, pour cela, il faut que le maître lui-même soit tout pénétré de ce qu’il enseigne. Il ne faut pas qu’il récite le soir ce qu’il a appris le matin ; il faut, par exemple, qu’il se soit fait en silence une idée claire du ciel, du mouvement des astres ; il faut qu’il se soit émerveillé tout bas de l’esprit humain, qui, trompé par les yeux, a pris tout d’abord le ciel pour une voûte solide et basse, puis a deviné l’infini de l’espace et a suivi dans cet infini la route précise des planètes et des soleils ; alors, et alors seulement, lorsque, par la lecture solitaire et la méditation, il sera tout plein d’une grande idée et tout éclairé intérieurement, il communiquera sans peine aux enfants, à la première occasion, la lumière et l’émotion de son esprit. Ah ! sans doute, avec la fatigue écrasante de l’école, il vous est malaisé de vous ressaisir ; mais il suffit d’une demi-heure par jour pour maintenir la pensée à sa hauteur et pour ne pas verser dans l’ornière du métier. Vous serez plus que payés de votre peine, car vous sentirez la vie de l’intelligence s’éveiller autour de vous.

Il ne faut pas croire que ce soit proportionner l’enseignement aux enfants que de le rapetisser. Les enfants ont une curiosité illimitée, et vous pouvez tout doucement les mener au bout du monde. Il y a un fait que les philosophes expliquent différemment suivant les systèmes, mais qui est indéniable : « Les enfants ont en eux des germes, des commencements d’idées. » Voyez avec quelle facilité ils distinguent le bien du mal, touchant ainsi aux deux pôles du monde ; leur âme recèle des trésors à fleur de terre : il suffit de gratter un peu pour les mettre à jour. Il ne faut donc pas craindre de leur parler avec sérieux, simplicité et grandeur.

Je dis donc aux maîtres, pour me résumer : lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine en quelques années œuvre complète d’éducateurs. Dans chaque intelligence il y aura un sommet, et, ce jour-là, bien des choses changeront.

Circulaire scélérate de A. Bonnard, août 1942

18 août 1942

Circulaire relative à la suppression des écoles annexes et des écoles d’application des anciennes écoles normales (Abel Bonnard ; Source : Manuel général du 26 septembre 1942. )

Je vous confirme la suppression, en tant que telles, des écoles annexes et des écoles et classes d’application des anciennes écoles normales. Mais j’ajoute maintenant que cette mesure vise même les écoles annexes et les écoles d’application des écoles normales transformées en instituts. Toutes ces classes ne fonctionneront plus à compter du 1er octobre 1942 que comme classes primaires ordinaires, sous la réserve qu’il conviendra souvent de les choisir comme classes d’application (régime nouveau). Les directeurs et instituteurs-adjoints des anciennes écoles annexes et des anciennes écoles d’application désignés avant le 1er septembre 1939 seront affectés par priorité aux postes de directeur d’école et aux cours complémentaires comportant un supplément de traitement égal à celui que leur accordait le décret du 27 mars 1922. Mais, contrairement aux dispositions annoncées au second alinéa du deuxième paragraphe de la circulaire du 30 juin dernier, ceux d’entre eux qui n’auront pu être replacés dans un emploi équivalent conserveront néanmoins, sous la forme d’une indemnité compensatrice soumise à retenue pour pension civile, le supplément attaché à leurs fonctions antérieures, au taux dont ils bénéficiaient alors.

DE L’ECOLE IDEALISEE A L’ECOLE REFONDEE : SAUVONS L’ECOLE LAÏQUE

Le 29 août dernier, Mme la Ministre de l’Education nationale,de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche prononçait une conférence de rentrée, pour l’année scolaire et universitaire 2016-2017. Au-delà de son message aux élèves et aux étudiants, elle s’adressait à tous les membres de la « communauté éducative » et en particulier aux professeur(e)s. A toutes fins utiles, les anciens instituteurs publics adhérant à l’association concernée par ce site, puisque « seul le prononcé fait foi », voudraient rappeler à leurs jeunes collègues que :

1.L’école laïque, qu’il faut savoir appeler par son nom, se proposait d’apprendre à penser librement. On pourra, à ce propos, découvrir  l’Hymne à l’Ecole Laïque en ligne sur ce site. Le visiteur intéressé  trouvera l’information complète sur le lien :
http://www.education.gouv.fr/cid105124/tout-savoir-sur-l-annee-scolaire-2016-2017.html

2. Les connaissances scientifiques accumulées par les chercheurs – historiens, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, montrent que  l’Ecole laïque fondée par Jules Ferry a exercé un rôle fondateur pour notre République. Elles révèlent aussi que ce sont bien les valeurs républicaines transmises par nos maîtres d’école  -valeurs tristement bafouées à partir de 1940 par le régime collaborationniste de Vichy- qui ont largement contribué à porter la Résistance à l’occupant et à préparer la Libération de la France. Le visiteur pourra prendre connaissance  des  appréciations portées indirectement sur cette question en suivant le lien :
http://www.education.gouv.fr/cid105815/rentree-2016-discours-de-najat-vallaud-belkacem.html