Différenciation des sphères et contingence
Tel est l’intitulé de l’article de Jean-Pierre Castel publié le 26 mai 2026 dans Mezetulle , le blog-revue de Catherine Kintzler
La différenciation dont il s’agit concerne les domaines du vrai, du bien et du juste dont l’unité structurait le monde antique et médiéval. On sait que le concept voire le terme même de laïcité n’a réellement pris forme qu’au moment de la Commune de Paris de 1871 et plus spécifiquement
le 11 novembre 1871 dans le journal La Patrie .Il a été repris ensuite par les gouvernements de la 3è République…*
L’auteur ouvre son propos par une alternative apparemment équilibrée — laïcité comme produit de la modernité politique ou comme conséquence du christianisme — mais cette dichotomie est déjà biaisée. Elle tend à effacer la spécificité historique de la laïcité française, qui ne procède pas d’une simple continuité doctrinale, mais d’une rupture institutionnelle et intellectuelle clairement identifiable.
En ramenant la laïcité à la gestion d’un conflit entre prétentions concurrentes au monopole de la vérité, l’auteur la détourne de sa signification propre. La laïcité n’est pas d’abord l’instrument d’une pacification entre religions ; elle est le principe par lequel l’ordre politique se soustrait à toute emprise doctrinale et se fonde sur l’autonomie de la loi civile.
Son analyse particulièrement documentée et nuancée, confond la coexistence de croyances religieuses avec la nécessité historique de la séparation. Or l’État laïque ne naît pas de l’accord des croyants sur une vérité minimale ; il naît de la décision de ne faire dépendre ni la citoyenneté, ni la loi, ni les institutions d’aucune vérité révélée.
Quoi qu’il en soit-comme le souligne Catherine Kintzler dans son texte de présentation- si l’on peut discuter la définition finale que J-M.Castel propose de la laïcité liée pour lui à la question de la pluralité et de la coexistence des convictions il faut reconnaître qu’en découvrant cette passionnante « histoire longue », on s’instruit et on se délivre de maint préjugé(s).
Les visiteurs de ce site pourront consulter :
Fichier 1 . L’article de J-M. Castel paru dans Mezetulle
Fichier 2. L’analyse critique qu’en propose l’ASVPNF en référence à ses engagements associatifs
Au final on reviendra aux choses simples et directement intelligibles , exprimées avec les mots de la langue française à savoir que la laïcité est l’état de ce qui est laïque c’est à dire « qui n’est ni ecclésiastique, ni religieux, ni du clergé séculier, ni du clergé régulier. Il signifie aussi qui est étranger à toute confession ou doctrine religieuse. On écrit quelquefois laïc au masculin (https://www.cnrtl.fr/definition/academie8/la%C3%AFque).
Notons cependant ce qu’en disait Condorcet lui-même : « Le mot qui s’oppose étymologiquement et historiquement à laïque, de la façon la plus directe,ce n’est pas ecclésiastique,ni religieux,ni moine, ni prêtre, c’est le mot clerc »
« Le clergé, les clercs, c’est une fraction de la société qui se tient pour spécialement élue et mise à part,et qui pense avoir reçu la mission de gouverner le reste des humains ;l’esprit clérical c’est la prétention de cette minoroité à dominer la majorité au nom de la religion »
« Les laïques c’est le peuple ; c’est la masse non mise à part,c’est tout le monde,les clercs exceptés,et l’esprit laïque c’est l’ensemble des aspirations du peuple, du laos, c’est l’esprit démocratique et populaire ».
L’ esprit clérical, Condorcet l’appelle « l’esprit de parti » qu’il oppose à « l’esprit public » (voir à ce propos l’article fondateur de Charles Coutel (La laïcité de Condorcet,1989) à l’URL : https://www.persee.fr/doc/enphi_0986-1653_1989_num_39_6_5828)
La laïcité est le principe selon lequel l’État et la sphère publique sont séparés de toute croyance, religieuse ou non, garantissant la liberté de conscience — y compris celle de croire, de ne pas croire ou de refuser toute croyance — et l’égalité de tous devant la loi.
La laïcité est la séparation de l’État et de la sphère publique d’avec toute croyance, assurant la liberté de conscience, avec ou sans religion, et l’égalité civique.
Résumé
La laïcité désigne un principe d’organisation politique par lequel l’État et la sphère publique sont rigoureusement séparés de toute croyance, qu’elle soit religieuse ou qu’elle procède de l’absence ou du refus de croire. Elle garantit à chacun la pleine liberté de conscience — croire, ne pas croire, changer de conviction — tout en assurant l’égalité de tous devant la loi, sans distinction d’option spirituelle ou philosophique. Loin d’être une hostilité aux religions, elle institue un cadre commun où aucune conviction ne peut s’imposer à la collectivité, et où la puissance publique demeure indépendante de toute autorité spirituelle comme de toute doctrine. En ce sens, la laïcité fonde un espace civique partagé et de tolérance, affranchi de toute emprise confessionnelle, condition d’une coexistence libre et égalitaire.
English
The French principle of laïcité, understood as the strict separation of the State and the public sphere from all forms of belief, whether religious or grounded in the absence or rejection of belief, constitutes a foundational norm of political organization. It guarantees full freedom of conscience — including the freedom to believe, not to believe, or to change one’s convictions — while ensuring equality before the law irrespective of spiritual or philosophical commitments. Rather than expressing hostility toward religion, laïcité establishes a shared civic framework in which no belief may be imposed upon the community, and within which public authority remains independent of any religious or doctrinal power. In this sense, laïcité delineates a common civic space, free from confessional influence, as a condition for coexistence grounded in freedom and equality.
Deutch
Laizität ist ein politisches Ordnungsprinzip, bei dem Staat und öffentlicher Raum von allen Glaubensformen getrennt sind, seien sie religiös oder im Nichtglauben beziehungsweise in der Ablehnung von Glauben begründet. Sie garantiert die Gewissensfreiheit für alle — zu glauben, nicht zu glauben oder Überzeugungen zu ändern — und gewährleistet zugleich die Gleichheit vor dem Gesetz unabhängig von weltanschaulichen oder religiösen Positionen. Sie richtet sich nicht gegen Religionen, sondern schafft einen gemeinsamen Rahmen, in dem keine Überzeugung der Gemeinschaft aufgezwungen werden darf und in dem staatliche Autorität von jeder religiösen wie auch ideologischen Einflussnahme unabhängig bleibt. So begründet die Laizität einen gemeinsamen öffentlichen Raum als Voraussetzung für ein freies und gleichberechtigtes Zusammenleben.
