A propos de la Loi “post-Bétharram” examinée récemment à l’Assemblée nationale

                          La loi « post‑Bétharram » : une avancée nécessaire, un renoncement préoccupant (Juin 2026)

 La proposition de loi n°2448 (février 2026) s’inscrit dans le prolongement direct de la commission d’enquête parlementaire déclenchée par les révélations de violences systémiques dans plusieurs établissements scolaires (dont Bétharram). Elle fait suite à un travail préparatoire exceptionnel : environ 140 auditions, 10 000 documents, 50 recommandations adoptées à l’unanimité. Son objectif principal était de prévenir, détecter et sanctionner les violences (physiques, psychologiques, sexuelles) en milieu scolaire et périscolaire. Son champ d’application concernait tous les établissements (publics, privés sous contrat et hors contrat).

Il s’agit donc moins d’une réforme de structure de l’École que d’une loi de protection de l’enfance à l’intérieur du système éducatif.

 Au résultat, tel qu’on peut l’appréhender dans les medias – voir à ce propos  le  Fichier 1  qui reprend quelques articles révélateurs , choisis dans une matière abondante et variée, on retiendra  au moins provisoirement et en restant aussi fidèle que possible à la  volonté exemplaires des deux députés porteurs du projet  (Violette Spillebout et Paul Vannier) que :

« La loi « post‑Bétharram » marque une reconnaissance importante des violences subies par des élèves et des défaillances du contrôle public. Elle renforce utilement les dispositifs de prévention et de surveillance, y compris dans l’enseignement privé.
Toutefois, le texte a été sensiblement édulcoré au fil des débats parlementaires. Le recul le plus préoccupant concerne le maintien du secret de la confession face aux violences sur mineurs.
Ce choix introduit une exception religieuse dans un domaine où devrait s’imposer sans réserve la protection de l’enfance. Il entre ainsi en tension avec une conception exigeante de la laïcité fondée sur la primauté de la loi commune.
Aucune conviction ne devrait permettre de se soustraire à l’obligation de signalement.
La loi constitue dès lors une avancée réelle mais incomplète, révélant les limites persistantes du contrôle de l’État et appelant un approfondissement sans compromis du principe de laïcité.”

Dans ce contexte, les visiteurs pourront consulter sur ce site :
Le  Fichier 1  intitulé : «  La loi   Post-Bétharram :  la marche longue et difficile de l’Histoire »

Le Fichier 2 intitulé : « La loi  post‑Bétharram  : une avancée nécessaire, un renoncement préoccupant »

 Que Djéhanne Gani, rédactrice du Café pédagogique, soit remerciée de nous permettre ces nouveaux emprunts  au site internet qu’elle « alimente »au quotidien .

A propos de l‘histoire longue de la laïcité

Différenciation des sphères et contingence

Tel est l’intitulé de l’article de Jean-Pierre Castel publié le 26 mai  2026 dans Mezetulle , le blog-revue de Catherine Kintzler

La différenciation dont il s’agit concerne  les domaines du vrai, du bien et du juste dont l’unité structurait le monde antique et médiéval. On sait que le concept voire le terme même de laïcité n’a réellement pris forme qu’au moment de la Commune de Paris  de 1871 et plus spécifiquement

le   11 novembre 1871 dans le journal La Patrie .Il a été repris ensuite par  les gouvernements de la 3è République…*

L’auteur ouvre son propos par une alternative apparemment équilibrée — laïcité comme produit de la modernité politique ou comme conséquence du christianisme — mais cette dichotomie est déjà biaisée. Elle tend à effacer la spécificité historique de la laïcité française, qui ne procède pas d’une simple continuité doctrinale, mais d’une rupture institutionnelle et intellectuelle clairement identifiable.

En ramenant la laïcité à la gestion d’un conflit entre prétentions concurrentes au monopole de la vérité, l’auteur la détourne de sa signification propre. La laïcité n’est pas d’abord l’instrument d’une pacification entre religions ; elle est le principe par lequel l’ordre politique se soustrait à toute emprise doctrinale et se fonde sur l’autonomie de la loi civile.

Son analyse particulièrement documentée  et nuancée, confond la coexistence de croyances religieuses avec la nécessité historique de la séparation. Or l’État laïque ne naît pas de l’accord des croyants sur une vérité minimale ; il naît de la décision de ne faire dépendre ni la citoyenneté, ni la loi, ni les institutions d’aucune vérité révélée.

Quoi qu’il en soit-comme le souligne Catherine Kintzler dans son texte de présentation- si l’on peut  discuter la définition finale que J-M.Castel  propose de la laïcité  liée pour lui à la question de la pluralité et de la coexistence des convictions  il faut reconnaître  qu’en découvrant cette passionnante « histoire longue », on s’instruit et on se délivre de maint préjugé(s).

 Les  visiteurs de ce site pourront consulter :

 Fichier 1 . L’article de J-M. Castel paru dans Mezetulle

 Fichier 2. L’analyse critique qu’en propose l’ASVPNF en référence à ses engagements associatifs

 Au final on reviendra  aux choses simples et directement intelligibles , exprimées avec les mots de la langue française à savoir que la laïcité est l’état de ce qui est laïque c’est à dire « qui n’est ni ecclésiastique, ni religieux, ni du clergé séculier, ni du clergé régulier. Il signifie aussi qui est étranger à toute confession ou doctrine religieuse. On écrit quelquefois laïc au masculin (https://www.cnrtl.fr/definition/academie8/la%C3%AFque).

Notons cependant  ce qu’en disait  Condorcet lui-même : « Le mot qui s’oppose étymologiquement et historiquement  à laïque, de la façon la plus directe,ce n’est pas ecclésiastique,ni religieux,ni moine, ni prêtre, c’est le mot clerc »

« Le clergé, les clercs, c’est une fraction de la société qui se tient pour spécialement élue et mise à part,et qui pense avoir reçu la mission de gouverner le reste des humains ;l’esprit clérical c’est la prétention de cette minoroité à dominer la majorité au nom de la religion »

« Les laïques c’est le peuple ; c’est la masse non mise à part,c’est tout le monde,les clercs exceptés,et l’esprit laïque c’est l’ensemble des aspirations du peuple, du laos, c’est l’esprit démocratique et populaire ».

L’ esprit clérical, Condorcet l’appelle « l’esprit de parti » qu’il oppose  à « l’esprit public » (voir à ce propos l’article fondateur de Charles Coutel (La laïcité de Condorcet,1989) à l’URL : https://www.persee.fr/doc/enphi_0986-1653_1989_num_39_6_5828)

 
Pour se rassurer, après ce retour aux Lumières de Condorcet on peut dire que l’  « on trouverait à peine dans le républiques modernes,et même dans les plans tracés par les philosophes,une institution dont les républiques grecques n’aient offert le modèle ou donné l’exemple ».  Ceci étant rappelé on s’en   tiendra à des formulations de plus en plus épurées s’agissant de la signification de la LAÏCITE , le pilier central de notre République qu’il s’agit de consolider :

 

La laïcité est le principe selon lequel l’État et la sphère publique sont séparés de toute croyance, religieuse ou non, garantissant la liberté de conscience — y compris celle de croire, de ne pas croire ou de refuser toute croyance — et l’égalité de tous devant la loi.

 

La laïcité est la séparation de l’État et de la sphère publique d’avec toute croyance, assurant la liberté de conscience, avec ou sans religion, et l’égalité civique.

 

La laïcité est la séparation de l’État et des religions garantissant la liberté de conscience et l’égalité civique.
 
Pour les visiteurs enclins à « réarmer » la laïcité on dira :

 

Résumé

La laïcité désigne un principe d’organisation politique par lequel l’État et la sphère publique sont rigoureusement séparés de toute croyance, qu’elle soit religieuse ou qu’elle procède de l’absence ou du refus de croire. Elle garantit à chacun la pleine liberté de conscience — croire, ne pas croire, changer de conviction — tout en assurant l’égalité de tous devant la loi, sans distinction d’option spirituelle ou philosophique. Loin d’être une hostilité aux religions, elle institue un cadre commun où aucune conviction ne peut s’imposer à la collectivité, et où la puissance publique demeure indépendante de toute autorité spirituelle comme de toute doctrine. En ce sens, la laïcité fonde un espace civique partagé et de tolérance, affranchi de toute emprise confessionnelle, condition d’une coexistence libre et égalitaire.

English

 

           The French principle of laïcité, understood as the strict separation of the State and the public sphere from all forms of belief, whether religious or grounded in the absence or rejection of belief, constitutes a foundational norm of political organization. It guarantees full freedom of conscience — including the freedom to believe, not to believe, or to change one’s convictions — while ensuring equality before the law irrespective of spiritual or philosophical commitments. Rather than expressing hostility toward religion, laïcité establishes a shared civic framework in which no belief may be imposed upon the community, and within which public authority remains independent of any religious or doctrinal power. In this sense, laïcité delineates a common civic space, free from confessional influence, as a condition for coexistence grounded in freedom and equality.

Deutch

Laizität ist ein politisches Ordnungsprinzip, bei dem Staat und öffentlicher Raum von allen Glaubensformen getrennt sind, seien sie religiös oder im Nichtglauben beziehungsweise in der Ablehnung von Glauben begründet. Sie garantiert die Gewissensfreiheit für alle — zu glauben, nicht zu glauben oder Überzeugungen zu ändern — und gewährleistet zugleich die Gleichheit vor dem Gesetz unabhängig von weltanschaulichen oder religiösen Positionen. Sie richtet sich nicht gegen Religionen, sondern schafft einen gemeinsamen Rahmen, in dem keine Überzeugung der Gemeinschaft aufgezwungen werden darf und in dem staatliche Autorität von jeder religiösen wie auch ideologischen Einflussnahme unabhängig bleibt. So begründet die Laizität einen gemeinsamen öffentlichen Raum als Voraussetzung für ein freies und gleichberechtigtes Zusammenleben.

 Brezhoneg
Ar laikelezh zo ur bennaenn aozadur politikel ma vez disrannet ar Stad hag an dachenn publik diouzh pep kredenn, bezañ e vefe relijiel pe diazezet war bezañ hep kredenn pe war nac’hañ krediñ. Gwarantiñ a ra da bep hini ar frankiz-koustiañs klok — krediñ, bezañ hep krediñ pe cheñch e soñjoù — hag assuriñ a ra bezañ par an holl dirak al lezenn, hep sell ouzh o soñjoù speredel pe filosofel. N’eo ket savet a-enep ar relijionoù, met diazezañ a ra ur framm boutin ma ne c’hall kredenn ebet bezañ rediet d’ar gevredigezh, hag ma chom an aotrouniezh publik dizalc’h diouzh pep galloud relijiel pe ideologel. Evel-se e krou ar laikelezh un dachenn geodedel rannet, dieub diouzh pep levezon konfesionel, evel diazez evit bezañ asambles en un doare frank ha kevatal.
Et ainsi pour n’entretenir ni  introduire  aucune équivoque, on soulignera que « les amis de la vérité sont ceux qui la cherchent et non ceux qui se vantent de l’avoir trouvée ! » .  A l’ASVPNF on continue de la rechercher sans faiblesse et « d’ opposer à l’évangile de la superstition l’évangile de la Science et de la Conscience, en le faisant pénétrer dans toutes les couches de notre (pauvre) société ».  Puisse cet article y contribuer !

L’instauration de la vie républicaine

dans les campagnes finistériennes  aux débuts de la 3è République

 Certains aspects en sont  appréhendés via la transcription d’un dialogue en langue  bretonne  paru le 15 octobre 1887 dans la rubrique « Variété » du journal Le Finistère mettant en scène deux paysans discutant du rôle de leurs députés dans les progrès de l’’agriculture et l’animation de la vie politique locale. À travers les comices, les concours agricoles et les promesses électorales, il exprime une critique ciblée des « blancs » et des notables réactionnaires, tout en laissant entrevoir une préférence pour des républicains modérés perçus comme davantage soucieux d’instruction et de progrès agricole.

Loin de suggérer que « tous les députés se valent », ce texte illustre plutôt le déplacement progressif de la confiance paysanne vers des élus républicains jugés plus crédibles face au clergé, au cléricalisme et aux hobereaux locaux. En donnant voix à des locuteurs bretonnants sur ces enjeux, il offre un témoignage précieux de la politisation graduelle du monde rural finistérien à la fin du XIX siècle.

 Les visiteurs pourront consulter à ce propos   cinq documents accessibles en cliquant sur  Fichier :

Fichier 1 . La rubrique Variété du journal  Le Finistère  (1887).

Fichier 2 . La version bretonne dans sa transcription brute.

Fichier 3 . La version bretonne normalisée.

Fichier 4 . La version bilingue  Breton-Français (répliques entrecroisées)

Fichier 5 . Le dialogue entre  Tin et Yeun ( versions bretonne et française en regard)

Après avoir pris connaissance  de la matière provenant d’une coupure d’apparence anodine extraite du journal Républicain Le Finistère  (parution du 15 octobre  1887) on retiendra entre autres  que le dialogue rapporté, sous la plume ironique d’un certain Furick (les visiteurs bretonnants apprécieront !), prend place dans un moment où la République cherche à s’enraciner dans les campagnes finistériennes en s’appuyant sur les institutions de sociabilité rurale que sont les comices agricoles. Ceux-ci ne relèvent pas seulement de la fête locale et de l’émulation entre fermiers et leurs productions mises au concours,  ils constituent aussi un dispositif de vulgarisation agricole, de mise en scène des notables et de médiation politique, où se croisent prix, discours, banquets et compétition électorale.
Le texte fait apparaître une tension caractéristique du Finistère de la Troisième République (à l’époque Maurice Rouvier était président du Conseil) entre, d’une part, les élus républicains et l’administration, porteurs d’un projet d’instruction (avec un volet structuré d’enseignement agricole) et de modernisation, et, d’autre part, un monde rural conservateur encore fortement structuré par le clergé, le cléricalisme et les influences notabiliaires. La présence récurrente des noms de Méline et de Develle (anciens ministres de l’agriculture) rappelle que la politique agricole républicaine participe elle-même de cette entreprise d’implantation, en articulant action gouvernementale, discours de progrès et captation des fidélités locales.

À travers l’ironie du dialogue, ce sont donc les modalités concrètes de la républicanisation des campagnes qui se donnent à voir : non pas une conquête abstraite, mais un travail patient de persuasion, d’encadrement et de concurrence symbolique dans des lieux de rassemblement où les paysans sont à la fois acteurs, spectateurs, juges et électeurs. La satire vise moins l’agriculture que l’écart entre les promesses des élus et leur efficacité réelle dans les cantons.

 Notes :

1. Les comices agricoles. Leur  identification semble juste : « komisioù » dans le texte doit être lu comices (komis en breton actuel), ces grandes assemblées agricoles annuelles où les élus républicains venaient effectivement discourir, distribuer des prix, banqueter et préparer leur réélection. C’est un lieu de sociabilité rurale et de clientélisme politique caractéristique de la III République. Le texte tourne en dérision la générosité dérisoire de de Legge — un skoed (3 Francs de l’époque ) en dix ans pour tout bilan — contrastée avec sa présence assidue à tous les comices du département ( Le Faou, Châteaulin, Pleyben, Landerneau, Daoulas, Lesneven, Brest…).

2. Comices et pouvoir  Les comices de Pleyben, tels qu’ils apparaissent dans le texte et dans les polémiques relayées par Le Finistère, sont un excellent observatoire de cette transition agricole, de scène politique et d’outil de concurrence entre communes, cantons et candidats. Le fait que le journal insiste sur les dons dérisoires, les discours et la fréquentation des comices suggère que la République locale se construit aussi dans des micro-gestes, des présences répétées et des réputations patiemment travaillées

La lecture permet aussi de dégager un enseignement plus large : dans ces campagnes bretonnes encore très marquées par le clergé et les élites traditionnelles, la République ne s’impose pas uniquement contre les institutions anciennes ; elle s’installe en les contournant, en les recyclant parfois, et surtout en investissant les lieux où la population rurale se rassemble et compare les uns aux autres Le texte de 1887 est précieux précisément parce qu’il montre la politique républicaine non comme un bloc, mais comme un travail d’implantation, de persuasion et de rivalité locale.

 3. Les vertus potentielles de l’Instruction publique en cours de laïcisation sont mentionnées.

Instituteurs et Institutrices en RESISTANCE

Nous reproduisons  ici en partie   le titre de l’article paru le  27 mai 2026 sur le site internet du CRHA  de  Lyon accessible  à l’adresse :  https://centrehenriaigueperse.com/2026/05/27/instituteurs-et-institutrices-en-resistance-jalons-pour-une-histoire-a-faire/.

 À l’occasion du 27 mai, Journée nationale de la Résistance trop souvent reléguée au second plan, le Centre Henri Aigueperse apporte une contribution précieuse à l’histoire encore incomplète des instituteurs et institutrices engagés dans la lutte clandestine. Ce jour marque la date de la première réunion du Conseil national de la Résistance, présidée le 27 mai 1943 par Jean Moulin, ancien sous-préfet de Châteaulin dans le Finistère. En mettant en lumière le rôle central du syndicalisme enseignant, cet article ouvre des perspectives essentielles, mais laisse en retrait un angle pourtant décisif : celui des Écoles normales, démantelées par Vichy. Le devenir des élèves-maîtres, transférés dans les lycées, éclaire pourtant une réalité méconnue : leur participation aux réseaux de résistance lycéens, rarement prise en compte par l’historiographie. À l’heure où la mémoire de la Résistance peine à s’imposer dans le débat public, cette réflexion rappelle l’urgence d’une histoire plus complète, attentive aux lieux de formation, aux trajectoires juvéniles et aux engagements précoces.

 Les visiteurs de ce site pourront consulter l’article original du CRHA  en cliquant sur Fichier 1.

Ils pourront également prendre connaissance  de la « recension » qu’en fait l’ASVPNF   en cliquant sur  Fichier 2 .

 Que le CRHA et son rédacteur en chef soient remerciés de nous avoir permis cet emprunt

Dans la série André Le Goff raconte

                                           « En stage au Letty »
 
 

  André Le Goff raconte ! Avec une plume alerte, un humour moqueur et un sens aigu du détail vécu, il fait revivre le stage du Letty de 1958 comme une histoire collectée au bord de la mer. Sous ses mots agrémentés de crobars désopilants, la lagune de la Mer Blanche, les Optimistes trop petits, les Caravelles inaugurées en haute mer, le naufrage de Pierrot et Joël, la remontée de l’Odet en C10 et le sprint final au Cap Horn deviennent des scènes vivantes, presque filmées. Pour consulter le fichier correspondant cliquer ici.

Ce qui frappe chez André Le Goff, c’est sa capacité à faire entrer le lecteur dans le cœur de l’expérience : l’étroitement des dériveurs, le coup de bôme en pleine poire, les mains couvertes d’ampoules traînant dans l’eau fraîche, les embruns sur le visage, le cap tenu ou perdu, le rythme donné par les pagayeurs debout. Il ne se contente pas de relater : il rend palpable le souffle du vent, la tension de l’effort, la complicité du groupe.

Mais son récit va bien plus loin qu’un simple souvenir de stage. Il met en lumière la lutte collective pour maîtriser la mer, la voile et l’adversité — le risque réel, la difficulté, l’incertitude — et la façon dont cette épreuve commune forge un esprit de corps. Parmi les stagiaires, il y avait des fils de paysans qui, pour certains, ne savaient encore nager qu’« au forceps » (après un apprentissage musclé réalisé au CREPS de Dinard) ; certains devaient même prouver qu’ils savaient nager avant de pouvoir participer. C’est dans cette mise en jeu partagée du corps, de l’habileté et du courage que l’esprit normalien prend forme.

Ce souffle, André Le Goff le capte avec justesse, dans l’humour et la bonne humeur. Il en fait entendre la résonance : l’esprit normalien ainsi éprouvé se prolonge bien au-delà de l’École normale, dans la vie professionnelle des Instituteurs stagiaires, dans la solidarité de leur métier, dans leur capacité à tenir ensemble face aux difficultés, à enseigner avec confiance auprès d’enfants de marins et de pêcheurs.

Le stage du Letty fut ainsi un laboratoire de l’esprit de corps des Instituteurs, où la mer, la voile et le risque devenaient des partenaires d’éducation, et où l’humour était souvent  le fil conducteur d’une formation à la fois exigeante et humaine.

Aucun normalien quimpérois ne prit le départ du Vendée Globe  — et c’est bien ainsi. Le Vendée Globe  est une aventure solitaire ; l’esprit normalien, lui, s’est forgé en partie  ici, dans la lagune et sur l’Odet, où l’on a appris à tenir cap ensemble. C’est cet esprit de corps, né de l’effort commun et de la bonne humeur, que ces élèves-maîtres devenus Instituteurs ont ensuite transmis dans leurs classes.

 Un vrai témoignage sur l’esprit normalien , ses origines et son rôle fondateur pour ceux qui s’apprêtaient à  exercer le beau métier d’Instituteur  ! Il  éclaire, avec humour et précision, un moment de transition dans l’histoire de notre École normale. Il laisse apparaître le souffle nouveau insufflé par le Directeur arrivé de Commercy, soucieux de desserrer l’étau d’une institution sans doute  trop refermée sur elle-même et d’en renouveler les horizons. En introduisant une section nautisme, puis en organisant un stage au Letty, il ouvrait les futurs Instituteurs à d’autres apprentissages, à d’autres espaces, à une expérience plus vivante de la formation.

Que notre ami  André Le Goff  soit chaleureusement remercié pour sa nouvelle contribution illustrée !

La Révolte de Fouesnant (1792)

ou

Les débuts de la chouannerie

Le récit, publié comme feuilleton  en 1887 dans le journal Le Finistère (numéros des 7 et 10 septembre), s’intitule  La Révolte de Fouesnant(1792). Il rapporte, dans le  détail,  une révolte qui eut cours à Fouesnant (F-29170) en juillet–décembre 1792, trois ans après la Révolution de 1789 ; ce furent les  prémices meurtrières de la chouannerie. Il illustre un point de bascule entre révoltes paysannes précoces et la formation ultérieure d’une chouannerie structurée dans le Finistère et  d’autres départements plus à l’Est  La notice qui l’accompagne se propose de restituer l’évènement dans son contexte chronologique et social, à évaluer la fiabilité des sources disponibles, à proposer une lecture croisée des sources écrites et visuelles (dont le tableau de Jules Girardet conservé au musée de Quimper), et à fournir des pistes d’archives et une bibliographie pour approfondir la recherche. Récit et notice précèdent dans la présentation qui suit :

 – Une version complète en langue anglaise comportant l’article initial  contenu dans le journal Le Finistère  suivi de la notice  « explicative ».

 – Une version complète en langue bretonne structurée comme la précédente… puisqu’aussi bien au moment des faits qu’à celui de la parution du Journal les locuteurs  concernés s’exprimaient majoritairement en breton .

 Les visiteurs de ce site pourront consulter à ce propos deux fichiers :

Fichier 1 .   La révolte de Fouesnant (1792) ; les faits et les leçons pour l’Histoire.
Sommaire :

1.  Transcription brute  du Feuilleton du Finistère……….. p.1

2 . Transcription améliorée……………………………………………………p.10

3.  Notice sur les débuts de la chouannerie à Fouesnant p.17

4.  Version en langue anglaise………………………………………………..p.23

5. Version en langue bretonne……………………………………………….p.34

 Fichier 2. Tableau « des révoltés de Fouesnant ramenés à  Quimper par la garde nationale (1886-1887» de Jules Girardet (1886-1887) ; Musée des Beaux-Arts , Quimper

Comprendre l’antisémitisme pour défendre l’universel

Understanding Antisemitism to Defend Universalism
  “À partir de l’analyse de Jean‑Pierre Sakoun, une lecture historique et spirituelle de la haine des Juifs. »

« Drawing on Jean‑Pierre Sakoun’s analysis, a historical and spiritual reading of hatred of the Jews. »

 

Etant donné le caractère fondateur de l’article de Jean-Pierre Sakoun  mis en ligne le 6 mai 2026 dans  Mezetulle( blog revue  de Catherine Kintzler)  et intitulé  :

« Renier les origines, haïr l’original »
Article que l’on pourra consulter sur ce site (Fichier 1),il a paru opportun d’en présenter ici une analyse . Elle engage l’ASVPNF, Association loi de 1901, au titre de sa spécificité et de ses engagements en référence aux fondamentaux de la laïcité républicaine  et de ses prolongements  institutionnels  notamment  au niveau de l’Ecole publique.

C’est pourquoi les visiteurs, après avoir pris connaissance de l’article de J-P.Sakoun, sont invités à consulter sur ce site  un Fichier 2 correspondant à la recension  bilingue qu’en propose l’ASVPNF .

En résumé on dira que :

« À partir de l’analyse de Jean‑Pierre Sakoun, cet article propose une réflexion approfondie sur la nature singulière de l’antisémitisme. Il en éclaire les racines historiques et spirituelles — haine de l’origine, haine de la persistance — et en montre les implications pour la défense de la laïcité à la française, de la raison et de l’universalisme républicain.”

 Ou encore :

« Drawing on Jean‑Pierre Sakoun’s analysis, this article offers an in‑depth reflection on the singular nature of antisemitism. It explores its historical and spiritual roots—hatred of origin and hatred of persistence—and highlights the implications for the defense of French laïcité, reason, and republican universalism; »

 

 

 Que Catherine Kintzler soit chaleureusement remerciée de nous permettre ce nouvel emprunt à Mezetulle .

 

La grève des papetiers et papetières de Cascadec

Sur les routes sinueuses et glissantes de Cascadec (Scaër, F-29390), au cœur de la campagne finistérienne, l’affaire de la papeterie de Scaër apparaît comme un épisode  de lutte sociale d’une intensité peu commune.  Ell est partie d’un conflit du travail faisant suite aux évévements sociaux et politiques du Front populaire de 1936 dont nous avons  célébré il y a peu le 90è anniversaire. Elle dépasse vite le simple cadre d’une revendication ouvrière pour devenir un affrontement sur l’ordre industriel, la discipline d’usine, la liberté syndicale et le rapport de forces entre patronat, État et monde ouvrier.

Les documents conservés montrent l’ampleur de la grève et la dureté des mesures prises par la direction. L’arrêt du travail, les évacuations, les fermetures temporaires, les tentatives de reprise sous contrôle patronal et les demandes de réembauche dessinent une séquence conflictuelle où chaque décision est immédiatement interprétée comme un geste de pression ou de résistance. Le conflit ne se limite pas à une question salariale ou contractuelle ; il engage la maîtrise même du temps de travail, de l’embauche et des conditions de présence dans l’usine.

La politisation de l’affaire est révélée par le vocabulaire des articles de la presse locale. Elle laisse entendre que la grève est perçue, selon les points de vue, tantôt comme une lutte ouvrière légitime, tantôt comme une agitation plus large, presque politique. La mention d’un délégué CGT,  Pierre Salaün, futur maire de Scaër à la Libération, souligne le rôle structurant de l’organisation syndicale dans la mobilisation. À travers lui, la grève prend une dimension de représentation collective qui dépasse l’atelier et touche à la vie publique locale.

La conflictualité s’exprime aussi dans les formes de surveillance et d’encadrement. Tout indique un espace industriel fortement polarisé, où la direction cherche à reprendre la main tandis que les ouvriers défendent leur droit à l’existence collective.

Dans un territoire rural, loin des grands centres industriels, la grève de Cascadec concentre pourtant des enjeux typiques des grandes crises sociales du XXè siècle : rapport de classes, emprise patronale, médiation administrative, conflictualité syndicale, contrôle du travail et inscription politique du monde ouvrier. Elle n’est pas seulement un épisode de grève locale. Elle est fondatrice, parce qu’elle révèle la brutalité des rapports sociaux dans une Bretagne rurale encore marquée par la domination économique de quelques grands patrons, mais aussi parce qu’elle rend visible la capacité du monde ouvrier à s’organiser, à durer et à s’inscrire dans l’histoire politique locale. Elle est exemplaire car on y devine les mutations en cours  dans le monde  du travail, dans la sociabilité militante et dans les rapports de pouvoir dans la campagne finistérienne alors que se dessinent les prémices de la seconde guerre mondiale.

Les visiteurs de ce site pouuront consulter à ce propos un Fichier dévolu à cette page singulière de notre histoire locale. Elle est intitulée ;

 
« Cascadec, sur les chemins de la colère »

ou

“Cascadec, on the Roads of Anger

 

 Que André Le Goff soit très chaleureusement remercié de nous avoir accompagné dans cette aventure, nous apportant la connaissance du terrain  et celle des hommes !… Nos remerciements s’adressent auusi aux médias qui nous ont donné accès aux clichés et coupures de presse supports de  cette note .

Les nouvelles agrestes du Bout du Monde(I)

Chemin faisant au travers de la presse ancienne numérisée  du département du Finistère on est conduit à découvrir ce qui constituait la matière journalistique du passé et l’histoire en marche qui la portait, notamment les chroniques portant sur les évènements politiques,  les histoires locales et les feuilletons et autres rubriques  destinées à fidèliser le lectorat. C’est ainsi que l’on a remis à jour inopinément le texte d’un feuilleton du journal  républicain  Le Finistère publié il y a 139 ans .   Intitulé « Au bout du monde » et d’apparence a priori anecdotique,  sa lecture attentive révèle le  regard étonné que porte une journaliste parisienne sur les traditions et les modes de vie si particuliers qui avaient cours  en ces terres  lointaines  du bout du monde  plongeant dans l’Océan au large des côtes du Finistère…On pourra prendre  connaissance de l’article en question  et de ses traductions en anglais et  en breton en cliquant ici . La question posée a posteriori était celle de savoir si un article pensé et écrit en Français en 1887 pouvait donner lieu en 2026 à une conversion en langue bretonne et générer un texte intelligible restant en cohérence avec la « pensée bretonne ».

Au total ce  « dossier » présente la restitution d’un texte ancien, publié le 31 août 1887 dans le journal Le Finistère sous le titre « Au bout du monde », signé de la plume de Mme Violette. Il s’agit d’une chronique de voyage, à la fois ironique et poétique, qui décrit la Bretagne vue par un regard extérieur, mêlant stéréotypes ethnographiques (« Bretons sauvages », « naufrageurs », « vaches à l’œil fripon ») à une admiration sincère pour le paysage de Quimper, de l’Odet et de Bénodet.

Cette restitution prend ici trois formes parallèles :

-une version française modernisée, lisible et fluide pour le lecteur d’aujourd’hui ;

-une version anglaise, offrant une lecture transnationale de ce regard breton ;

-et surtout, une version bretonne corrigée, qui transforme progressivement le texte d’une description externe de la Bretagne en un récit interne, porté par la langue bretonne elle‑même.

Le travail accompli n’est pas seulement une transcription fidèle, mais une opération de réappropriation culturelle. Le texte de Violette, d’abord produit dans une langue majoritaire (français), souvent à distance de la langue bretonne parlée par tant de Bretonnes et de Bretons, devient ici matière de dialogue entre les langues : entre le français, l’anglais et le breton, entre le regard extérieur et le regard interne, entre le XIXᵉ siècle et notre présent.
En le restituant en breton, on ne se contente pas de « traduire » : on révèle, on réhabilite, on réinscrit la Bretagne dans une parole qui lui appartient.

Cette opération est particulièrement significative dans le cadre de la réhabilitation de la langue bretonne. Pendant de longues décennies, la langue bretonne fut marginalisée, reléguée dans la sphère domestique ou rurale, alors que la langue française s’imposait dans l’État, l’école et les médias. Le fait de reconstruire aujourd’hui, dans une langue(encore) vivante, un texte de presse datant de la fin du XIXᵉ siècle, c’est rétablir une continuité qui fut niée : celle d’une culture bretonne capable de s’exprimer non seulement oralement, mais aussi par écrit, et dans les domaines de la chronique, du commentaire politique et de la description de paysage.

Par ailleurs, la dimension de rapprochement avec la langue maternelle est ici essentielle. Pour nombre de Bretonnes et de Bretons, le breton est une langue d’arrière‑fond, de souvenirs familiaux, parfois de honte ou de silence imposé. Le choix de rendre un texte ancien, écrit par une femme journaliste, dans la langue bretonne contemporaine, c’est aussi une manière de rapprocher l’auteur — symboliquement — de ses propres racines.

On imagine Violette, lectrice attentive de Le Finistère, tenant à la fois la plume française de la presse fin de siècle et la voix bretonne d’un peuple encore largement bilingue dans la région. En restituant son texte en breton, on participe à une forme de récit de réconciliation : la langue bretonne, à la fois secrète et résistante, redevient un médium littéraire, politique et sentimental, capable de résonner dans le présent.

Ce texte, à la fois littéraire, historique et linguistique, constitue donc un témoin unique :

-il témoigne de la façon dont la Bretagne était décrite dans la presse régionale à la fin du XIXᵉ siècle, mêlant stéréotypes et réel ;

-il montre comment la modernisation (chemins de fer, naissance du tourisme balnéaire, formation de la Troisième République) commence à transformer les paysages et les représentations ;

-il offre, par la réécriture en breton, un exemple concret de comment la langue bretonne peut non seulement survivre, mais aussi revivre dans la littérature, la pédagogie et la communication.

Pour le visiteur de ce site, ce dossier offre non seulement un voyage dans l’espace et le temps — entre Quimper, l’Odet et Bénodet, 1887 et aujourd’hui —, mais aussi une invitation à regarder autrement la langue bretonne : non comme un vestige, mais comme une langue de mémoire, de réflexion et de réhabilitation. En suivant le parcours de ce texte, de sa rédaction initiale à sa restitution en trois langues, on découvre une forme de rapprochement personnel et collectif avec une langue longtemps tenue à l’écart, et désormais reconnue comme un patrimoine vivant.

 

S’agissant de la version anglaise on  retiendra :


“This dossier presents the restitution of an article published on 31 August 1887 in Le Finistère, under the title “At the end of the world”, written by Mme Violette. A travel chronicle from the end of the nineteenth century, this text describes Brittany through an outsider’s gaze, blending irony, stereotypes and sincere admiration for the landscapes of Quimper, the Odet and Bénodet.

The text is offered here in three parallel versions: a modern French version, an English translation, and above all a corrected and re‑written version in Breton, which turns the initially external description of Brittany into an internal narrative carried by the Breton language itself.
This rewriting is not a mere translation: it is a cultural re‑appropriation that participates in the rehabilitation of the Breton language and in the reconciliation with a mother tongue long held in the background. The reader is thus invited to travel both through time and between languages, rediscovering Brittany as a living, bilingual and memorial space.”

Alors que pour la présentation en langue bretonne , e brezhoneg e lavarfemp :

 

Ar c’hessedenn-mañ a ginnig adstummadur ur pennad embannet d’ar 31 a viz Eost 1887 e Le Finistère, gant an titl « Au bout du monde », ha sinet gant Violette. Ur gontadenn-veaj eus dibenn ar XIXvet kantved eo, oc’h descrivañ Breizh a‑dal sell eus an diavaez, mesket gant ironi, skeudennoù stank ha meur a zell enoret ouzh tachennoù Kemper, an Odet hag ar Benoded.

Emgann e tastud ar pennad e-tro meur a stumm kenstroll : ur stumm galleg modernizet, ur stumm saoznek, ha dreist‑holl ur stumm brezhonek reizhet hag adskrivet, hag a ra eus un deskriptenn eus an diavaez ouzh Breizh un danevell en-traoñ betek gant ar brezhoneg e‑unan.
N’eo ket ur droiadenn dic’hallus nemetken eo an adskrivadur-zero (EN)rek : ur perc’hennañ kulturel eo, a ro perzh e advenegiñ ar brezhoneg ha e kenstagañ gant ur yezh vamm bet lakaet pell a‑gostez. Al lenner a vez pedet da veajiñ eus an amzer, eus 1887 betek hiziv, hag ivez eus ar yezhoù, en adkavout Breizh evel ur spas bev, divyezhek ha leun a eñvor.

 

Célébration du 81è anniversaire de la Victoire de 1945

                     Fleurissement du Monument aux  Instituteurs  du Finistère 
 
                                                   Morts pour la France
    Fidèle  à sa vocation et à ses  engagements sur le plan mémoriel,  l’ASVPNF  a procédé au fleurissement du  Monument aux  Instituteurs du Finistère  Morts pour la  France aux cours des deux guerres mondiales du  20è siècle. Afin d’en informer ses adhérents  et de le faire savoir aux visiteurs de ce site, il leur  est proposé de cliquer ici pour consulter  le fichier souvenir correspondant.
Que Yveline Douguet et Laurence C.L. soient très chaleureusement remerciées pour avoir contribué  au succès de cet évènement essentiel à l’ASVPNF .